La troponine comme marqueur du risque de survenue de fibrillation auriculaire

Dr Isabelle Catala

Auteurs et déclarations

4 février 2015

Cleveland, Etats-Unis -- Une troponinémie élevée sans souffrance myocardique aiguë est un facteur de risque de survenue d’une arythmie complète par fibrillation auriculaire (FA) à moyen terme (10 ans), et ce indépendamment des facteurs de risques habituels de FA. Deux études publiées quasiment simultanément arrivent à cette même conclusion [1,2]. En 2012, nous écrivions déjà dans heartwire que troponine et NT-proBNP auraient la même valeur prédictive que le score CHADS2.

Quel serait le lien entre cette majoration de la troponine et le trouble du rythme auriculaire ? Il est possible que le marqueur myocardique soit majoré en raison de la survenue d’épisodes de FA paroxystique de durée brève qui entrainerait une souffrance myocardique a minima, une apoptose, une inflammation, une fibrose, une ischémie relative avec altération de la microcirculation, une majoration du stress oxydatif… Les hypothèses sont nombreuses…

Une majoration du risque en fonction de la valeur initiale

La première de ces études a été menée sur 10 584 participants d’âge moyenne 62,7 ans exempts de FA à l’inclusion dans l’étude entre 1996 et 1998 et qui ont été suivis jusqu’en 2008 [1]. Un peu plus de la moitié de ces patients (6 099) présentaient un taux initial de troponine ultrasensible considéré comme négatif. La troponinémie était comprise entre 6 et 8 ng/L pour 2 152 personnes, entre 9 et 13 ng/L pour 1 424 autres, enfin 909 patients avaient un taux initial de troponine supérieur à 14 ng/L. Les participants n’étaient retenus pour l’étude de suivi que si l’ensemble des examens pratiqués excluaient formellement toute pathologie cardiaque aiguë. Les troponinémies étaient en moyenne plus élevées en cas d’antécédents d’insuffisance cardiaque, de diabète, d’hypertension ou d’antécédents d’infarctus du myocarde.

Pendant les 109 227 personnes-années de suivi, un total de 920 cas de FA a été recensé en analysant les codes d’hospitalisation des patients et leurs certificats de décès. Par rapport aux patients témoins, ceux dont le taux de troponine était compris entre 6 et 8 ng/L avaient un risque de trouble du rythme auriculaire majoré de 16 % pendant les 11 ans de suivi. Et lorsque la troponinémie à l’inclusion était supérieure à 14 ng/L, la majoration du risque était évaluée à 78 %.

Les auteurs ont ensuite cherché à savoir si ajouter ce marqueur aux facteurs de risques prédictifs habituels de la FA – âge, hypertension artérielle, diabète, insuffisance cardiaque – permettait de mieux prédire la survenue de ce trouble du rythme. Cette approche s’est révélée décevante et l’équipe du Dr Filion (Service d’épidémiologie clinique de McGill, Montréal) ne recommande pas d’adjoindre ce nouveau marqueur aux algorithmes prédictifs habituellement utilisés.

Un seuil de 24,53 ng/L au-delà duquel le risque de FA augmente

La seconde étude a inclus 4 262 participants exempts de FA qui ont été suivis pendant 11,2 ans en moyenne (enrôlement entre 1989 et 1993) [2]. Les auteurs ont analysé le lien entre la mesure initiale de troponine et la survenue d’épisodes de FA par l’analyse des dossiers médicaux (codes d’hospitalisation, traitements, ECG, certificats de décès…). Tous les patients étaient âgés de plus de 65 ans à l’inclusion et seuls 33 % d’entre eux présentaient un taux de troponine négatif initialement.

Pendant le suivi, 32 % des patients ont présenté au moins un épisode de FA paroxystique ou permanente. Les auteurs ont déterminé un seuil au-delà duquel le risque de FA était majoré de 67 % : 24,53 ng/L à l’inclusion.

Chez les 2 870 patients qui ont bénéficié d’une seconde mesure de troponine, cette valeur seuil était aussi celle qui faisait augmenter le risque de FA au cours du suivi de façon nette. L’association entre la valeur retenue et le risque de troubles du rythme auriculaire s’est révélée indépendante de tous les autres facteurs de risques connus de FA.

Un biomarqueur qui pourrait trouver sa place

Que peut-on conclure de ces deux études ? Que ce biomarqueur pourrait être particulièrement utile dans le suivi des patients âgés ou non, à haut risque d’arythmie par FA. Néanmoins, tant que le seuil de troponine à retenir n’aura pas été validé sur une large population, les applications pratique de ces deux publications restent limitées, bien que prometteuses.

REFERENCES :

  1. Filion K, Agarwal S, Ballantine C et coll. High-sensitivity cardiac troponin T and the risk of incident atrial fibrillation: The Atherosclerosis Risk in Communities (ARIC) study. American Heart Journal. Jan 2015. http://dx.doi.org/10.1016/j.ahj.2014.10.005

  2. Hussein A, Bartz T, Gottdiener J et coll. Serial Measures of Cardiac Troponin-T Levels by a Highly Sensitive Assay and Incident Atrial Fibrillation in a Prospective Cohort of Ambulatory Older Adults. Heart Rhythm. Jan 2015. http://dx.doi.org/10.1016/j.hrthm.2015.01.020

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