Penser à l'alcoolisation foetale devant des troubles du comportement de l'enfant

Vincent Richeux

Auteurs et déclarations

29 janvier 2015

Washington, Etats-Unis -- L'apparition de troubles du comportement chez l'enfant serait plus souvent qu'on ne le croit liée à une exposition prénatale à l'alcool. C'est ce que suggère une étude américaine, qui révèle des lacunes dans le diagnostic des troubles de l'alcoolisation foetale chez des enfants, pris en charge notamment pour des troubles de déficit de l'attention.

La consommation excessive d'alcool pendant la grossesse a des conséquences cognitives et comportementales bien connues. Elles se traduisent notamment par un retard mental ou le développement, à l'âge adulte, de comportements violents ou addictifs, ainsi que par un taux plus élevé de dépression.

Les troubles d'alcoolisation foetale se caractérisent, à divers degrés, par une dysmorphie faciale (sillon naso-labial lisse, allongé ou effacé et lèvre supérieure mince), parfois difficile à mettre en évidence, un retard de croissance prénatal ou post-natal et des troubles du développement neurologique.

Huit enfants sur dix non diagnostiqués

Une consommation modérée d’alcool (inférieure à un ou deux verres par jour) peut avoir des effets – même si les données s'avèrent contradictoires – et être à l'origine d'une forme d'alcoolisation foetale plus atténuée se traduisant notamment par des problèmes d'apprentissage ou des difficultés à s'adapter socialement.

Pour rechercher ce lien, des chercheurs ont recueilli les données concernant 547 enfants, âgés de 9 ans en moyenne, pris en charge dans un établissement de santé spécialisé dans les troubles du comportement. La plupart présentaient des troubles de l'attention avec hyperactivité, des troubles de stress post-traumatique ou d'opposition avec provocation.

Plusieurs critères diagnostiques ont été utilisés pour rechercher des perturbations neurologiques ou des malformations congénitales en lien avec une exposition prénatale à l'alcool. Des photographies des visages ont notamment permis de déterminer avec précision les caractéristiques faciales.

Les résultats de leur analyse montrent que 156 enfants répondaient aux critères diagnostiques d'un trouble d'alcoolisation foetale. Pourtant, 125 d'entre eux (80,1%) n'avaient jamais reçu un tel diagnostic. Et pour dix enfants, le diagnostic avait été posé à tort.

Critères difficiles à identifier

Si les critères concernant la croissance, les troubles du système nerveux central ou les traits faciaux sont assez bien pris en compte, « les troubles de l'apprentissage ou de la communication, la déficience intellectuelle ou les signes d'une perturbation cognitive n'ont pas été associés à une alcoolisation fœtale pour la majorité des enfants atteints », soulignent les auteurs.

 
Les pédiatres prennent rarement en compte l'exposition prénatale à l'alcool dans le diagnostic des troubles comportementaux -- APP
 

L'étude confirme ainsi que « beaucoup d'enfants et d'adolescents sont atteints d'un trouble d'alcoolisation fœtale qui est passé inaperçu », ce qui les prive d'une prise en charge adaptée.

Plusieurs facteurs pourraient expliquer cette situation. « Certains critères physiques liés à l'exposition prénatale à l'alcool, comme le retard de croissance ou la dysmorphie faciale, sont parfois difficiles à identifier ». Et l'apparition de troubles mentaux peut aussi fausser le diagnostic.

Les chercheurs évoquent aussi la stigmatisation que peut ressentir la mère lorsqu'elle est interrogée sur ses habitudes de consommation d'alcool, ce qui peut l'amener à mentir ou à minimiser les quantités absorbées.

Selon eux, seule la moitié des membres de l'Académie américaine de pédiatrie (AAP) se disent confiants dans leur capacité à réaliser un diagnostic de troubles d'alcoolisation fœtale. « Les pédiatres prennent rarement en compte l'exposition prénatale à l'alcool dans le diagnostic des troubles comportementaux ».

 

Repérer pour mieux prendre en charge
Dans ses recommandations , la Haute autorité de santé (HAS) rappelle la nécessité de repérer la consommation d'alcool pendant, mais aussi avant et après la grossesse. « En dépit d’un risque de stigmatisation de l’enfant et de sa famille, le repérage a pour but de permettre un diagnostic précoce des troubles, de guider les recherches des malformations associées, d’élaborer un programme d’intervention adapté ».
L'enfant doit être orienté vers une consultation spécialisée lorsqu'il y a « une consommation prénatale d'alcool significative (consommation régulière importante ou épisodes de consommation excessive) et confirmée par la mère » ou que l'enfant présente une dysmorphie faciale associée à un retard de croissance ou un trouble du système nerveux central.
Par ailleurs, il faut « penser à des troubles liés à une alcoolisation fœtale devant un retard de croissance, une microcéphalie, une malformation, un retard psychomoteur, un trouble des apprentissages, un trouble de l’attention, un trouble du comportement et/ou de l’adaptation sociale inexpliqués », indique la HAS.
En France, on estime que le syndrome d'alcoolisation fœtale, la forme la plus sévère, affecte un à deux nouveau-nés par an pour 1 000 naissances. Les formes atténuées concernent cinq naissances sur 1 000, soit 400 à 1 200 cas par an.

 

REFERENCE :

  1. Chasnoff I, Wells A, King L, Misdiagnosis and missed diagnoses in foster and adopeted children with prenatal alcohol exposure, Pediatrics, publication en ligne du 12 janvier 2015.

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