Sclérose en plaques : un effet neuroprotecteur de la phénitoïne

Dr Isabelle Catala, Sue Hughes

Auteurs et déclarations

4 mai 2015

Washington DC, Etats-Unis -- Selon les résultats d’une étude britannique présentée au congrès de l’American Academy of Neurology (AAN 2015) la phénitoïne (Dilantin®, Di-hydan®), médicament antiépileptique de première génération, pourrait protéger les cellules rétiniennes chez les patients atteints de névrite optique rétrobulbaire (NORB) en lien avec une sclérose en plaques (SEP) [1]. Dans un communiqué de presse de l’AAN, le Dr Raj Kapoor (Londres, Grande-Bretagne), souligne que « ce traitement neuroprotecteur pourrait permettre de limiter l’atteinte des fibres nerveuses oculaires et, de ce fait, permettre de lutter contre le risque de cécité de certains patients atteints de SEP ». Il ajoute auprès de Medscape que cette étude « est la preuve du concept de l’efficacité neuroprotectice de la phénitoïne et possiblement d’autres médicaments bloqueurs calciques. La phénitoïne semble la plus efficace dans ce domaine actuellement ».

Pour le Dr Timothy Vollmer (Denver, Etats-Unis), interrogé par Medscape, « ce médicament pourrait être utilisé conjointement à d’autres traitements et permettre, par son action anti-inflammatoire, de préserver le volume cérébral. En effet, les médicaments dont nous disposons actuellement abaissent le risque de récidives mais ne sont pas efficaces en termes de neuroprotection. La phénitoïne pourrait diminuer le risque de handicap à long terme en agissant sur le volume cérébral ».

Mode d’action de la phénitoïne
L’effet antiépileptique de la phénytoïne semble lié aux mécanismes suivants: modulation des canaux sodiques voltage-dépendants des neurones, inhibition du flux de calcium à travers les membranes des neurones, modulation des canaux calciques voltage-dépendants des neurones et stimulation de l'activité sodium-potassium ATPase des neurones et cellules gliales.
La modulation des canaux sodiques est probablement le principal mécanisme de l'activité antiépileptique car il est partagé par plusieurs antiépileptiques , autres que la phénytoïne.

Impact sur l’épaisseur du nerf optique

L’étude présentée à l’AAN a inclus 86 patients atteints de NORB qui ont été traités dans les deux semaines suivant les premiers signes neurologiques soit par de la phénitoïne (4 mg/kg/j) soit par un placebo pendant 3 mois.

L’efficacité du traitement a été jugée par les éventuelles modifications de la mesure de l’épaisseur de la couche des fibres nerveuses rétiniennes péripapillaires et du volume maculaire par tomographie à cohérence optique, entre l’inclusion et un délai de 6 mois.

La couche de fibres nerveuses rétiniennes des patients traités par phénitoïne était en moyenne 30 % plus épaisse (7,15 µ, p=0,02) que celle des témoins et le volume maculaire était majorée de 34 % (0,20 mm3, p=0,05).

Les investigateurs ont aussi mesuré la largeur du nerf optique par IRM. Là encore, la phénitoïne a permis un effet protecteur, sans pour autant atteindre le seuil de significativité (p=0,06).

Un effet protecteur médié par les canaux calciques ?

Comment la phénitoïne agit-elle sur le volume cérébral ? « Interagir avec le canal calcique est l’un des voies de neuroprotection les plus développées actuellement en recherche », explique le Dr Kapoor. « En milieu inflammatoire, les flux de sodium et de calcium des neurones sont modifiés. Si on bloque l’entrée du sodium dans ces cellules, il est possible de limiter les phénomènes inflammatoires. Nous avons prouvé que ce concept fonctionne chez les patients atteints des premiers signes inflammatoires de SEP. Et si un effet précoce est possible chez des patients atteints de NORB, on peut imaginer que ce traitement pourrait diminuer les lésions inflammatoires qui surviennent par la suite. Ce traitement pourrait être utilisé conjointement avec les immunomodulateurs dans un but de préservation fonctionnelle ».

Le Dr Vollmer précise « ce traitement semble particulièrement efficace en phase inflammatoire de la maladie, son effet chez des patients qui présentent déjà des lésions constituées pourrait être limité ».

REFERENCE:

  1. Kapoor R. American Academy of Neurology’s 67th Annual Meeting: Phenytoin is Neuroprotective in Acute Optic Neuritis: Results of a Phase 2 Randomized Controlled Trial. Abstract 9094, présenté le 24 avril 2015.

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