Interpol lance une alerte sur un dangereux « brûleur de graisse »

Stéphanie Lavaud

Auteurs et déclarations

6 mai 2015

Lyon, France – Après le décès d’une jeune femme en Angleterre le mois dernier et plusieurs autres incidents graves, Interpol lance une alerte sur une molécule qui constitue un danger pour la population [1]. Ce booster du métabolisme, le 2,4-dinitrophénol (DNP), est une substance illicite utilisée comme produit de régime et d’aide à la prise de muscle par les bodybuilders. Dangereuse en tant que telle, la molécule devient potentiellement mortelle quand elle est fabriquée dans des laboratoires clandestins.

Une molécule explosive
Le DNP est un véritable poison du métabolisme cellulaire [3]. Et pour cause : il favorise la phosphorylation oxydative en transportant les protons à travers la membrane mitochondriale, et ce faisant, contrarie la production d'énergie dans la mitochondrie. Résultat : au lieu de produire de l'ATP, l'énergie du gradient de protons est perdue en chaleur. Les cellules compensent alors la baisse du rendement de l'ATP en oxydant davantage les réserves stockées sous forme de glucides et de graisses. Cette propriété lui a valu d’être utilisé comme pilules amaigrissantes au cours des années 1930.
Deux chercheurs de l’Université de Stanford rapportent en 1933 une forte stimulation du métabolisme, de l’ordre de 50%, avec le DNP et une perte de poids allant jusqu’à 1,5 kg par semaine sans restriction alimentaire [4]. Mais les effets secondaires sont majeurs, avertissent-ils, se traduisant par des épidémies de cataractes, et des décès par élévation de la température corporelle. La molécule est finalement déclarée dangereuse pour la santé et bannie des États-Unis dans le courant de l’année 1938 avant de réapparaitre dans les années 1990, sous la houlette de Dan Duchaine, un gourou des stéroïdes, qui vante son action de brûleuse de graisses auprès des bodybuilders. Le dinitrophénol refait alors surface chez certains culturistes et athlètes qui y voient un produit-miracle pour perdre rapidement de la graisse corporelle.
Le 2,4-dinitrophénol a aussi un usage industriel. Il a été utilisé pour fabriquer des explosifs et des pesticides.

« Brûler de l’intérieur »

A l’origine de cette alerte, le décès d’Eloise Aimee Parry le 12 avril dernier. L’enquête a effet révélé que cette jeune anglaise de 21 ans, avait consommé à 4 reprises du dinitrophénol, connu sous le nom de DNP, qu’elle s’était procuré sur Internet [2]. La jeune femme a ressenti une très forte fièvre – l’impression littéralement de « brûler de l’intérieur » - et un emballement du rythme cardiaque. Des symptômes qui peuvent s’accompagner de suffocations, de nausées et de vomissements [2]. Le cas n'est pas unique : la BBC évoque 5 décès de culturistes au Royaume-Uni qui pourraient être lié à la prise de ce produit, tandis que le communiqué d’Interpol mentionne le cas d’un Français tombé gravement malade après avoir consommé cette substance.

Habituellement vendu sous forme de poudre jaune ou de capsules, le DNP se trouve également sous forme de crème, prévient l’organisation internationale de la police. Si cette substance est déjà dangereuse en soi du fait de ses propriétés biochimiques, « les risques liés à son utilisation sont amplifiés par ses conditions de production illégales » car le DNP est produit « dans des laboratoires clandestins n’appliquant aucune réglementation en matière d’hygiène ».

Cette alerte résulte d’une collaboration tripartie entre l’unité antidopage d’Interpol qui, comme son nom l’indique, travaille sur le dopage des athlètes de haut niveau ainsi que sur la production et la vente sur le marché noir de substances interdites destinées à améliorer les performances, l’ Office Central de Lutte contre les Atteintes à l'Environnement et à la Santé Publique (OCLAESP) du Ministère de l’intérieur Français, et l’Agence mondiale antidopage (AMA). On se rapellera que chaque année, Interpol coordonne l’opération Pangea, « une semaine internationale d’action qui cible la vente en ligne de médicaments illégaux et de contrefaçon, et met en lumière les dangers de l’achat de tels produits sur Internet ». En 2013, cette opération avait permis la saisie de plus de 812 000 médicaments illicites [1].

 

REFERENCES:

  1. INTERPOL publie une alerte mondiale concernant un produit de régime illicite et potentiellement mortel. Interpol, 4 mai 2015.

  2. BBC. 'Diet pill' warning: I felt like I was on fire, 4 avril 2015.

  3. Wikipedia

  4. The Guardian. DNP: the return of a deadly weight-loss drug, 6 février 2014.

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