TDAH de l’adulte : vraiment plus difficile à reconnaitre ?

Dr Isabelle Catala

Auteurs et déclarations

19 février 2015

Paris, France – « Le TDAH n’est pas qu’une maladie des enfants. 3 à 7 % des moins de 15 ans sont concernés et deux tiers d’entre eux voient certains de leurs symptômes persister à l’âge adulte. Donc 4 % des adultes environ – qui représentent 10 à 20 % des consultants ambulatoires en psychiatrie – présentent des troubles de cet ordre. C’est pour cette raison que ce diagnostic doit aussi être évoqué et traité à l’âge adulte », analyse le Dr Nader Perroud (Genève, Suisse) à l’occasion du congrès de L’Encéphale 2015 [1].

L’inattention à l’école ou au travail au premier plan

Les symptômes des adultes sont-ils plus délicats à reconnaître ? « Le trépied : troubles de l’attention, hyperactivité et impulsivité existe aussi chez l’adulte. L’inattention est au premier plan dans le domaine des études et du travail : l’adulte TDHA ne peut garder son attention longtemps, il est facilement distrait et, une fois distrait, il lui est difficile de reprendre une tâche, sa mémoire de travail est limitée et il présente des difficultés d’organisation ou de planification. Le sentiment d’ennui et la difficulté à se conformer aux consignes de travail peuvent aussi être des facteurs limitant de l’insertion dans le monde professionnel », continue le Dr Perroud.

« Lorsque ces signes coexistent avec un déficit d’inhibition, la situation est encore plus complexe : tension interne, anxiété, mouvements répétitifs, déficit d’inhibition verbale, impulsivité cognitive (décisions trop rapides), impulsivité motivationnelle (recherche de sensation fortes), dérégulation émotionnelle (difficulté à supporter les frustrations, colère) ».

Définition du DSM-V
Le DSM-V donne une définition stricte du TDAH chez les plus de 17 ans: ces patients doivent présenter depuis plus de 6 mois et depuis l’âge de 12 ans au moins 5 symptômes de la liste des troubles admis chez l’enfant (difficulté à soutenir son attention, semble avoir l’esprit ailleurs, a du mal à organiser ses activités… [2]). Il doit s’y associer une altération significative du fonctionnement social, scolaire ou professionnel et une gêne fonctionnelle liée aux symptômes dans au moins deux types d’environnement (école, travail, maison).

 

Toxicomanie, alcoolisme, troubles de l’humeur

 
A l’âge adulte, les patients TDAH souffrent dans 80 % des cas d’une comorbidité psychiatrique.
 

A l’âge adulte, les patients TDAH souffrent dans 80 % des cas d’une comorbidité psychiatrique : troubles de l’humeur (40 %), toxicomanie ou alcoolisme (30 %), anxiété (25 %), comportement antisocial (18 %). Par ailleurs, leur niveau socio-économique est généralement plus faible. Ils souffrent plus souvent de maladies somatiques et sont en proie à des problèmes familiaux. Enfin, leur difficulté à suivre les règles les conduit souvent vers la criminalité.

Si pendant l’enfance, les garçons sont en moyenne 5 fois plus souvent atteints de TDAH que les filles, à l’âge adulte il semble que le sex ratio soit de 1.

Le diagnostic de l’affection peut être facilité par l’utilisation d’outils tels que le test DIVA [3]. Et, comme pour l’enfant, il est important de récolter des informations auprès des proches, puisque les patients ont tendance à minimiser leurs symptômes et l’impact de ceux-ci sur leur quotidien.

Efficacité des traitements de 50 à 70 %

Une fois le diagnostic établi, un traitement doit être proposé. « Si désormais, les enfants TDHA sont relativement bien pris en charge et traités, un traitement est rarement proposé aux adultes (en moyenne 5 fois moins qu’aux enfants) », précise le Dr Perroud. Quatre molécules qui interagissent avec la noradrénaline et, dans certains cas, la dopamine, peuvent être prescrites chez l’adulte : d-amphétamine, diméthylphénidate (Ritaline®, Quasym®, Medilinet®, Concerta®), atomoxetine et guanfacine. Leur efficacité est comprise entre 50 et 70 %.

Cependant en France, seuls les médicaments contenant du diméthylphénidate sont disponibles.

Classiquement, le premier traitement proposé est le méthylphénidate (posologie initiale 3 fois 5 mg qui peut être majorée jusqu’à 100 mg par jour), et en cas d’échec, l’atomoxetine ou le lisdexamfetamine sont prescrits. En troisième ligne, le psychiatre peut aussi choisir le bupropion (Zyban®), les tricycliques, le modafinil ou l’association clonidine/guanfacine. Lorsque le TDAH s’associe à des abus de substances, on peut proposer l’atomoxétine (40 mg à augmenter progressivement jusqu’à un maximum de 100 mg) ou le méthylphénidate. Les traitements médicamenteux complémentaires – fer, zinc, magnésium, ginkgo, acides aminés – n’ont pas fait la preuve de leur efficacité.

Au traitement médicamenteux est adjoint une psychothérapie individuelle ou en groupes : TCC, thérapie comportementale dialectique, thérapie cognitive de pleine conscience (mindfulness).

« Des nouveaux traitements sont en cours d’évaluation : agonistes des récepteurs nicotiniques (Sofinicline®), agoniste des récepteurs NMDA (memantine). Les résultats préliminaires semblent prometteurs », conclut le Dr Perroud.

 

REFERENCES :

  1. Perroud N. ADHD de l’enfant à l’adulte. Chez l’adulte diagnostiquer et traiter. Encéphale 2015.

  2. http://www.tdahactu.com/pdf/tdah-actu-n3_tableau-art2.pdf

  3. http://www.divacenter.eu/Content/Downloads/DIVA_2_FRANCAIS.pdf

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