POINT DE VUE

Fin de vie : que propose la nouvelle Loi?

Dr Manuel Rodrigues

Auteurs et déclarations

19 mars 2015

Le blog du Dr Manuel Rodrigues – Oncologue

This feature requires the newest version of Flash. You can download it here.

On voit régulièrement passer des sondages nous disant que 80 à 90% des Français seraient en faveur de l’euthanasie ou du suicide assisté. Quelles sont les raisons de ce plébiscite ?

La première est qu’on interroge des personnes en bonne santé et qui redoutent probablement le moment où elles pourraient se trouver dans une situation d’extrême vulnérabilité en fin de vie. Elles craignent de se retrouver face  à une médecine trop technique et de ne plus être traitées comme un humain.

Ce sentiment légitime aurait dû être petit à petit gommé par les précédentes législations.

En 1999, la Loi « Kouchner » crée le droit à l’accès aux soins palliatifs en France et le droit à refuser un traitement pour les patients.

En 2005, la Loi « Léonetti »,  loi relative au droit des malades et à la fin de vie, a pour but d’une part d’éviter les pratiques d’euthanasie mais également d’empêcher l’acharnement thérapeutique. Cette volonté pouvait être exprimée par le biais de directives anticipées (valables 3 ans) écrites par les patients ou par une personne de confiance. Dans le même temps, la loi Léonetti proposait de développer les soins palliatifs.

Quelle sont les évolutions de la nouvelles Loi Claeys-Léonetti votée le 17 mars ?

Cette loi va dans le même sens, tout en allant plus loin dans la réflexion.  Elle dit que si le médecin constate qu’il ne peut soulager la souffrance d’une personne, en phase avancée ou terminale d’une maladie, il peut avoir recours à une sédation qui peut avoir pour effet secondaire d’abréger la vie.  Le but recherché de la sédation est de soulager une souffrance, pas d’accélérer le décès. Cette décision est soumise à une discussion entre plusieurs membres de l’équipe médicale, après consultation des proches et des directives anticipées.

Cette pratique n’a pas vocation à être généralisée.  Le « droit de dormir avant de mourir » serait réservé à des malades dont le pronostic vital est engagé à court terme (qq heures à qq jours) et dont les souffrances (physiques et morales) n’ont pas été soulagées par les prises en charge habituelles. Cela pourra aussi concerner un patient atteint d’une maladie grave et incurable qui demande l’arrêt des traitements qui le maintiennent artificiellement en vie.

Cette sédation doit être associée à l’arrêt de tous traitements de maintien en vie (respirateur artificiel, nutrition parentérale, …).

Il ne s’agit donc pas d’une euthanasie déguisée, comme certains l’affirment  mais d’un accompagnement du patient.

En parallèle, tout le monde souligne l’intérêt de renforcer le développement des soins palliatifs (enseignement, augmentation des possibilités d’accueil).

Avec cette loi, les directives anticipées ne seront plus consultatives mais obligatoires sauf si le médecin les juge inappropriées. Mais disposer de directives anticipées, implique d’en avoir parlé auparavant avec le patient, ce qui n’était généralement pas le cas auparavant.

Au plan médical,  je crois qu’il faut plus largement repenser le concept du soin médical, pour sortir du curatif d’une pathologie aiguë ou chronique pour aller vers l’accompagnement, le soin. Si on remet le soin au centre de l’activité médicale,  la question de la fin de vie ne se posera plus.

A bientôt sur Medscape France.

Depuis l'enregistrement de ce blog un article important en accès libre est paru dans le New England Journal of Medicine ( http://www.nejm.org/doi/pdf/10.1056/NEJMc1414527 ). Il s'agit d'une étude belge sur la fin de vie avec questionnaires adressés aux médecins des Flandres. Elle montre une progression importante par rapport aux enquêtes du recours à la sédation prolongée et à l'euthanasie. Cette dernière pratique concernerait à présent 4,6% des décès. La sédation prolongée comme envisagée dans la loi Léonetti-Claeys serait pratiquée dans 12% des cas. Quinze ans après la première étude observationnelle, ces résultats montrent une progression nette par rapport à 2001, avant la promulgation des lois autorisant l'euthanasie chez nos voisins. Ces résultats sont interprétés comme une meilleure connaissance des pratiques dans la population générale et médicale.

Dr Manuel Rodrigues

 

Commenter

3090D553-9492-4563-8681-AD288FA52ACE
Les commentaires peuvent être sujets à modération. Veuillez consulter les Conditions d'utilisation du forum.

Traitement....