Mort subite du sportif : rare et évitable dans un tiers des cas

Vincent Bargoin

Auteurs et déclarations

16 avril 2015

estimée à 21,7 par million d’habitants et par an (vs. 555 / M habts / an pour les morts subites non associées au sport).

Dans la tranche d’âge considérée, l’âge moyen de survenue d’une mort subite associé au sport est de 51 ans pour les deux sexes (50 ans pour les morts subites non associées au sport). Comme de multiples travaux l’ont déjà signalé, la prédominance masculine est écrasante, avec un sex ratio de 18,68, contre 2,58 pour les morts subites non associées à un sport.

Les étiologies, en revanche, sont pratiquement similaires pour les évènements associés ou non au sport. Une cause a pu être retrouvée dans les deux tiers des cas, et il s’agit très majoritairement d’une maladie coronaire (84% pour les morts subites associées au sport, 91% pour les autres morts subites).

En ce qui concerne le sport lui-même, 27% des évènements ont été associés au jogging, 17% au basketball, et 14% au cyclisme. Des activités de gymnastiques sont par ailleurs mises en cause dans 11% des cas, le golf dans 8% des cas, et le volleyball, le tennis et le football dans 3% des cas chacun.

Enfin, les trois quart des cas (76%) sont survenus durant l’activité sportive elle-même, et plus de la moitié (58%) dans l’enceinte d’un stade ou d’un gymnase.

Ceci explique probablement que les morts subites associées à un sport surviennent plus fréquemment en présence de témoins (87 vs. 53%), et fassent l’objet d’une tentative de RCP (44 vs. 25%). Par ailleurs, ces évènements relèvent plus fréquemment d’un rythme choquable (84 vs. 51%). Résultat : 23,2% des victimes de mort subite associée au sport ont survécu, contre 13,6% des victimes d’évènements non associés au sport (p=0,04).

Ce meilleur pronostic n’est toutefois pas lié à une particularité de l’évènement lorsqu’il est associé à une pratique sportive mais bien à la ressuscitation elle-même, puisque l’écart de survie disparait après ajustement pour les paramètres de la ressuscitation.

Eduquer au risque sans entraver la pratique sportive

Reste la question des antécédents, à long ou court terme. Les victimes de mort subite associée au sport étaient atteintes d’une cardiopathie connue pour 16% d’entre elles. Cinquante-six pourcents présentaient au moins un facteur de risque CV. Enfin et surtout, parmi les 44 personnes dont il a été possible d’attester les symptômes dans la semaine précédant l’accident, 14 (33%) avaient effectivement présenté des symptômes typiques : douleurs à la poitrine dans 9 cas, dyspnée dans 4 cas, et syndrome grippal dans un cas.

La difficulté est évidemment d’éduquer au risque sans détourner de la pratique sportive.

En France, des résultats très similaires ont été rapportés en 2005 [4]. « Les sportifs se sentent tellement « immunisés » que même ceux de plus 40 ans ne rapportent pas dans 30 % des cas des signes cliniques tels précordialgies, palpitations, malaises », expliquait alors le Dr Laurent Chevalier (Bordeaux).

La question de l’éducation des sportifs est clairement posée. S’agissant des médecins, « tous les généralistes qui entendent aujourd’hui un patient sportif se plaindre de douleurs à la poitrine ou de palpitations, l’adresseront au cardiologue », souligne le Pr Carré (en ajoutant toutefois que le cas d’un essoufflement est peut-être un peu moins évident, mais qu’il doit conduire à la même conclusion).

La difficulté est évidemment d’éduquer au risque sans détourner de la pratique sportive. « Il n’est pas prouvé qu’en insistant sur le risque, on éloignera des gens du sport », indique le Pr Carré. « Mais c’est une crainte ».

En d’autres termes, il y a deux messages à délivrer : premièrement, faites du sport ; deuxièmement, en cas de symptômes, consultez immédiatement. Et il faut savoir les doser finement, puisque dans l’esprit du grand-public, il peut sembler malgré tout paradoxal d’évoquer simultanément les bienfaits du sport et un sur-risque de mort subite.

Chaque message doit donc être adapté à un auditoire. Et il est manifeste que dans l’article de Circulation, l’équipe franco-américaine insiste davantage sur les bienfaits du sport et le caractère relativement marginal du risque, que sur la nécessité de campagnes d’éducation/prévention visant à réduire encore ce faible risque – même si l’éducation est évidemment mentionnée.

On peut supposer qu’à l’origine de ce choix de communication, il y a la réalité épidémiologique américaine : la priorité est de faire bouger le citoyen, et surtout pas de lui fournir des motifs de ne pas le faire.

En France, la situation est un peu plus contrastée. Le Pr Carré rapporte ainsi que le Ministère de la Jeunesse et des Sports a repris sur son site les « 10 règles d’or » du Club des Cardiologues du Sport – rebaptisés « 10 réflexes en or ». En revanche, les fédérations sportives ont refusé de joindre un feuillet rappelant ces principes à l’envoi de la licence.

A côté du discours sur la prévention par le sport, il reste donc un discours sur la prévention lors du sport qui ne passe qu’à moitié.

REFERENCES :

  1. Marijon E, Uy-Evanado A, Reinier K et coll. Sudden Cardiac Arrest During Sports Activity in Middle Age. Circulation 2015 ; DOI: 10.1161/CIRCULATIONAHA.114.011988.

  2. Chevalier L, Hajjar M, Douard H et coll. Sports-related acute cardiovascular events in a general population: a French prospective study. Eur J Cardiovasc Prev Rehabil. 2009 Jun;16(3):365-70. doi: 10.1097/HJR.0b013e3283291417.

  3. Marijon E1, Tafflet M, Celermajer DS et coll. Sports-related sudden death in the general population. Circulation. 2011 Aug 9;124(6):672-81. doi: 10.1161/CIRCULATIONAHA.110.008979.

  4. Chevalier L, Douard H, Laporte T et coll. Enquête sur les comportements et l'évaluation du risque cardiovasculaire dans une population de sportifs. Arch Mal Coeur Vaiss. 2005;98(2):109-14.

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