Manifestation du 15 mars : pourquoi étiez-vous là ?

Dr Isabelle Catala, avec le Dr Catherine Desmoulins

Auteurs et déclarations

16 mars 2015

Paris, France -- « 1/3 payant, 2/3 méfiant », « La santé est belle, elle n’appartient pas aux mutuelles », « Je suis Charlie, votre médecin », «MST : liberal killer »…. Les slogans étaient variés et les participants nombreux (de 19 000 pour la préfecture à 50 0000 pour les organisateurs) pour la plus grande manifestation des professionnels de santé depuis 2002. Tous les participants dénonçaient la Loi de Santé et en voulaient souvent personnellement la Ministre Marisol Touraine. Mais leurs revendications différaient selon leur âge et leur type d’exercice.

Medscape France a arpenté la manifestation pour aller à la rencontrer d’une dizaine de médecins qui ont précisé leurs motivations à participer à cet événement.

Deux questions ont été posées : quelle est la principale raison de votre présence à la manifestation ? Quels sont vos autres points de désaccord avec la Loi de Santé ?

Dr A.C Interne des hôpitaux de Paris en spécialisation en anesthésie réanimation : la main-mise des mutuelles

 
Dans un avenir proche, la sécurité sociale va se désengager au profit des mutuelles.
 

 

1. La principale raison de ma présence ici tient à la perte d’indépendance et de choix du médecin par les patients en raison de la mise en place de réseaux de soins pilotés par les mutuelles. Les mutuelles vont imposer aux médecins d’adhérer à leurs réseaux de soins pour pouvoir garder une patientelle fournie. Tous les signaux vont vers une main mise des mutuelles sur la santé à l’avenir. L’obligation faite récemment aux employeurs de fournir une mutuelle à leur salariés est bien la preuve de cette évolution. Dans un avenir proche, la sécurité sociale va se désengager au profit des mutuelles.

2. Les autres points de la Loi de santé qui me dérangent tiennent au fait que l’Etat vienne s’ingérer à ce point dans la médecine libérale qui prend en charge de façon efficace au moins la moitié de l’offre de santé en France. La Ministre veut étatiser de plus en plus la médecine en mettant au centre de l’offre de soins l’hôpital public.

Cette réforme est schizophrénique car elle introduit en même temps une privatisation et une étatisation.

Une réforme de fond en comble du système de santé – et d’autres systèmes tels que les retraites, les 35h… – doit désormais être proposée. S’en prendre à la médecine libérale n’est pas la bonne façon de faire pour une approche globale des réformes.

Dr M. R. Chirurgien digestif hospitalier, Paris : la fin des postes de chef de clinique

1. La suspension des clinicats est pour moi catastrophique, tout comme le nombre important de suppressions de postes prévues dans les hôpitaux, qui ont déjà bien du mal à assurer leur mission. Or, dans les années à venir, l’hôpital sera de plus en plus sollicité mais ne disposera pas de moyens pour accomplir ses missions.

2. La généralisation du tiers payant, l’atteinte à liberté des prescriptions … Le projet de Loi de Santé n’impactera pas uniquement les médecins libéraux, c’est une attaque globale contre la profession médicale dans son ensemble. Les médecins – hospitaliers ou non – vont perdre leur liberté, et c’est grave.

Dr N.D, généraliste installé depuis 3 ans dans l’Essonne : faire planter le système libéral

1. La main mise des ARS sur notre profession est ce qui me dérange le plus. Les ARS vont décider de notre liberté, de nos plannings, notre lieu d’installation, notre temps de travail… Or on est déjà surchargés et l’ARS nous imposera du travail supplémentaire en nous réquisitionnant avec l’aide des préfets.

2. L’objectif de la Loi est de rendre le système libéral invivable et le système des mutuelles viendra le remplacer. Les mutuelles vont prendre la main car cela coûterait trop cher à l’état de nous salarier. On ne sait pas quel sera l’impact de cette évolution sur la qualité des soins, l’accessibilité aux médecins, le coût de la santé…. Cette loi est très perverse : elle donne le sentiment aux patients que les médecins sont accessibles à tout moment et gratuitement, ce qui n’est pas réalisable en pratique. Le système va exploser par trop de générosité.

Dr S. M : Médecin généraliste libéral, Calvados: devenir des marionnettes des ARS

 
Les ARS décideront pour nous des prises en charge, des prescriptions, du type d’examens et d’actes réalisables par chaque médecin
 

1.Je ne pourrai plus pratiquer la médecine que j’aime pratiquer quand la Loi de Santé sera votée. En effet, les ARS décideront pour nous des prises en charge, des prescriptions, du type d’examens et d’actes réalisables par chaque médecin.

2. Les patients n’auront plus le libre accès vers leurs médecins ni le choix de leurs médecins traitant qui sera décidé par les mutuelles.

Le tiers payant – que j’applique déjà pour certains patients – ne doit pas m’être imposé pour tous.

