Détecter un infarctus ST + avec un ECG réalisé à l’aide d’un smartphone

Stéphanie Lavaud

Auteurs et déclarations

6 février 2015

Salt Lake City, Etats-Unis — Un smartphone et une application adaptée font-ils aussi bien qu’un électrocardiogramme (ECG) standard 12 dérivations pour détecter un infarctus avec décalage du segment ST (STEMI) ? Une petite étude portant sur 6 patients va dans ce sens ouvrant des perspectives intéressantes quant aux possibilités de détection précoce [1]. De là à dire que la technologie connectée est en train de révolutionner la cardiologie…

Smartphone versus ECG à 12 dérivations

Les applications sur smartphone ou autres dispositifs « intelligents » (auxquels on adjoint des capteurs) ont déjà fait la preuve de leur intérêt et de leur fiabilité en cardiologie [1]. On les sait capables de mesurer la fréquence et le rythme cardiaque et de distinguer le rythme sinusal d’une fibrillation auriculaire, avec une sensibilité et une spécificité proches de 100% par comparaison avec un ECG 12 canaux. De même, un tel outil s’est montré fiable pour évaluer les intervalles QTC. Néanmoins, ces dispositifs qui ne disposaient que d’une seule dérivation, n’avaient pas pu être validés pour établir des tracés d’infarctus en phase aiguë, et notamment des événements de type STEMI, qui requièrent une technologie plus perfectionnée.

D’où cette étude dans laquelle des chercheurs ont utilisé une version modifiée du AliveCor™ qui permet d’obtenir l’équivalent d’un ECG à 2 dérivations afin d’évaluer la faisabilité d’une détection des infarctus STEMI. Cette version modifiée de la station et de l’application par rapport à celle disponible dans le commerce était couplée à un iPod Touch (qui utilise le même système d’exploitation que l’iPhone) et permettaient de relier deux électrodes au dispositif [2]. Deux configurations ont été utilisée pour les dérivations précordiales, l’une utilisant le bras droit comme fil de terre, l’autre le bras gauche.

100% de concordance

L’étude a donc consisté à réaliser deux ECGs successifs (ECG à 12 dérivations puis via l’appli AliveCor modifiée reliée smartphone) chez 6 patients, caucasiens et âgés de 52 à 85 ans, qui se sont présentés aux urgences pour une suspicion de STEMI. Chaque tracé d’ECG a été vu par 3 cardiologues expérimentés. Les investigateurs ont rapporté une concordance parfaite entre les différentes modalités en regard avec les critères de STEMI : 4 ECG de patients ont été considérés comme révélant un STEMI, et 2 étaient typiques d’un infarctus du myocarde mais ne remplissaient pas les critères d’un STEMI. Les tracés relatifs au bras droit ou au bras gauche ont été considérés de façon indépendante, et à quelques différences minimes, ont apporté les mêmes informations diagnostiques.

En dépit de ces résultats prometteurs, les investigateurs pointent des limites à leur étude comme évidemment le petit nombre de patients, le fait qu’à l’exception de l’un d’entre eux, toutes les mesures ont eu lieu en post-revascularisation et que la réalisation des tracés et l’utilisation du logiciel supposent un personnel formé. Le dispositif n’était pas non plus très pratique à utiliser. Néanmoins, les 100% de concordance entre les deux modes d’enregistrement est prometteur et encourageant, notent les investigateurs et l’on peut, bien sûr, imaginer une utilisation du smartphone-ECG à moindre coût dans toutes les situations et lieux où un appareil à 12 dérivations ne serait pas disponible (zones rurales, pays en voie de développement, croisières…).

Une nouvelle étude multi-centrique devrait suivre. Le protocole consisterait toujours à comparer les 2 systèmes d’ECG, mais en élargissant l’inclusion à 100 patients STEMI+, ainsi qu’à 200 autres patients qui se présenteraient aux urgences avec des douleurs thoraciques, l’idée étant d’estimer la précision diagnostique du nouveau dispositif dans une population plus hétérogène.

 

Le smartphone pour les arythmies ventriculaires aussi ?
Détecter une tachycardie complexe ? Il y a aussi une appli pour ça. Le JAMA Internal Medicine relate ainsi le cas d’un homme de 62 ans se plaignant d’épisodes soudains de syncopes ou de pseudo-syncopes, avec des examens neurologique et échocardiographique normaux, de même que l’électrocardiogramme de repos [3]. Sur les conseils de son médecin, cet homme s’est procuré la station et l’application AliveCor (agréée par la FDA) et a utilisé son smartphone pour enregistrer ce qui s’est révélé être un épisode de tachycardie complexe, en fait une tachycardie ventriculaire. D’abord référé en urgence pour la pose d’un défibrillateur implantable, le patient sera finalement ablaté avec succès. Cette publication suggère que le champ des pathologies accessibles à la détection par l’appli AliveCor s’élargit et vient s’ajouter à la littérature – de plus en plus fournie – sur la place et l’intérêt des applis smartphone pour détecter des pathologies cardiaques.

 

L’étude a été financée par AliveCor Inc sous forme de bourses de recherche et en fournissant les dispositifs connectés.
Visuels tirés de la publication.

 

REFERENCES:

  1. Muhlestein JB, Le V, albert D et al. Smartphone ECG for evaluation of STEMI: Results of the ST LEUIS Pilot Study. J Electrocardiol, Available online 27 December 2014, doi:10.1016/j.jelectrocard.2014.11.005

  2. Misra S. Modified AliveCor Heart Monitor used in study to diagnose ST-elevation heart attacks, iMedicalApps, 30 janvier 2015.

  3. Waks JW, Fein AS, Das S, et al. Wide Complex Tachycardia Recorded With a Smartphone Cardiac Rhythm Monitor. JAMA Intern Med. Published online January 26, 2015. doi:10.1001/jamainternmed.2014.7586

 

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