Avec le diabète et l’HTA, un Américain sur deux pourrait devenir insuffisant rénal !

Stéphanie Lavaud

Auteurs et déclarations

11 mars 2015

Research Triangle Park, Etats-Unis – Le 12 mars, à l’occasion de la Journée mondiale du rein, des initiatives se multiplient pour informer sur la pathologie rénale souvent négligée, voire ignorée. Pour aider à la prise de conscience, des chercheurs américains viennent, grâce à un modèle mathématique, de calculer l’incidence de l’insuffisance rénale chronique (IRC) aux Etats-Unis dans les prochaines années et leurs données prédisent une forte augmentation du nombre de cas. Ainsi, plus de la moitié des 30 - 49 ans (54%) seraient amenés à développer une IRC au cours de leur vie [1]. Avec 3 millions de personnes souffrant de maladie rénale, la France n’est pas en reste. D’où les manifestations prévues ce jeudi [2].

Les chiffres en France
Chaque année en France, 10 000 patients arrivent au stade terminal de leur insuffisance rénale et nécessitent un traitement par dialyse ou transplantation rénale.
Actuellement, 40 000 personnes sont dialysées et 35 000 vivent avec une greffe rénale [2].
Le traitement des maladies rénales représente plus de 4 milliards d’euros, soit 2 % des dépenses totales de l’Assurance Maladie. Ces dépenses devraient progresser rapidement, en raison du vieillissement de la population et de l'augmentation de l'incidence du diabète et de l’hypertension artérielle, principales causes d’insuffisance rénale dans les pays développés.

 

Modèle prédictif chez les plus de 30 ans

Près de 600 millions de personnes dans le monde (1 personne/10) souffrent d’une insuffisance rénale chronique. Cette situation reflète la place prépondérante des maladies chroniques telles que le diabète, l’hypertension artérielle, les affections cardiovasculaires.

Les conséquences sont lourdes, tant pour l’individu - puisqu’elles conduisent certains patients à la dialyse ou à la greffe – que pour la société, en raison des coûts élevés de prises en charge qu’elles engendrent.

Aux Etats-Unis, aujourd’hui, près d’un adulte sur 7 est atteint d’IRC.Et les projections que viennent d’établir des chercheurs américains montrent que la situation ne va pas aller en s’améliorant.

Sur la base d’un modèle développé pour prédire l’évolution de l’IRC dans la population, le Dr Thomas J. Hoerger, économiste de la santé (RTI International, Research Triangle Park, Caroline du Nord), et ses associés ont « suivi » des cohortes d’individus âgés de 30 à 49 ans, de 50 à 64 ans et de plus de 65 ans, et ont estimé la probabilité de survenue d’une IRC sur la durée d’une vie allant jusqu’à 90 ans. Par ailleurs, ils ont établi des projections de la prévalence de l’IRC en 2020 et 2030.

L’échantillon a inclus des personnes de 30 ans et plus, issues des études de la National Health and Nutrition Examination Surveys (NHANES) menées entre 1999 à 2010. « Nous avons choisi cet âge, car le taux de filtration glomérulaire (GFRestimé) commence assez classiquement à décliner entre 20 et 30 ans » ont justifié les investigateurs. Le modèle simule la progression de la pathologie rénale et en s’appuyant sur le déclin du eGFR et la survenue d’une albuminurie, en tenant compte de l’existence de facteurs de risque, comme le diabète, l’hypertension, une albuminurie pré-existante, un eGFR < 60 mL/minute per 1,73 m2 ou un âge > 50 ans.

La moitié des 30-49 pourrait développer une IRC

Le modèle a permis d’établir que la population d’adultes de 30 ans et plus souffrant d’IRC devrait passer d’une proportion de 13,2 % à l’heure actuelle à 14,4% en 2020 et 16,7% en 2030. Une prévalence en hausse qui illustre bien, selon un communiqué de la National Kidney Foundation, l’augmentation des cas de diabète et l’allongement de la durée de vie auquel le pays doit faire face [3].

