Meilleure survie après un accident cardiaque en avion que chez soi

Vincent Richeux

Auteurs et déclarations

28 janvier 2015

Paris, France - Mieux vaut être victime d'un arrêt cardio-respiratoire dans un avion que chez soi. Et si possible lors d'un vol long courrier. C'est ce qui ressort d'un bilan de la prise en charge des accidents cardio-vasculaires en vol, présenté par le Dr Vincent Feuillie, responsable de la médecine passagers d'Air France, lors des Journées européennes de la Société française de cardiologie (JESFC).

Risque de décompensation

Lorsqu'un arrêt cardiaque survient dans un avion de la compagnie française, le taux de survie est de 17%, selon les données de la période 2002-2009, rapportées par le médecin. A long terme, il passe à 14%. Un taux qui reste très supérieur aux quelque 3% de survie estimés en France en population générale.

La pression à bord est celle d'une station de montagne de 2000 à 2500 mètres d'altitude -- Dr Vincent Feuillie

« Les passagers d'un avion ne sont toutefois pas représentatifs de la population générale. Ils sont suffisamment en bonne santé pour voyager », tempère le médecin. De plus, un éventuel état de santé défaillant a le temps d'être repéré lors des différentes étapes qui précèdent l'embarquement.

Quoi qu'il en soit, les conditions à bord d'un avion commercial ne sont pas non plus anodines pour certaines personnes à risques, en raison notamment de la chute de pression atmosphérique et d'un taux d'humidité très bas. Sans compter, l'état de stress qui augmente les risques.

Une fois l'altitude de croisière atteinte, « la pression à bord est celle d'une station de montagne de 2000 à 2500 mètres d'altitude », précise le médecin. Avec ce changement rapide de pression, « il existe un risque de décompensation pour les personnes fragiles ».

Y-a-t-il un médecin dans l’avion ?

Entre 2002 et 2009, 123 arrêts cardiaques ont été rapportés par le personnel de bord d'Air France. Ils sont survenus pour la majorité d'entre eux (87% des cas) lors d'un vol long courrier, généralement en présence d'un médecin parmi les passagers (83%).

L'arrêt était le plus souvent précédé d'une perte de connaissance (48%). Ensuite, on retrouve le problème respiratoire (13,8%), le malaise (12%), une convulsion (10,6%) et le trouble digestif (5,7%).

Dans la majorité des cas (86%), il survient en présence d'un témoin, ce qui garantit une prise en charge immédiate par le personnel de bord. Ainsi, le massage cardiaque a pu être effectué dans 91% des cas, avec l'utilisation d'un défibrillateur cardiaque pour la majorité d'entre eux (83%).

PNC formés aux premiers secours

Si le taux de survie s'avère satisfaisant, c'est aussi grâce à la formation du personnel navigant commercial (PNC) aux gestes de premiers secours. « Une formation obligatoire qui doit être actualisée chaque année », précise le Dr Feuillie.

En revanche, l'installation d'un défibrillateur à bord n'est pas exigée par la réglementation européenne, contrairement à celle qui s'applique aux Etats-Unis. Si Air France a équipé tous ses avions depuis le début des années 2000, ce n'est pas le cas pour toutes les compagnies aériennes, comme celles à bas coûts.

Obligatoire chez Air France pour les vols long courrier, la présence d'une trousse d'urgence est aussi un facteur favorable. « Elle dispose de matériel de réanimation, pour injecter notamment de l'adrénaline ou effectuer des perfusions », explique le médecin.

8 000 incidents médicaux par an en vol

« La trousse est sous clé. Seul le commandant peut autoriser son ouverture », en concertation avec le SAMU de Paris, qui assure la régulation des urgences médicales survenant dans les avions français. « En l'absence de médecin, le SAMU peut accorder une dérogation au personnel » pour utiliser le matériel de réanimation.

Toutes causes confondues, pour 100 000 à 150 000 passagers embarqués en moyenne par jour, Air France recense 8 000 incidents médicaux par an sur ses vols, soit un incident pour 20 000 passagers, selon le Dr Feuillie. Le malaise vagal est la cause principale. Viennent ensuite les troubles digestifs.

Les déroutements d'avion restent rares. Chaque année, une trentaine d'avion d'Air France dévient ainsi de leur trajectoire pour des raisons médicales. Généralement pour un malaise cardiaque (la moitié des cas) ou pour un AVC. Mais aussi pour une crise d'épilepsie, un cancer en phase terminale ou une fausse couche.

Quelles recommandations avant et pendant un vol en cas de pathologie ?
Dans son manuel médical, l'Association internationale du transport aérien (IATA) propose des recommandations sur les délais à respecter avant de prendre l'avion pour plusieurs situations médicales. Des recommandations, principalement « fondées sur l'expérience », les données à ce sujet étant limitées, précise l'IATA.
Ainsi, après un infarctus du myocarde, si aucune complication n'apparait, il est recommandé de patienter au moins dix jours avant de prendre l'avion. Dans le cas d'un AVC, le délai est compris entre 5 et 14 jours, selon l'état du patient, qui devra recevoir une supplémentation en oxygène s'il voyage dans les 15 jours qui suivent l'accident.
Concernant les interventions chirurgicales, l'IATA conseille, par exemple, un délai de dix jours au moins après une chirurgie cardiaque. Pour une angioplastie asymptomatique, avec ou sans stent, le délai est de trois jours.
Pour les personnes ayant des problèmes de circulation veineuse, en raison de varices, le Dr Feuillie recommande, pour les voyages de moins de six heures, de bien s'hydrater pendant le vol et de pratiquer des exercices permettant la contraction des mollets.
Le port de collant ou de chaussettes de contention est conseillée pour les vols plus longs pour les personnes à risques modérés de complications (plus de 60 ans, femmes sous estrogènes ou enceintes).
Pour les personnes à haut risques, il est recommandé d'utiliser de l'héparine de bas poids moléculaire, avec éventuellement une injection en salle d'embarquement, estime le médecin.
Enfin, la prise de somnifères est fortement déconseillée, en raison de l'immobilité prolongée qu'elle induit.

REFERENCE :

  1. Feuillie V, Accidents cardiovasculaires au cours des vols commerciaux, JE-SFC, 15 janvier 2015, Paris

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