Au CHRU de Lille, une unité sommeil propose des TCC pour traiter l’insomnie

Dr Isabelle Catala

Auteurs et déclarations

16 février 2015

Paris, France -- En 2002, le Dr Isabelle Poirot a mis en place au CHRU de Lille une Unité de sommeil au sein du pôle psychiatrique (« insomnie et troubles psychopathologiques associés »). Cette unité a la particularité de proposer une consultation de thérapies cognitivo-comportementales (TCC) spécifiquement dédiée aux troubles du sommeil. A l’occasion du congrès L’Encéphale 2015 , elle a présenté les résultats d’une expérimentation qui a permis de prendre en charge 500 patients entre 2004 et 2010 [1].

Contrôle du stimulus, restructuration cognitive, restriction de sommeil

 
Dans notre expérience, 153 des 174 patients qui avaient été suivis en TCC ont été considérés comme totalement guéris et 21 autres partiellement -- Dr Poirot
 

Chez les insomniaques, les TCC doivent suivre trois objectifs : contrôle du stimulus, restructuration cognitive et restriction du sommeil.

Le contrôle du stimulus vise à éliminer les comportements liés à l’éveil dans un lieu de sommeil et à renforcer le lien entre somme et stimuli liés au sommeil.

La restructuration cognitive passe par un travail sur les pensées dysfonctionnelles et les croyances par rapport au sommeil. Elle a pour but de diminuer l’anxiété de performance par rapport à la capacité à dormir.

Enfin, lorsque ces mesures ne se révèlent pas suffisantes, une restriction de sommeil peut être proposée avec une limitation du temps passé au lit, une consolidation du sommeil et une augmentation de la pression homéostatique du sommeil. Cette technique est l’élément le plus efficace des TCC à la fois sur différents paramètres : agenda du sommeil, échelles « sommeil », polysomnographie, latence d’endormissement, éveils après endormissement et efficacité du sommeil.

« La prise en charge en TCC est suspendue lorsque la plainte disparait, que les pensées dysfonctionnelles s’amoindrissent et que le patient suspend tout traitement psychotrope à visée hypnotique. Dans notre expérience, 153 des 174 patients qui avaient été suivis en TCC ont été considérés comme totalement guéris et 21 autres partiellement », conclut le Dr Poirot.

TCC, une approche validée dans l’insomnie

En 1991, le Dr Arthur Spielman a proposé un modèle congitivo-comportemental de l’insomnie : en présence de facteurs prédisposants, des individus soumis à des facteurs précipitants (maladie, douleur, stress) vont souffrir d’insomnie aiguë. Cette pathologie deviendra sub-chronique en présence de facteurs pérennisants. A l’inverse, le sommeil devrait redevenir normal lorsque les facteurs précipitants se résorbent. Mais il est aussi possible qu’une insomnie chronique s’installe par la suite, même en l’absence de facteurs précipitants ou pérennisant, car des facteurs de maintien perpétuent le cycle : pensées, préoccupations, modifications de comportement ou d’habitudes de sommeil.

Pour ce faire, en consultation TCC-insomnie, le patient procède dans un premier temps à une analyse « fonctionnelle » de son nycthémère: émotions, cognitions dysfonctionnelles (interprétations erronées, amplifications), habitudes comportementales (temps passé au lit, horaires de coucher, siestes, activités incompatibles avec le sommeil), et conséquences (troubles de l’humeur, fatigue, baisse des performances, retentissement psycho-social).

« C’est sur ces différents facteurs, que les TCC peuvent agir. Cette approche est désormais validée (1280 publications au cours des 10 dernières années) mais le problème principal vient d’une inadéquation entre la demande et la disponibilité : en effet, le nombre de praticiens formés est limité et cette approche nécessite une connaissance en psychopathologie, en TCC, en médecine générale et en physiologie du sommeil », explique le Dr Poirot. « C’est pour proposer des TCC au plus grand nombre de patients atteints d’insomnies, que nous avons mis en place au CHRU de Lille une consultation spécifique qui accueille 100 patients par an en moyenne depuis 2004 ».

74 % de comorbidités psychiatriques dans l’insomnie

 
Nous avons mis en place au CHRU de Lille une consultation spécifique qui accueille 100 patients par an -- Dr Poirot
 

Dans la population prise en charge à Lille, 56,4 % des patients avaient été référés par un médecin généraliste, 23,4 % par un psychiatre ou un neurologue, 13,6 % par un psychiatre uniquement et 7,1 % par d’autres médecins. Leur âge moyen s’établissait à 47,85 ans. Il s’agissait de femmes dans 67 % des cas. Les insomnies mixtes (endormissement et éveils) étaient majoritaires (298 personnes soit 59,6 %) et les insomnies d’endormissement pures, en revanche, étaient rares (45 patients).

19,8 % de cette population souffrait d’un trouble organique du sommeil associé à la plainte d’insomnie (syndrome des jambes sans repos, apnée du sommeil…) et 69 % n’avaient pas effectué de polysomnographie.

Seuls les patients dont le trouble avait été diagnostiqué et chez qui la plainte d’insomnie et le retentissement diurne avait été analysés pouvaient être inclus dans le circuit des consultations TCC.

Au cours de la première consultation, un bilan étiologique était effectué et les règles d’hygiène veille/sommeil et d’éducation thérapeutique exposées. Un total de 370 patients souffrait d’insomnies psychogènes (210 sans traitement et 160 sous hypnotiques) et un diagnostic d’insomnie primaire a été posé chez les 130 autres patients (11 d’entre eux étaient traités).

Le Dr Poirot souligne : « dans la population prise en charge, 74 % des patients présentaient une co-morbidité psychiatrique : trouble anxieux (38 %), trouble dépressif (35 %), addiction (8 %). En outre, un tiers des 130 patients qui souffraient d’insomnie qualifié de primaire avait souffert d’un épisode dépressif initial . Au moment de la première consultation, 83 % avaient déjà reçu un traitement à visée hypnotique : 42,8 % des benzodiazépines, 40,4 % des hypnotiques ».

Des TCC proposées à 174 personnes sur 500

Sur les 500 consultants, 57 ont été perdus de vue et 7 traités en psychiatrie. Un traitement psychotrope de courte durée a été proposé à 66,6 % des patients (antidépresseurs, autres psychotropes, sevrage des benzodiazépines). Ce traitement, associé à une éducation thérapeutique, s’est révélé efficace pour 106 personnes. Un suivi plus personnalisé a été proposé aux 334 patients qui présentaient des pensées dysfonctionnelles par rapport au sommeil. Une thérapie comportementale simple a permis à 160 patients de vaincre leur insomnie, enfin, une TCC a été nécessaire pour 174 personnes (30 en thérapie individuelle, 144 en TCC de groupe).

 

REFERENCE :

1. Poirot I. Session focus : traiter l’insomnie, quelle médication, quelle alternative ? Les TCC dans l’insomnie. L’Encéphale 2015.

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