Quant à la probabilité de développer un IRC chez des américains qui en sont exempts à l’entrée dans l’étude, elle serait de 54 % pour la tranche d’âge 30 à 49 ans, de 52% chez les 50-64 ans et de 42% chez les plus de 65%.

« Nous avons été surpris par cette probabilité élevée de développer une IRC au cours de la vie, affirme le Dr Hoerger. Ce sont des chiffres plus élevés que ceux de la plupart des pathologies qui viennent à l’esprit en premier ». Ainsi, l’incidence du cancer du sein sur une vie entière chez la femme est de 12,5%, celle du diabète de 33 à 38%. Les auteurs appellent de leur vœu une prise de conscience : « Ces pourcentages vont peut-être encourager les individus à prendre des mesures pour prévenir ou retarder la survenue d’une IRC », écrivent-ils dans la discussion.

D’autant que la population est amenée à s’accroître dans les années à venir. Au-delà de l’incidence accrue de l’IRC, les chercheurs indiquent que la population des 30 ans et plus devrait passer de 204 millions en 2020 à 225 millions en 2030. En combinant, ces deux données, ils avancent le chiffre de 28 millions d’américains vivant avec une IRC en 2020 et près de 38 millions en 2030. Il va sans dire que les coûts de santé et la perte de qualité de vie seront à l’avenant.

Les auteurs évoquent deux limites à leur étude. La première tient au fait qu’ils ont estimé que la fonction rénale déclinait régulièrement au cours du temps sans tenir compte de possibles coups d’accélérateur liés aux infections rénales, elles-mêmes sources d’IRC. Cette approximation pourrait avoir conduit à une sous-estimation de l’incidence et de la prévalence de l’IRC. De même, les auteurs ont utilisé un modèle intégrant un déclin constant annuel en présence de facteurs de risque, ce qui relève probablement d’une sur-simplification.

 

Ceux qui aiment leurs reins prendront le train
Dans le cadre de la Journée mondiale du rein, la Fondation du Rein et le Club des Jeunes Néphrologues, en partenariat avec la SNCF, organisent une manifestation d’information, de prévention et de dépistage des maladies rénales auprès des voyageurs au cours d’un trajet dans le TGV n° 6145, rebaptisé "le T'REIN du REIN". Le départ est fixé le jeudi 12 mars en Gare de Lyon à 14 h 34 avec un accueil à 13 h 30 et l'arrivée à Marseille en Gare Saint-Charles à 17 h 54. Les passagers voulant se faire dépister pourront ainsi bénéficier d'une mesure de leur tension artérielle, se faire donner des conseils de prévention et expliquer les enjeux du dépistage. Les associations de patients (AIRG, FNAIR et Renaloo), ainsi qu'une association d’infirmières spécialisée dans les maladies rénales (AFIDTN), participeront à cette opération et répondront avec les médecins aux questions des voyageurs [2]. Par ailleurs, une session de conférences de l’Université du Rein (Formation d’Aix-Marseille Université) aura lieu de 19 h à 21 h, à la Faculté Saint-Charles [2].

 

L’étude a été financée par le CDC. Les auteurs ont déclaré ne pas avoir de liens d’intérêt.

Cette étude a fait l’objet d’un article sur Medscape.com

 

REFERENCES :

  1. Hoerger TJ, Simpson SA, Yarnoff BO et al. The Future Burden of CKD in the United States: A Simulation Model for the CDC CKD Initiative. AJKD 2015. Vol 65, 3, 403-11. DOI: http://dx.doi.org/10.1053/j.ajkd.2014.09.023

  2. Dossier de Presse. Opération T'REIN du REIN. Journée Mondiale du Rein.

  3. Chronic kidney disease projected to rise in the U.S. National Kidney Foundation, 1er mars 2015.

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