Mort subite du sportif : rare et évitable dans un tiers des cas

Vincent Bargoin

Auteurs et déclarations

16 avril 2015

Los Angeles, Etats-Unis – Une étude franco-américaine qui a suivi, de façon prospective, une cohorte de sujets âgés de 35 à 65 ans, rapporte une incidence des morts subites associées à la pratique sportive de l’ordre de 5% de l’ensemble des morts subites observées dans l’ensemble de cette population. Les résultats sont publiés dans Circulation [1].

Un résultat plutôt rassurant, qui « renforce l’idée d’un bénéfice élevé et d’un risque faible de l’activité sportive », écrivent les auteurs. Et ceci d’autant plus que le taux de ressuscitation d’une mort subite survenant dans le cadre d’une pratique sportive est meilleur que dans la population générale.

Moins satisfaisant, toutefois, est le taux de morts subites survenues alors même qu’un symptôme cardiaque typique avait été constaté dans la semaine précédant l’évènement : c’est-à-dire dans 33% des cas…

Une des rares études américaines portant sur des adultes d’âge moyen

Pr François Carré

Interrogé par Medscape France, le Pr François Carré (CHU de Rennes), souligne l’importance de l’étude aux Etats-Unis, où les résultats sur les adultes d’âge moyen étaient rares. « La plupart des travaux américains ont été menés sur des jeunes de 12 à 35 ans », indique-t-il, « et généralement de manière rétrospective ».

S’agissant des résultats, le Pr Carré soupçonne une certaine sous-estimation de l’incidence des morts subites associées au sport, en tout cas par rapport à la situation française.

 
Si tous les gens qui ont un symptôme consultaient, on pourrait théoriquement éviter 30 à 40% de morts subites associées au sport -- Pr François Carré
 

En se basant sur des chiffres publiés en 2009 [2] et 2013 [3], « on estime le nombre de morts subites associées au sport à 1000-1200 en France », explique-t-il. « Or, 30% de ces décès surviennent avant 35 ans ». En extrapolant leurs résultats à l’ensemble de la population américaine (318 millions d’habitants), les auteurs du papier de Circulation aboutissent, eux, à un total de 2269 morts subites associées au sport chaque année chez les hommes et 136 chez les femmes de 35 à 65 ans.

On note d’ailleurs que le papier français de 2013 conclut que « les morts subites associées au sport dans la population générale sont beaucoup plus fréquentes qu’on ne le suspectait ».

S’agissant du gros tiers de sujets qui font une mort subite alors même qu’ils avaient ressentis un symptôme dans les jours précédents, le Pr Carré est parfaitement en accord avec les résultats du papier. « Le problème est connu », souligne-t-il. « Si tous les gens qui ont un symptôme consultaient, on pourrait théoriquement éviter 30 à 40% de morts subites associées au sport ».

Et de rappeler les 10 règles d’or édictées par le Club des Cardiologues du Sport.

1. Je respecte toujours un échauffement et une récupération de 10 min lors de mes activités sportives ;
2. Je bois 3 à 4 gorgées d'eau toutes les 30 min d'exercice à l'entraînement comme en compétition ;
3. J'évite les activités intenses par des températures extérieures < - 5° ou > +30° ;
4. Je ne fume jamais 1 heure avant ni 2 heures après une pratique sportive ;
5. Je ne prends pas de douche froide dans les 15 min qui suivent l'effort ;
6. Je ne fais pas de sport intense si j'ai de la fièvre, ni dans les 8 jours qui suivent un épisode grippal (fièvre + courbatures) ;
7. Je pratique un bilan médical avant de reprendre une activité sportive intense si j'ai plus de 35 ans pour les hommes et 45 ans pour les femmes ;
8. Je signale à mon médecin toute douleur dans la poitrine ou essoufflement anormal survenant à l'effort * ;
9. Je signale à mon médecin toute palpitation cardiaque survenant à l'effort ou juste après l'effort * ;
10. Je signale à mon médecin tout malaise survenant à l'effort ou juste après l'effort *.
*Quels que soient mon âge, mes niveaux d'entraînement et de performance, ou les résultats d'un précédent bilan cardiologique

L’étude a été menée grâce à la Oregon Sudden Unexpected Death Study (Oregon-SUDS), qui porte sur des habitants résidents en zone urbaine, et susceptibles d’être admis aux urgences dans l’un des 16 hôpitaux locaux.

Grâce aux données hospitalières, des analyses ont pu être menées en fonction des antécédents médicaux des sujets. « Les données sur l’histoire médicale des victimes de mort subite (en particulier lorsqu’elles ne sont pas réanimées) sont généralement minces, et rarement analysées de manière systématique », indiquent les auteurs, ajoutant que « les informations concernant les facteurs de risque CV, la fréquence et le type de symptômes dans la semaine précédant la mort subite, n’ont pas été pris en compte jusqu’à présent ».

Le suivi prospectif, a porté sur la période 2002 – 2013. Durant ces 10 années, 1247 morts subites ont été enregistrées dans les hôpitaux. Parmi elles, 63 (5%), sont survenues durant une activité sportive, ou dans l’heure qui suivait.

Au passage, on note que les morts subites survenues lors d’activités physiques non sportives – « typiquement, durant un rapport sexuel » précisent les auteurs – n’ont pas été comptabilisés dans ces 63 évènements.

L’incidence des morts subites associées à une pratique sportive (calculées dans le comté de Multnomah, par rapport à un total d’environ 135 000 hommes et autant de femmes de 35 à 65 ans), est

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