Effets bénéfiques de la perte de poids sur la FA via des modifications structurelles

Adélaïde Robert-Géraudel

Auteurs et déclarations

10 mars 2015

Sydney, Australie – Les résultats à 5 ans de la cohorte australienne de patients obèses ou en surpoids LEGACY (Long-Term Effect of Goal Directed Weight Management on an Atrial Fibrillation) ont été présentés le 16 mars au congrès de l’ACC 2015 (Joint American College of Cardiology/New England Journal of Medicine Late-Breaking Clinical Trials). Il s’agit d’une cohorte de 356 patients obèses ou en surpoids souffrant de fibrillation atriale (FA) paroxystique ou persistante, randomisés entre un groupe bénéficiant d’un encadrement soutenu pour perdre du poids (régime, exercice physique, coaching…) et un groupe contrôle (sans aide à l’amaigrissement).

A la veille de la présentation des résultats finaux, une sous-étude d’imagerie réalisée à partir de cette cohorte suggère que l’amélioration de la FA après perte de poids s’expliquerait par un effet de remodelage structurel [1].

L’obésité et la richesse du tissu adipeux péricardique sont des facteurs de risque connus de progression d’une fibrillation atriale (FA).

L’étude LEGACY a déjà permis de montrer qu’une perte de poids permettait de réduire les symptômes de la FA [2]. Il restait à explorer en détail l’effet de la perte de poids sur la structure cardiaque.

Hany Abed (université de Sydney, Australie) et ses collègues ont étudié par IRM cardiaque l’impact d’une intervention structurée de prise en charge pondérale (groupe d’intervention, 36 patients), par rapport à des conseils généraux sur le mode de vie (groupe contrôle, 33 patients).

Il s’agissait de patients obèses ou en surpoids atteints de FA non valvulaire paroxystique ou persistante symptomatique.

Comme attendu, la perte de poids à un an était significativement plus importante dans le groupe d’intervention (101,5 kg à 81,2 kg contre 102,6 kg à 98,7 kg).

Le tissu adipeux péricardique : un médiateur de la FA ?

Première étude démontrant dans un essai randomisé qu’une intervention sur le poids atténue le remodelage structurel délétère de l’oreillette gauche.

En parallèle, dans le groupe d’intervention, le volume de l’oreillette gauche (OG) a diminué (105 mL à 96,4 mL), tout comme le volume de tissu adipeux péricardique (140,9 cm3 à 118,8 cm3).

A l’inverse, dans le groupe contrôle, ces mêmes paramètres n’ont pas varié ou ont augmenté. Le volume de l’OG est passé de 108,8 ml à 108,9 ml et le volume de tissu adipeux péricardique de 143,2 cm3 à 147,2 cm3.

Les différences entre les groupes étaient statistiquement significatives (p<0,001).

Des critères secondaires ont également évolué plus favorablement dans le groupe intervention, comme la masse myocardique (137,6 g à 123,1 g contre 138,3 g à 140,7 g) ou le volume de fin de diastole de l’oreillette gauche (105mL à 98 mL contre 111 mL à 112 mL) et droite (99 mL à 83 mL contre 98 mL à 100 mL). Là aussi, les différences entre les groupes étaient statistiquement significatives (p<0,001).

Il s’agit là « de la première étude démontrant dans un essai randomisé qu’une intervention sur le poids atténue le remodelage structurel délétère de l’oreillette gauche », commentent les auteurs. Rappelons que l’augmentation du volume de l’OG est fortement corrélée à la FA, à la fois chez l’obèse et le non obèse.

Mais ceux-ci s’avouent surpris de la rapidité de l’inversion du remodelage structurel. Pour eux, cela suggère que lors du remodelage structurel, un stade de dilatation auriculaire réversible précède sans doute un stade fibrotique plus irréversible.

Quant à l’origine de ce remodelage, l’étude confirme l’hypothèse d’un rôle délétère du tissu adipeux péricardique même s’il reste à démontrer dans des études ultérieures que le tissu adipeux péricardique est bien un médiateur de la FA.

Cette étude apporte ainsi de nouveaux éléments pour achever de convaincre de la nécessité d’intervenir sur le poids chez des patients en surpoids ou obèses atteints d’une FA.

Les auteurs n’ont aucun conflit d’intérêt à déclarer.

REFERENCES :

  1. Abed HS., Nelson AJ., Richardson JD., Impact of Weight Reduction on Pericardial Adipose Tissue and Cardiac Structure in Patients with Atrial Fibrillation, American Heart Journal (2015), doi: 10.1016/j.ahj.2015.02.008

  1. Abed HS.,Wittert GA, Leong DP. Effect of weight reduction and cardiometabolic risk factor management on symptom burden and severity in patients with atrial fibrillation: a randomized clinical trial. JAMA. 2013 Nov 20;310(19):2050-60. doi: 10.1001/jama.2013.280521.

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