Goutte : 2,4 fois plus de crises la nuit, faut-il donner le traitement préventif le soir ?

Stéphanie Lavaud

Auteurs et déclarations

19 décembre 2014

Boston, Etats-Unis – Le travail de l’équipe du Dr Hyon K. Choi confirme ce qui était connu de façon intuitive (mais jamais démontré de façon prospective) : les attaques de goutte surviennent préférentiellement la nuit, presque 3 fois plus qu’en journée, et ce, quelle que soit la consommation d’alcool ou la présence de repas riches en purines [1]. Ces données – et les mécanismes que cela sous-tend – ont des implications très pratiques sur les mesures prophylactiques. Les auteurs évoquent l’importance de l’heure de prise du traitement dans la journée et l’intérêt de traiter l’apnée du sommeil.

Recrutement via Internet

On sait, empiriquement, que les crises de goutte surviennent plus fréquemment la nuit. C’est connu historiquement et les auteurs rapportent d’ailleurs à ce propos la description qu’en faisait un célèbre médecin du XVIIème siècle, Thomas Sydenham, lorsqu’elles se produisaient, précise-t-il, vers 2 heures du matin. Même si aucune étude prospective ne l’avait clairement démontré jusqu’à présent, plusieurs hypothèses ont déjà été émises pour expliquer ce phénomène. On peut citer la baisse de la température corporelle, la fluctuation du taux de cortisol et l’apnée du sommeil.

C’est pourquoi Choi et coll. ont recruté des patients goutteux qu’ils ont suivis pendant toute une année via Internet. Le mode de recrutement est en lui-même original. Les auteurs ont mis en place un site comprenant une publicité en rapport avec la goutte et lorsque les internautes « cliquaient », ils étaient renvoyés vers un questionnaire à remplir afin de participer à l’étude. Les patients éligibles avaient plus de 18 ans, vivaient sur le sol américain, avaient été diagnostiqués par un médecin et avaient connu une crise de goutte au cours des 12 derniers mois. Deux rhumatologues se sont assurés que la pathologie des participants répondait bien aux critères de l’ACR. Dans l’étude, les données collectées ont porté sur la date et l’heure de survenue de l’épisode, les signes et les symptômes, la localisation anatomiques et le traitement pris pour contrecarrer l’attaque (colchicine, AINS, corticoïdes systémiques ou locaux).

Des crises 2,4 fois plus fréquentes la nuit que le jour

Au final, l’étude a inclus 724 patients suivis pendant un an entre février 2003 et février 2012 dont 552 (76%) remplissaient les critères de l’ACR. La moyenne d’âge était de 54 ans, majoritairement des hommes (78%), issus du district de Columbia. Environ 68% consommaient de l’alcool, 29% prenaient des diurétiques, 45% de l’allopurinol, 54% des AINS. Sur la période de suivi de 1 an, les 724 patients ont connu 1433 crises de goutte, très majoritairement au niveau des pieds (92%). Près de 90% de ces attaques ont été traitées par colchicine, AINS, corticoïdes systémiques ou locaux, ou bien une combinaison de plusieurs de ces molécules.

L’analyse montre que sur ces 1433 crises de goutte, 733 sont survenues la nuit, 310 en journée et 390 en soirée. Le risque d’une attaque nocturne (00:00-07:59) était donc 2,36 fois plus élevé que pendant la journée (08:00-15:59) (OR = 2,36, IC 95%: 2,05 - 2,73) et 1,26 fois plus élevée (IC 95%: 1,07 – 1,48) en soirée (16:00-23:59). Ces associations se sont maintenues après ajustement sur la consommation d’alcool, de purines, le traitement suivi, l’âge, le sexe et le poids. Restreinte aux seuls patients relevant de la définition de l’ACR (n = 552), l’analyse a retrouvé des résultats très similaires, voire légèrement accentués.

Chronobiologie des traitements et PPC

Dans la discussion, les auteurs se sont penchés sur les mécanismes biologiques pouvant expliquer la survenue nocturne des attaques. Ils considèrent qu’une chute de la température corporelle au cours de la nuit est susceptible d’entrainer une cristallisation de l’acide urique. De même, la relative déshydratation qui survient au niveau systémique et locale, liée à la position allongée, est là encore favorable aux attaques nocturnes de goutte. La variation diurne des taux de cortisol, au plus bas entre minuit et 4 heures du matin, pourrait jouer là aussi, à l’instar de ce que l’on observe dans la polyarthrite rhumatoïde (PR) où la rigidité est plus accentuée au matin. Les auteurs suggèrent donc que, comme dans la PR, un traitement prophylactique de la goutte, notamment ceux avec des demi-vies courtes pourraient être plus bénéfiques, si on les donne au moment approprié.

L’autre hypothèse régulièrement évoquée pour évoquer la temporalité des crises est le rôle potentiel de l’apnée du sommeil, qui survient préférentiellement chez les patients obèses avec de multiples comorbidités dont la goutte. L’idée est que l’hypoxie résultant de l’apnée stimule un turn-over nucléotidique générant des purines, qui sont elles-même métabolisées en acide urique. D’ailleurs près de 50% des patients apnéiques présentent une hyperuricémie, font remarquer les chercheurs et le traitement de l’apnée par pression positive continue (PPC) améliore l’excrétion d’acide urique (mesurée par le ratio excrétion acide urique sur créatininémie).

 

L’étude a été financée par des bourses du NIH, de l’Arthritis Foundation, et de l’American College of Rheumatology Research and Education Fund. Les auteurs n’ont pas mentionné de déclarations d’intérêt.

 

 REFERENCE:

  1. Choi HK, Niu J, Neogi T et al. Nocturnal risk of gout attacks. Arthritis & Rheumatology, DOI: 10.1002/art.38917

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