Marathonien amateur avec facteur de risque : bénéfique ou dangereux au plan cardiovasculaire ?

Vincent Richeux, Michael O'Riordan

Auteurs et déclarations

27 février 2015

Washington, Etats-Unis - La pratique ponctuelle d'une activité physique intense serait bénéfique sur le plan cardiovasculaire, même chez les personnes présentant au moins un facteur de risque. C'est ce que suggère une petite étude américaine, qui a rapporté une amélioration de la fonction cardiaque chez des sportifs amateurs se préparant à un marathon [1].

Après un entrainement intensif d'un peu plus de quatre mois, l'adaptation structurelle et fonctionnelle du coeur serait similaire à celle observée chez des sportifs de haut niveau, selon les auteurs de cette étude, publiée dans la revue Circulation: Cardiovascular Imaging.

Des bienfaits contestés

Les bienfaits sur le plan cardiovasculaire d'une activité physique intensive sont contestés, en particulier chez les personnes à risque. Sur le long terme, le remodelage du coeur et des grosses artères peut notamment conduire à une arythmie.

Une étude américaine a ainsi révélé, au cours d'un suivi de dix ans, une hausse de la mortalité cardiovasculaire de 12% pour une activité physique en post-infarctus supérieure à 7 MET/h/jour, soit plus de 50 kilomètres de course à pied par semaine [2]. A l'inverse, la mortalité était réduite de 25 à 60% pour une intensité inférieure.

Cette courbe en U de l'effet de l'activité physique a également été mise en évidence dans une étude danoise, qui a attesté un bénéfice maximal sur la mortalité pour une 1h à 2h30 de course à pied hebdomadaire à allure modérée [3]. Le bénéfice s'est ensuite avéré non significatif avec une pratique plus poussée.

En soulignant les effets positifs d'une préparation physique intense, mais de courte durée, cette nouvelle analyse, menée par l'équipe de Dr Aaron Baggish (Massachussets General Hospital, Boston, Etats-Unis) se veut rassurante pour ceux qui souhaitent se lancer dans un marathon.

40 km de course hebdomadaire

Pour évaluer les répercussions d'un entrainement à cette épreuve sportive, 45 hommes se préparant au marathon de Boston ont été inclus. Ils étaient âgés de 48 ans en moyenne et présentaient, pour la majorité d'entre eux (64%), au moins un facteur de risque cardiovasculaire (hypertension, dyslipidémie, antécédent de syncope, etc.).

Avant de se préparer, ils pratiquaient régulièrement la course à pied. Dans les deux mois précédant le début de l'entrainement, ils parcourraient ainsi en moyenne chaque semaine 22 kilomètres. Tous avaient déjà participé, au moins une fois, à un marathon.

La moitié d'entre eux, rassemblés dans la cohorte des "expérimentés", avaient plus de cinq marathons à leur actif. Ces coureurs étaient plus âgés, avaient une taille et un poids en moyenne plus faibles que ceux qui avaient participé à cinq marathons et moins.

Le programme d'entrainement s'est réparti sur 18 semaines. Il comprenait 4 ou 5 séances hebdomadaires de 6 à 15 kilomètres de course à pied, auxquelles s'ajoutait une course plus longue, qui devait atteindre 32 à 34 kilomètres à 15 semaines. Au final, les participants ont couru en moyenne près 40 kilomètres chaque semaine.

La fonction diastolique améliorée

Avant, pendant et après l'entrainement, plusieurs tests ont été effectués. Ils comprenaient une échographie, des exercices pour évaluer la fonction cardio-pulmonaire et des mesures en laboratoire pour évaluer des paramètres de la fonction cardiaque.

Les résultats montrent une dilatation du ventricule gauche, avec un volume de fin de diastole qui est passé de 156 à 172 mL après entrainement. Les vitesses de relaxation post-systolique ont aussi révélé une amélioration de la fonction diastolique au niveau de ce ventricule. Les volumes du ventricule droit et l'oreillette gauche ont également augmenté.

« Les effets du programme d'entrainement sont d'autant plus intéressants que sept participants présentaient une dysfonction diastolique avant d'initier le programme. Elle a ensuite persisté chez seulement un d'entre eux », a souligné le Dr Baggish à l’édition internationale de Medscape.

Autre résultat favorable sur le plan cardiovasculaire: les niveaux de triglycérides, de LDL cholestérol et de cholestérol total ont diminué de manière significative. Ils sont ainsi passés respectivement de 100 à 85 mg/dL, 120 à 114 mg/dL et 199 à 192 mg/dL.

Au final, « tous les participants ont vu leur capacité physique, ainsi que les niveaux de biomarqueurs du risque cardiovasculaire s'améliorer. Il n'y avait pas de différence dans les modifications fonctionnelles et structurelles entre les marathoniens expérimentés et les autres. »

Ce type de préparation physique « est sure » et « se traduit par un bénéfice notable sur le plan cardio-vasculaire », qu'il reste toutefois à confirmer sur le long terme, affirment les auteurs. Un court programme d'entrainement intensif apparait, selon eux, « comme une stratégie efficace pour la prévention des maladies cardiovasculaires ».

Rester prudent et modéré

Dans un éditorial accompagnant la publication, les Drs Stefan Möhlenkamp (hôpital Bethanien, Moers, Allemagne) et Martin Halle (Université de Munich, Allemagne) se montrent plus réservés [4].

Leurs propres travaux, menés également sur une cohorte de marathoniens amateurs, suggèrent au contraire une majoration du risque cardiovasculaire, en raison d'une athérosclérose accrue et d'une légère fibrose observée chez certains sportifs après un entrainement intense [5].

Bien que ces résultats ne soient pas forcement une conséquence de l'activité physique, « ces données jettent un doute sur les supposés bienfaits d'un marathon et de l'entrainement associé, en particulier chez les personnes à risque », estiment-ils.

Selon eux, il convient de rester prudent et de tenir compte des résultats des études ayant établi un seuil limite pour la pratique d'une activité physique. Et de favoriser, avant tout, les recommandations adressées aux personnes sédentaires pour les sensibiliser aux bienfaits de l'exercice physique régulier… et modéré.

 

Ce sujet a fait l'objet d'une publication dans Medscape.com

 

REFERENCES :

1. Zilinski J, Contursi M, Isaacs S, Myocardial adaptations to recreational marathon training among middle-aged men, Circulation: Cardiovascular Imaging, publication en ligne du 11 février 2015

2. Williams P, Thompson P, Increased cardiovascular

disease mortality associated with excessive exercice in heart attack survivors, Mayo Clinic Proceedings, janvier 2015, Vol 90, Issue 1, pp 159-60

3. Schnohr P, O’Keefe JH, Marott JL, Dose of Jogging and Long-Term Mortality The Copenhagen City Heart Study. Journal of the American College of Cardiology, 10 fév 2015, Vol 65, pp 411–19.

4. Möhlenkamp S, Halle M, Editorial: Myocardial adaptation in response to marathon training, do short-term benefits translate into long-term prognosis?, Circulation: Cardiovascular Imaging, publication en ligne du 11 février 2015.

5. Möhlenkamp S, Heusch G, Erbel R, Can intensive exercise harm the heart? ... and if so, how,? Circulation, publication en ligne du 15 février 2015

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