L’envie de fumer liée au cycle menstruel

Stéphanie Lavaud

Auteurs et déclarations

9 janvier 2015

Montréal, Canada – Une étude québécoise montre à l’aide de l’imagerie neuronale que le cycle menstruel a des effets sur l’envie de fumer [1]. Pour Adrianna Mendrek, premier auteur et chercheur au Centre de recherche de l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal : « Prendre en considération le cycle menstruel pourrait aider les femmes à arrêter de fumer » [2]. Très concrètement, cela reviendrait à conseiller aux femmes de ne pas s’arrêter de fumer pendant les règles et immédiatement après. En dehors de cette période, en revanche, elles seraient moins sujettes à la sensation de manque.

Femmes plus vulnérables à l’accoutumance au tabac ?

En matière d’addiction, les femmes ne sont pas l’égal des hommes. A consommation égale, elles semblent éprouver plus de difficultés que les hommes à mettre fin à leur accoutumance au tabac. Chez les rongeurs, la différence ne fait pas de doute : « les rates deviennent accros plus rapidement » indique Adrianna Mendrek dans un communiqué de l’Université de Montréal. « Elles travaillent aussi plus fort pour obtenir la même dose. » D’où l’idée que les femelles seraient plus vulnérables à la dépendance et que les hormones sexuelles auraient un rôle à jouer.

Chez les humains, bien sûr, les choses se compliquent mais si, encore aujourd’hui les hommes sont plus nombreux que les femmes à fumer, la proportion de jeunes femmes fumeuses ne cesse de grimper dans la population générale, et il a été montré dans diverses études que les femmes deviennent plus rapidement dépendantes, rapportent moins de périodes d’abstinence, fument plus longtemps (ramené à la durée de vie), et ont plus de difficulté à se sevrer que les hommes. Les raisons de ces différences ne sont pas établies mais certains chercheurs ont émis l’hypothèse que, chez les femmes la sensation de manque serait plus forte que chez les hommes.

Y voir plus clair grâce à l’imagerie

L’équipe québécoise a recruté 34 hommes et femmes d’une trentaine d’années, fumeurs (même quantité de cigarettes fumées, même historique de tabagisme, même nombre de tentatives d’arrêt). Tous ont rempli un questionnaire et accepté que leur activité cérébrale soit mesurée par résonnance magnétique fonctionnelle (IRMf). La mesure était prise pendant que les sujets regardaient soit des images neutres, soit des images suscitant l’envie de fumer. Les femmes étaient évaluées à deux reprises, soit au début de la phase folliculaire, soit à la phase mi-lutéale de leur cycle menstruel. Les taux de progestérone et d’œstrogène étaient eux aussi évalués. Les chercheurs visaient deux objectifs : vérifier s’il y a des différences entre hommes et femmes au niveau des circuits neuronaux activés sous l’effet des stimulis proposés et savoir si des changements dans les circuits d’activation survenaient en fonction des variations hormonales.

Les résultats ne montrent aucune différence significative entre le cerveau des hommes et celui des femmes concernant les circuits impliqués dans la sensation de récompense et de plaisir. Une explication possible serait que les fumeurs ont été testés dans un état de satiété vis-à-vis du tabac puisqu'ils tiraient sur une cigarette quelque 20 minutes avant l’enregistrement. Alors que dans les études ayant montré des différences entre les sexes, les sujets étaient abstinents depuis plus de 12 heures, signalent les auteurs.

Préférer la phase lutéale pour s’arrêter de fumer

En revanche, l’étude a montré que les schémas d’activation neuronaux des femmes varient grandement au cours du cycle menstruel. Certaines zones de leurs cortex frontal, temporal et pariétal (en particulier le gyrus angulaire) montrent une plus grande activation au cours de la phase folliculaire alors que l’activation se limite à l’hippocampe droit durant la phase lutéale. Néanmoins, les taux hormonaux n’ont pas pu être corrélés positivement avec la sensation de manque et l’imagerie neuronale. « Nos données révèlent que l’envie irrépressible de fumer est plus forte au début de la phase folliculaire, soit après les menstruations. Une diminution hormonale des estrogènes et de la progestérone accroit le syndrome de manque et l’activité des circuits neuronaux associés au désir incontrôlable de fumer » affirme Adrianna Mendrek. « S’il va sans dire que stress, anxiété et dépression sont des facteurs probablement plus importants encore, qui doivent être pris en considération, une meilleure connaissance des mécanismes neurobiologiques de la dépendance devraient permettre d’adapter plus finement les traitements au profil des fumeurs », ajoute-t-elle.

 

L’étude a été financée par les Fonds de Recherche du Québec en santé.

 

 

REFERENCES :

  1. Mendrek A, Dinh-Williams L, Bourque J, Potvin S. Sex Differences and Menstrual Cycle Phase-Dependent Modulation of Craving for Cigarette: An fMRI Pilot Study, Psychiatry Journal, Volume 2014 (2014), http://dx.doi.org/10.1155/2014/723632

  2. Tabagisme : les envies de fumer des femmes reliées à leur cycle menstruel. Communiqué de l’Université de Montréal, 5 janvier 2014.

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