Un cannabidiol pharmaceutique prometteur dans l’épilepsie résistante

Vincent Bargoin, avec Pauline Anderson

Auteurs et déclarations

17 avril 2015

New-York, Etats-Unis – Voilà plusieurs années que des observations sont rapportées concernant de jeunes épileptiques américains, résistants aux traitements habituels, et améliorés par des dérivés du cannabis, généralement le cannabidiol, dépourvu d’effets psychoactifs. En 2013, la médiatisation de quelques cas spectaculaires, notamment celui d’un enfant de 6 ans atteint d’un syndrome de Dravet, avait suscité un peu de remue-ménage. La seule conclusion raisonnable restait toutefois que l’on manquait totalement d’études bien construites et sérieusement menées pour affirmer l’efficacité du cannabidiol dans cette indication. La question de la sécurité était par ailleurs mise en avant, puisque si certains résultats pré-cliniques sont effectivement en faveur d’une réduction des crises, d’autres, au contraire, suggèrent que le cannabis pourrait les faciliter.

Apparemment, la question avance, avec la présentation de résultats encourageants lors du 67ème congrès de l’ American Academy of Neurology.

« Il s’agit de la première étude formelle à être menée sur un extrait de cannabis aux Etats-Unis, et c’est une première étape importante dans la compréhension du rôle potentiel du cannabidiol dans le traitement de l’épilepsie », indique l’American Epilespy Society (AES) dans un communiqué, réaffirmant par ailleurs le soutien de l’AES à « des essais formels » menés avec des produits de qualité pharmaceutique, administrés par des spécialistes de l’épilepsie.

Moitié moins de crises

L’étude a été menée en ouvert dans 10 centres américains habilités, chez 213 enfants et jeunes adultes (de 2 à 26 ans ; 10 ans en moyenne) présentant des crises épileptiques d’étiologies diverses, dont les très sévères syndromes de Dravet ou de Lennox-Gastaut.

Ces sujets étaient résistants à tous les antiépileptiques habituels (au moins huit), et présentaient deux crises quotidiennes en moyenne.

Le protocole prévoyait de les traiter de manière continue durant 12 semaines par du cannabidiol de qualité pharmaceutique (Epidiolex®, GW Pharmaceuticals) absorbé sous forme liquide et par voie orale, à raison de 25mg/kg.

« Une substance totalement différente des produits utilisés dans le Colorado ou ailleurs », note le communiqué de l’AES.

En octobre 2014, l’Epidiolex® a été reconnu par l’EMA comme traitement potentiel d’une maladie orpheline dans le syndrome de Dravet. La FDA, de son côté, a étendu ce statut au syndrome de Lennox-Gastaut, et a accordé à l’Epidiolex® les facilités de la procédure « fast-track » dans le syndrome de Dravet.

En pratique, le traitement n’a été continu durant 3 mois que chez 123 patients, chez lesquels ont été effectuées les analyses d’efficacité. Les analyses de sécurité, elles, portent sur les 213 patients.

A trois mois, la fréquence des crises convulsives et non convulsives avait diminué de 46%. Parmi les 123 sujets traités en continu, le taux de répondeurs (réduction > 50% des crises), était de 48%. Enfin, à 3 mois toujours, 10% des patients n’avaient présentés aucune crise depuis l’instauration du traitement.

S’agissant des 23 patients atteints de syndrome de Dravet, et traités durant 3 mois en continu, la réduction de la fréquence des crises convulsives est de 51%, et la proportion de répondeurs dans ce groupe, de 55%. Dix-sept pourcents des patients étaient par ailleurs indemnes de crise à 3 mois.

Chez les 10 sujets atteints de Lennox-Gastaut traités en continu, la réduction des crises atoniques est de 52%, et le taux de répondeurs, de 50%.

Enfin, des effets secondaires à type de somnolence (21%), diarrhée (17%), fatigue (17%), et perte d’appétit (16%), ont été signalés dans l’ensemble de l’effectif.

Les auteurs estiment que le produit « était généralement bien toléré ». Ils signalent au passage que les patients résistants étaient en moyenne traités par 3 antiépileptiques à l’entrée dans l’étude. Dans les effets secondaires observés, il est donc difficile de faire la part des effets propres du cannabidiol, et des interactions avec d’autres traitements en cours.

Essais en cours et à faire

Evidemment, avec une méthodologie en ouvert et un recul de 3 mois, ces résultats restent purement exploratoires. On note que des résultats à 4 mois sont en fait disponibles pour 93 patients. Ils restent parfaitement en ligne avec les résultats à 3 mois, ce qui va dans le bon sens, sans rien changer à la nécessité « d’essais cliniques contrôlés pour caractériser l’efficacité et la sécurité », concluent les auteurs.

Un essai dans le syndrome de Dravet a déjà commencé en Europe et aux Etats-Unis, et une étude analogue pourrait démarrer prochainement dans le syndrome de Lennox-Gastaut.

« Pour le moment, la communauté de l’épilepsie ne sait pas si le cannabis est un traitement sûr et efficace, pas plus que nous ne connaissons les effets à long terme que le cannabis aura sur les facultés d’apprentissage et de mémorisation, et sur le comportement, en particulier chez des enfants et de jeunes adultes. Des études telles que celle présentée au congrès de l’American Academy of Neurology font progresser les connaissances, mais il en faut encore bien davantage », conclut de son côté l’AES.

 

L’étude du cannabidiol a été financée par GW Pharmaceuticals.

 

REFERENCE :

  1. Devinsky O, Sullivan J, Friedman D et coll. Epidiolex (Cannabidiol) in Treatment Resistant Epilepsy. 67ème congrès de l’American Academy of Neurology. Whashington, presentation le 22 avril 2015. Abstract # 9222.

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