Le diclofénac pour le bétail tue les vautours

Vincent Bargoin

Auteurs et déclarations

23 décembre 2014

Londres, Royaume-Uni –  L’European Medical Agency  confirme le risque que représente l’utilisation vétérinaire du diclofénac pour les populations de vautours.

L’affaire est tout ce qu’il y a de sérieuse : des doses infimes de diclofénac, contenus dans les carcasses animales, suffisent à tuer les vautours et autres oiseaux charognards par insuffisance rénale. L’Inde, le Pakistan, le Bangladesh et le Népal ont dû interdire l’utilisation de l’anti-inflammatoire après que les populations de vautours aient été décimées. En Inde, on estime qu’entre 1992 et 2007, de 95% à 99% des oiseaux nécrophages ont disparu, selon les espèces (soit de l’ordre de 90 millions d’individus). Le résultat écologique est consternant : les bandes de chiens errants se sont multipliées, et la situation est aujourd’hui idéale pour une propagation massive de la rage. 

En Europe, le diclofénac est autorisé pour doper la viande sur pied depuis 1993. Mais les Etats membres ont eux-mêmes pris des mesures de régulation, si bien que le produit n’est finalement utilisé que dans cinq pays : l’Italie, l’Espagne et l’Estonie pour le bétail, les porcs et les chevaux, et la République Tchèque et la Lettonie uniquement pour les chevaux.

On note encore que la société qui détient l’autorisation de commercialisation en Europe est italienne (Fatro), que l’Espagne abrite la population de vautour la plus importante d’Europe, et qu’en France, où le diclofénac n’est (en principe) pas utilisé pour l’élevage, le rapport d’évaluation du Committee for Medicinal Products for Veterinary Use (CVMP) évoque « des discussions en cours pour établir une liste de substances (incluant le diclofénac) interdite chez les animaux dont les carcasses doivent être déposées dans les stations d’alimentation des vautours ».

Il existe une alternative

Les associations de protection de la nature se sont donc saisies du problème, en faisant valoir la nécessité d’une certaine cohérence, compte tenu des millions d’euros dépensés par l’UE pour protéger et/ou réintroduire des espèces en voie de disparition, et notamment les vautours.

Dans son communiqué, l’EMA souligne avoir auditionné « toutes les parties », pour conclure à la réalité du problème. Le CVMP, dont le rôle est consultatif,  s’est toutefois borné à proposer un éventail de solutions allant de la simple mention sur l’étiquetage des boites, jusqu’à l’interdiction du diclofénac vétérinaire sur le territoire de l’UE. Cette solution radicale n’est pas exclue, puisqu’il existe une alternative au diclofénac : le méloxicam apparemment non toxique pour les vautours, et vers lequel se sont tournés l’Inde, le Pakistan, le Bangladesh et le Népal.

La décision revient maintenant à la Commission, auprès de laquelle « toutes les parties » interviendront certainement aussi.

REFERENCE

  1. Diclofenac use in animals poses a risk to European vultures. EMA recommends that measures are put in place to better protect the birds. Communiqué de l’EMA du 12 décembre 2014.

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