Prise de poids sous antipsychotique : la piste des cannabinoïdes

Stéphanie Lavaud

Auteurs et déclarations

5 mars 2015

Montréal, Canada – Les cannabinoïdes endogènes seraient à l'origine de la prise de poids observée chez les personnes atteintes de schizophrénie et traitées avec l'antipsychotique olanzapine (Zyprexa®), selon une étude préliminaire publiée dans Journal of Clinical Psychopharmacology par des chercheurs de Montréal [1]. A ce stade, pas de lien de cause à effet entre les niveaux d'anandamide, un des principaux neurotransmetteurs cannabinoïdes endogènes, et un trouble du comportement alimentaire chez des personnes schizophrènes, mais une piste à suivre.

Etude préliminaire d'imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf)

La schizophrénie est associée à une prévalence du syndrome métabolique, de l’obésité et du diabète de type 2 deux à trois fois plus élevée que dans la population générale. En cause : les mauvaises habitudes alimentaires, l’inactivité, les facteurs génétiques et les antipsychotiques. Il a été suggéré qu’une altération des cannabinoïdes endogènes pourrait faire le lien entre la schizophrénie et les désordres métaboliques. D’ailleurs, chez l’homme, le rimonabant, agoniste inverse des récepteurs cannabinoïdes CB1, avait montré son efficacité sur la perte de poids et le syndrome métabolique dans des essais cliniques, avant qu’il ne soit retiré du marché pour sa majoration…des effets psychiatriques.

Pour étudier plus avant cette relation, l'équipe de Stéphane Potvin, chercheur à l'Institut universitaire en santé mentale de Montréal et au Département de psychiatrie de l'Université de Montréal, a recruté 15 schizophrènes traités pendant 16 semaines par olanzapine, antipsychotique atypique réputé pour stimuler l'appétit. Ces participants, en état de satiété, ont visionné des images neutres ou destinées à stimuler leur désir de manger durant un examen d'imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf), avant et après 16 semaines de traitement par olanzapine. En parallèle, leur glycémie à jeun, insulinémie et valeurs lipidiques ont été mesurés, de même que leurs niveaux de cannabinoïdes endogènes, dont l'anandamide.

Hyperactivité de l’amygdale et augmentation de l’anandamide

 
C'est la première étude de neuroimagerie qui rapporte un lien entre les niveaux d'anandamide et un trouble du comportement alimentaire chez des personnes atteintes de schizophrénie -- Stéphane Potvin
 

Les chercheurs ont observé chez les sujets sous olanzapine une hyperactivité de l'amygdale (région limbique) de l'hémisphère gauche, après visionnage d’images appétissantes, comparativement au groupe témoin constitué de sujets sains. Ces changements cérébraux ont été associés à une augmentation des niveaux de glucose, de triglycérides et d'anandamide, le principal neurotransmetteur cannabinoïde. Pendant le traitement, les participants ont également pris du poids et ont présenté moins de symptômes positifs (délires et hallucinations). L'analyse statistique, quant à elle, suggère une implication de l'anandamide dans l'hyperactivation de l'amygdale chez les sujets traités par olanzapine qui ont visionné des images stimulant l'appétit comparé aux stimuli neutres (p<0,01).

«Ce résultat est cohérent avec la littérature scientifique rapportant que l'augmentation des cannabinoïdes, et en particulier de l‘anandamide, est impliquée dans l'aspect motivationnel du comportement alimentaire. C'est aussi cohérent avec le fait que le cannabis augmente l'appétit, un phénomène que les consommateurs connaissent fort bien, et qu'on appelle les munchies,» explique Stéphane Potvin dans un communiqué [2] . « À notre connaissance, c'est la première étude de neuroimagerie qui rapporte un lien entre les niveaux d'anandamide et un trouble du comportement alimentaire chez des personnes schizophrènes. Cependant, rien ne prouve qu'il existe un lien de cause à effet. Ces résultats préliminaires devront être confirmés avec des échantillons plus importants. Ils permettraient de mieux comprendre la prise de poids associée aux antipsychotiques. Il s'agit d'une problématique clinique préoccupante, puisque certains antipsychotiques ont des effets secondaires métaboliques importants,» conclut le chercheur [2]. Une piste intéressante donc, mais dont les prochaines étapes n’ont rien d’évident.

 

Stéphane Potvin est chercheur au Centre de recherche de l'Institut universitaire en santé mentale de Montréal et professeur agrégé au Département de psychiatrie de l'UdeM. Il est titulaire de la Chaire Eli Lilly de la schizophrénie de l'Université de Montréal.
Les résultats sont issus d'une étude clinique (No NCT00290121) menée par Eli Lilly Canada et d'une subvention des Instituts de recherche en santé du Canada (CSU105837).

 

Ce sujet a fait l'objet d'une publication dans Medscape.com

 

REFERENCES :

 

  1. Potvin S, Lungu OV, Stip E. Anandamide is involved in appetite-related amygdala hyperactivations in schizophrenia patients treated with olanzapine: a functional magnetic resonance imaging study. J Clin Psychopharmacol. 2015 Feb; 35:82-3.

  2. Université de Montréal. Schizophrénie et prise de poids : une nouvelle explication, Communiqué du 4 février 2015.

 

 

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