SEP : une réparation de la myéline avec un anticorps expérimental

Dr Isabelle Catala

Auteurs et déclarations

24 avril 2015

Washington DC, Etats-Unis — Un traitement à base de l’anticorps expérimental anti-LINGO-1 (BIIB033, Biogen) apporte pour la première fois la preuve d’une amélioration de la transmission électrique en cas de névrite optique rétrobulbaire (NORB) chez des patients atteints de Sclérose en Plaques (SEP), selon les résultats de l’étude RENEW présentés par à l’occasion du  congrès de l’American Association of Neurology (AAN 2015).
Le Dr Diego Cadavid (Biogen Inc. Cambridge, Etats-Unis) a expliqué à Medscape que le "traitement a permis d’améliorer de 40 % les résultats des Potentiels Evoqués Visuels (PEV), témoignant d’une activité du traitement et d’une repousse myélinique à 8 mois. C’est la première fois que ces deux effets sont prouvés conjointement".

Un anticorps spécifique des cellules souches d’oligodendrocytes
L’anticorps anti-LINGO-1 a déjà été testé chez l’animal et en phase 1. Son mode d’action consiste à favoriser le processus de réparation endogène. Il se fixe de façon exclusive à une protéine exprimée au sein des axones neuronaux et des cellules souches d’oligodendrocytes qui produisent de la myéline. Chez les patients atteints de SEP, ces cellules tendraient à se différentier de façon imparfaite, ce qui aboutirait à l’altération de la myéline. L’anticorps anti-LINGO 1 permettrait un rétablissement de la différentiation et une production de myéline.

Amélioration des potentiels évoqués visuels
L’étude de phase 2 a inclus 82 patients atteints d’un premier épisode de névrite optique rétrobulbaire (NORB) qui ont été traités par des doses élevées de corticostéroïdes associées à soit un placebo, soit du BIIB033 (100 mg/kg) par voie intraveineuse toutes les 4 semaines (6 doses au total).
Le critère principal de l’étude était fondé sur l’analyse des PEV mesurés à 6 mois : rappelons que les PEV normaux sont de 100 millisecondes et qu’ils sont abaissés de 15 à 40 millisecondes chez les patients atteints de NORB en raison de la présence de lésions myéliniques.
En moyenne, les patients traités par anti-LINGO-1 et qui avaient reçu la totalité des doses du protocole (analyse per protocole) ont vu leurs valeurs de PEV améliorée de 7,55 millisecondes, soit 34 %, par rapport au placebo (p=0,05). A 8 mois, ces valeurs ont encore progressé puisqu’elles sont passées à 9,13 millisecondes soit une augmentation de 41 % par rapport au placebo (p=0,01).
L’analyse en intention de traiter retrouve, pour sa part, des chiffres de 3,48 millisecondes (p=0,33) 24 semaines et de 6,06 millisecondes à 32 semaines (p=0,07).

Une étude dans d’autres formes de SEP en cours
En outre, le pourcentage de patients dont la latence des PEV était dans les limites de la normale (moins de 10 % de différence) a doublé avec le traitement à l’issue du suivi par rapport au placebo : 53 % contre 26 %.
La mesure des PEV multifocaux a donné des résultats similaires.
Enfin, les investigateurs ont évalué la neuroprotection en mesurant l’épaisseur de la couche des fibres nerveuses rétiniennes par tomographie à cohérence optique mais aucune différence significative n’a été notée entre les deux groupes.

Parmi les effets secondaires liés au traitement, les auteurs signalent une asthénie, des nausées et des paresthésies.
L’étude SYNERGY de phase 2 est en cours avec des patients qui présentent des formes rémittentes de SEP à l’origine de handicaps déjà installés. Les résultats de ce nouvel essai devraient être disponibles en cours d’année 2016.

 

REFERENCES :

  1. Cadavid D et col. Evidence of remyelination with the anti-LINGO-1 monoclonal antibody BIIB033 after acute optic neuritis. American Academy of Neurology Meeting. 18 au 25 avril 2015, Washington DC

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