Le lave-vaisselle, trop « propre », pourvoyeur d’allergie de l’enfant ?

Stéphanie Lavaud

Auteurs et déclarations

27 février 2015

Göteborg, Suède – Une étude suédoise s’est intéressée aux comportements qui pourraient expliquer l’incidence croissante des allergies chez l’enfant et a trouvé une association, et non un lien de cause à effet, entre un plus faible taux de maladies allergiques et le fait de laver la vaisselle à la main plutôt qu’au lave-vaisselle [1]. Si, compte-tenu de l’hypothèse hygiéniste, la corrélation n’est pas totalement saugrenue, ce travail n’est pas sans soulever un certain nombre de questions[2].

Hypothèse hygiéniste à l’épreuve ou l’effet protecteur de la vie à la ferme

C’est une évidence depuis quelques dizaines d’années, la prévalence des maladies allergiques est en forte augmentation, notamment chez les enfants des pays occidentaux. Pour expliquer cette recrudescence, certains chercheurs ont évoqué une aseptisation de l’environnement réduisant l’exposition précoce du nourrisson, voire du fœtus, avec un certain nombre d’allergènes. Publiée en 2012, l’étude GABRIELA a ainsi démontré l’effet protecteur de la vie à la ferme. Une hypothèse en accord avec la théorie hygiéniste stipulant qu’une exposition microbienne très précoce serait à l’origine d’une tolérance immunologique et réduirait ainsi le risque de maladies allergiques par la suite.

Pour explorer plus avant cette hypothèse, trois chercheurs suédois se sont intéressés aux habitudes de vie d’un millier d’enfants de 7 à 8 ans vivant dans deux régions distinctes, l’une au nord du pays près du cercle arctique, l’autre sur la côte sud-ouest de la Suède. Via un questionnaire distribué aux parents, ils ont investigué la présence de pathologies allergiques sous forme d’asthme, d’eczéma et de rhinite allergique, ainsi que les habitudes alimentaires : utilisation d’un lave-vaisselle ou lavage à la main, consommation d’aliments fermentés, de produits de la ferme (œufs, viande et lait non pasteurisé), l’achat de plats infantiles industriels au cours de la première année de vie de l’enfant, et la pratique ou non de l’allaitement, ainsi que sa durée.

De toutes les corrélations effectuées, celle qui a été retenue par les investigateurs établit un lien inverse entre le risque de développer une maladie allergique (asthme, eczéma ou rhinite allergique) et vivre dans une famille où l’on lave la vaisselle à la main (risque relatif de 0,57, IC 95% [0,37-0,85]).

A titre d’exemple, 23% des enfants vivant dans des familles sans lave-vaisselle avaient des antécédents d’eczéma et 1,7% souffrait d’asthme versus 38% et 7,3%, respectivement, chez ceux utilisant cet appareil d’électro-ménager. La différence était plus faible pour les rhinites allergiques avec 10,3% pour le lavage manuel contre 12,9% pour le lavage automatique.

Aucune association aussi nette n’a pu être mise en évidence avec les autres paramètres de consommation, comme l’achat d’aliments fermentés ou venant de la ferme.

En revanche, l’utilisation d’un critère combiné « habitudes alimentaires » qui associe les paramètres alimentaires et l’absence de lave-vaisselle renforce la corrélation inverse et ceci, de façon « dose-dépendante», sur la diminution du risque d’allergie chez l’enfant.

A ce stade, tout au plus peut-on évoquer une association troublante plutôt qu’un lien de cause à effet. Explication avancée par les auteurs au bénéfice supposé du lavage manuel de la vaisselle, ce mode de nettoyage serait moins efficace et autoriserait une survie bactérienne sur la vaisselle, trop faible pour poser des problèmes de santé mais assez forte pour permettre une sensibilisation.

Dans un éditorial accompagnant l’article, les Drs Cheng et Cabana prennent note du résultat mais pointent des limites à cette étude. Ils se demandent notamment comment des résidus bactériens laissés par le lavage manuel de la vaisselle pourraient avoir un impact aussi, sinon plus, significatif que des aliments fermentés ou issus de la ferme ? Ils font aussi remarquer que les enfants en question étaient âgés de 7 et 8 ans, alors que l’hypothèse hygiéniste suggère une exposition très précoce, avant 6 mois, voire même pendant la période périnatale, pour obtenir une protection et font remarquer que l’étude ne donne pas accès à ce type d’information. « Etant donné les limites de cette étude, écrivent-ils en conclusion de leur éditorial, aucune recommandation spécifique ne peut être tirée de ce travail. » A quand un retour à la vie sauvage…

Ce sujet a fait l’objet d’un article sur la version internationale de Medscape.

 

REFERENCES :

1. Hesselmar B, Hicke-Roberts A, Wennergren G. Allergy in Children in Hand Versus Machine Dishwashing. Pediatrics. 2015 :2014-2968. DOI: 10.1542/peds.2014-2968.

2. Cheng LE, Cabana MD. Dishing It Out to Allergies. Pediatrics. 2015 : 2014-3911. DOI: 10.1542/peds.2014-3911.

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