Boum des prothèses de hanche chez les 45-54 ans : effet collatéral du sport ?

Stéphanie Lavaud

Auteurs et déclarations

18 février 2015

Hyattsville , Etats-Unis – Une récente étude américaine s’est intéressée à l’évolution de la pose de prothèse totale de hanche (PTH) aux Etats-Unis au cours de ces dernières années et montre que le nombre de pose de prothèse totale de hanche (PTH) a fortement augmenté entre 2000 et 2010. Une analyse détaillée révèle que c’est surtout dans la tranche d’âge 45-55 ans que l’augmentation a été la plus forte : 205 % d’augmentation en 2010 contre une augmentation de « seulement » 92% chez les plus de 75 ans [1]. Interrogé par Medscape, le Dr Jean-Alain Epinette, chirurgien-orthopédiste dans le Pas-de-Calais et président de la Société Française de chirurgie de la Hanche et du Genou (SFHG) associée à la SOFCOT, a commenté ces chiffres qui s’inscrivent, nous explique-t-il, en droite ligne de la tendance générale au rajeunissement des patients bénéficiant d’une PTH.

Une offre plus pertinente et une demande plus importante

Dr Jean-Alain Epinette

« Rien de surprenant dans ces chiffres », commente le Dr Epinette. La tendance à opérer des patients plus jeunes est globale, et on retrouve la même en France. « L’âge de nos patients ne cesse de baisser. Avant, on opérait des personnes de 65 ans, puis 60 ans, désormais elles ont 55 ans, voire moins » témoigne-t-il. « A cela, deux explications : primo, l’offre est aujourd’hui beaucoup plus pertinente ». Avec l’arrivée de nouveaux matériaux comme les couples céramique-céramique, le polyéthylène ultraréticulé (HXLPE), la fixation double mobilité (concept français), et l’apport de l’hydroxyapatite, l'arthroplastie totale de hanche a beaucoup progressé. Secundo, la demande est plus grande. « Auparavant, on opérait les gens pour qu’ils puissent recommencer à marcher, aujourd’hui, les patients sont plus jeunes et plus actifs : on les opère pour qu’ils puissent se remettre au sport ».

Plus de PTH posées chez les 55-64 ans que chez les plus de 75 ans

Pour réaliser l’étude, la division statistique du Centers for Disease and Prevention (CDC) a analysé les données recueillies à partir des hôpitaux publics gérés au niveau national, colligées depuis 1965.

 
Auparavant, on opérait les gens pour qu’ils puissent recommencer à marcher, aujourd’hui, on les opère pour qu’ils puissent se remettre au sport » -- Dr Epinette
 

De façon assez attendue compte-tenu du vieillissement de la population, le nombre annuel de mise en place de prothèses de hanche aux Etats-Unis chez des patients de plus de 45 ans – qui représentent 95% des procédures de remplacement de PTH – a plus que doublé entre 2000 et 2010, passant de 138 700 en 2000 à 310 800 en 2010. Mais ce n’est pas chez les plus âgés que cette inflation se fait sentir mais bien dans la tranche des jeunes, voire des très jeunes seniors. Si l’augmentation (en pourcentage) est de l’ordre de 92 % chez les plus de 75 ans (passant de 41 600 en 2000 à 80 000 en 2010), les chiffres bondissent de 17 000 en 2000 à 51 900 pour la tranche d’âge 45-54 ans, soit une augmentation de 205%.

Autre façon de dire, en 2000, les 45-54 ans représentaient 12% des patients qui bénéficiaient d’une PTH, ce pourcentage est passé à 17% en 2010.

Parallèlement, le groupe des 65-74 ans qui représentait 34% des procédures en 2000 ne constitue plus que 28% des patients à qui l’on pose une PTH, et le groupe des 75 ans et plus a chuté de 30% à 26%.

Enfin, en 2000, le pourcentage des 55-64 ans implantés d’une PTH était de 24%, soit significativement moins que les 30% des > 75 ans. En 2010, les chiffres s’inversent, avec 29% de PTH posées chez les 55-64 ans et 26% chez les > 75 ans.

 
« Avec 10 à 13 ans de recul, certaines PTH ne montrent aucun signe d’usure. »
 

Durées d’hospitalisation plus courtes

La division statistique du CDC a aussi analysé les durées moyennes d’hospitalisation qui comptent une journée de moins en 2010 par rapport à 2000, quelle que soit la tranche d’âge considérée. En 2010, ces durées s’étalent entre 3 jours pour les plus jeunes et 4 jours pour les plus âgés. Là encore, pas de grandes différences entre les Etats-Unis et la France. « Chez nous, la durée moyenne de séjour après PTH est de 3 à 4 jours, grâce notamment à la mise en œuvre de techniques mini-invasives. Les patients font quelques pas le soir même et il y en a même 30 à 40% qui ne font pas de kinésithérapie » ajoute le chirurgien-orthopédiste.

En conclusion de leur étude, les auteurs américains soulignent l’intérêt de continuer à surveiller de près la prévalence de cette procédure compte-tenu du vieillissement de la population aux Etats-Unis et de la forte augmentation de la PTH chez les plus jeunes. Sans compter, disent-ils, que cette inflation va probablement résulter en un plus grand nombre d’opérations dues au renouvellement des dispositifs. Un point sur lequel le Dr Epinette se montre en revanche plus optimiste que les américains tant les progrès réalisés ces dernières années ont été considérables. « Avec 10 à 13 ans de recul, certaines PTH ne montrent aucun signe d’usure » affirme le Dr Epinette. De là à penser qu’elles accompagneront bientôt le patient dans toutes ses activités pour une durée qui pourrait égaler son espérance de vie, il n’y qu’un pas.

 

La déclaration d’intérêt du Dr Jean-Alain Epinette est consultable ici .

 

REFERENCE :

  1. Wolford ML, Palso K, Bercovitz A. Hospitalization for Total Hip Replacement Among Inpatients Aged 45 and Over: United States, 2000–2010. NCHS Data Brief, February 2015.

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