Dr E.P, cardiologue libéral, Vaucluse : remettre la loi dans le bon chemin

1.La Loi de Santé n’est absolument pas la traduction de la stratégie nationale de santé. L’objectif était de dé-hospitaliser tous les patients qui n’ont rien à faire à l’hôpital pour les prendre en charge en ville dans leur intérêt et dans celui des finances publiques. Or la Loi, telle qu’elle est écrite aujourd’hui, organise tout à fait l’inverse : c’est à dire la prise en charge des tous les patients, quelle que soit la gravité de leur maladie, autour de l’hôpital public. En termes de confort pour le patient et de coût pour la collectivité, les mesures proposées sont mauvaises. Je suis dans la rue pour remettre la loi dans le bon chemin, celui de la prise en charge en ambulatoire de la plus grande partie de la population.

2.Les articles sur ce qui est appelé « les pratiques avancées » qui ont pour but de faire faire de la médecine par des non médecins me dérangent au plus haut point. Je ne suis pas contre la coordination entre professionnels de santé, mais on ne doit pas laisser croire à la population que la prise en charge par des non-médecins est équivalente à celle que proposent les médecins. C’est un leurre, un mensonge qui a pour objectif de faire des économies.

Dr DS, généraliste libéral dans les Yvelines : agir sur l’offre et non sur la demande

1. Je suis là aujourd’hui pour dire à nos dirigeants de prendre une autre voie, d’arrêter de détruire ce pays. Il faut écouter la population active et les forces vives afin de vivre dans un pays fort, prometteur, plein d’avenir. Il faut être dans la réalité et non dans la « bobosphère ». La Loi de Santé est là pour détruire quelque chose qui fonctionne.

2. La Loi de Santé va privatiser la médecine. Le gouvernement veut transférer le problème de la sécurité sociale aux mutuelles et aux assurances. Appliquer le tiers payant existe déjà, c’est un faux problème. La vraie question est de salarier les médecins, et dans ce cas – comme dans les entreprises privées – certains médecins coûteront moins cher que d’autres en fonction de leur pays d’origine (un médecin roumain coûte deux fois mois cher, un pakistanais, 5 fois moins cher). La politique de santé est actuellement uniquement basée sur la régulation de l’offre (les médecins) et elle ne prend pas en compte la demande (les patients). La demande c’est un électeur, un bulletin de vote. Une restructuration vers une médecine de qualité et non plus de quantité est nécessaire.

Dr V.M, étudiant en médecine, en 5ème année, région parisienne : vers une médecine administrative

 
Le caractère humain de la médecine risque d’être perdu au profit d’une régulation comptable.
 

1. Je suis opposé au principe du pouvoir des ARS sur notre activité. Nous craignons de devoir appliquer une médecine de plus en plus administrative, qui ne raisonne pas sur les principes médicaux mais sur des règles économiques. Le caractère humain de la médecine risque d’être perdu au profit d’une régulation comptable. Or, l’humain est le cœur de métier du médecin.

Pendant nos études, des cours sur le coût de la médecine sont proposés, nous avons donc des notions socio-économiques.

2. Le tiers payant généralisé est un point sur lequel je suis tout à fait opposé. Je suis aussi inquiet du transfert des compétences aux infirmières, aux sages-femmes et aux pharmaciens.

Les étudiants sont les médecins de demain, c’est pour cela que nous sommes dans la rue aujourd’hui.

Dr P.C, stomatologiste, Lille: une disparition programmée des médecins libéraux et des cliniques

1. Nous sommes devant une Loi de Santé qui nuit profondément à la médecine libérale, sous tous ses aspects. L’hôpital va prendre la place du libéral dans toutes l’organisation des soins et des réseaux de soins pour les personnes âgées et les patients polypathologiques. La destruction de la médecine libérale (praticiens et cliniques) est structurée et coordonnée. Il ne restera qu’une médecine de premier recours avec des médecins généralistes sous la coupe des ARS et une médecine spécialisée de second recours qui n’existera qu’à l’hôpital.

2. Le tiers payant obligatoire va entrainer des complications administratives pour le médecin. Quant au patient, il sera déconnecté de la valeur des actes. La notion de service public hospitalier – et les avantages qui en découlent - est refusé à tous les établissements libéraux car y travaillent des médecins qui pratiquent des honoraires différents. Les spécialistes libéraux ne sont même pas cités dans la Loi, car leur disparition est programmée.

Dr A.G.L, angiologue libéral, Rennes : On ne veut pas du tiers payant

1. On ne veut pas du tiers payant généralisé.

2. La main mise des mutuelles et des assurances sur la santé qui est écrite noire sur blanc dans la loi, influera sur notre liberté de prescription, notre liberté de soigner les patients comme on l’entend. Les patients ont aussi la liberté de choisir leur médecin, et d’accéder aux soins. On va aussi perdre la possibilité d’hospitaliser les patients que l’on souhaite, car les médecins ne seront plus maitres de la gestion du flux de soins.

Dr V.M, radiologue libéral, Lyon : Etatiser avant de privatiser

1. Le projet de Loi Santé est une hérésie et un mensonge d’état qui prévoit de privatiser à court terme la santé. Dans un premier temps, la santé sera étatisée et la dette de santé sera ensuite revendue aux mutuelles et aux assurances.

2. Le tiers payant généralisé est un système inflationniste et sans responsabilisation des patients. En tant que futur patient, je suis inquiet de la perte du secret médical, car les données de santé seront revendues aux mutuelles, organismes qui ont actuellement les moyens financiers pour diriger la politique de santé. C’est extrêmement dangereux.

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