Un mariage malheureux augmente le risque CV, surtout chez les femmes

Stéphanie Lavaud

Auteurs et déclarations

15 décembre 2014

East Lansing, Etats-Unis -- Mariages malheureux, cœurs malades – tel pourrait être le nouvel adage, si l’on en croit une grande étude américaine portant sur 1 200 hommes et femmes mariés depuis 40 ou 50 ans qui montre une augmentation du risque cardiovasculaire chez les couples – et en particulier les femmes – qui connaissent une relation conflictuelle [1].

Le mariage, promoteur de santé ? Pas sûr

Mieux vaut, pour la santé de son cœur, vivre en couple que vivre seul. La notion est connue. Une vaste étude prospective dont nous nous faisions l’écho en avril l’avait confirmé une fois de plus en montrant qu’être marié réduit de 5% le risque cardiovasculaire par rapport au fait de vivre seul. Plus spécifiquement, les risques d’anévrismes de l’aorte abdominale, d'AOMI et de maladies cérébrovasculaires sont abaissés de respectivement 8%, 9% et 19%. Les auteurs notaient toutefois que « l’association entre le mariage et l’abaissement du risque de maladies vasculaires est plus importante chez les jeunes », un fait qu’ils reconnaissaient ne pas avoir anticipé.

Ayant marqué qu’un nombre grandissant d’observations montrent que la qualité des relations sociales, notamment au sein du couple, au cours de la vie, peut influencer l’état de santé et qu’il n’en va pas de même pour les hommes et pour les femmes, deux sociologues américaines se sont intéressées à l’impact de la relation dans le couple sur la pathologie cardiovasculaire (CV) chez des seniors. Résultat : vivre en couple ne suffit pas pour préserver ses artères, encore faut-il être heureux en amour, surtout quand la relation prend de l’âge !

A quelle fréquence votre partenaire vous tape-t-il sur les nerfs ?

Pour arriver à cette conclusion, les deux auteurs ont utilisé les données d’une cohorte longitudinale, la National Social Life, Health and Aging Project (NSHAP) en s’intéressant à des individus âgés de 57 à 85 ans. Une première vague de la NSHAP a inclus 3005 sujets interviewés en 2005 -2006. La deuxième vague a consisté à ré-interviewer 2422 des participants de la première vague et a les ré-interroger en 2010-2011. Puis l’analyse a été restreinte à 1198 individus (459 femmes et 739 hommes) toujours mariés. La mesure du risque cardiovasculaire a porté sur 4 paramètres : la pression artérielle, le rythme cardiaque, la protéine C-réactive et les événements cardiovasculaires (infarctus, insuffisance cardiaque, AVC). La qualité de la relation maritale a, quant à elle, été évaluée sur la base d’une échelle comportant 9 items (le fait d’être heureux, de se confier, de partager des moments ensemble,…). A noter que la neuvième question a été ajoutée dans la deuxième vague d’interrogatoires et était un peu plus directe que les autres puisqu’elle consistait à demander à l’un et l’autre des partenaires : « A quelle fréquence votre époux (se) vous tape-t-il sur les nerfs ? ». Des données socio-démographiques (âge, origine ethnique, revenus..), des indicateurs de santé (IMC, tabagisme, consommation d’alcool, traitements contre l’hypertension) et l’état psychologique (dépression) ont aussi été investigués.

Les femmes beaucoup plus impactées que les hommes

Il ressort de l’étude des sociologues Hui Liu et Linda Waite que :

- L’impact négatif d’une relation tumultueuse ou peu harmonieuse sur la santé cardiovasculaire est plus important que l’impact d’une relation positive. Autrement dit, « les effets délétères d’une relation conflictuelle seraient plus importants que les effets bénéfiques d’un mariage serein », commentent les auteurs.

 
Les effets délétères d’une relation conflictuelle seraient plus importants que les effets bénéfiques d’un mariage serein -- les auteurs.
 

- L’effet de la qualité de la relation sur le risque cardiovasculaire est d’autant plus grand que l’on va vers des âges élevés. « On peut imaginer que les effets stressants d’une relation conflictuelle sur le cœur soient cumulatifs et prennent du temps à se faire sentir sur le plan symptomatique. Quand on sait que s’y ajoutent le déclin du système immunitaire et une vulnérabilité croissante, on comprend mieux que les couples âgés soient plus sensibles à une relation de mauvaise qualité ».

- Autre aspect, l’impact négatif d’un mariage malheureux est beaucoup prégnant sur la santé CV des femmes que sur celle des hommes, un résultat en accord avec ce que l’on sait déjà. Des études ont en effet déjà montré que le mariage est plus favorable à la santé des hommes que celle des femmes. « Cela peut s’expliquer par le fait que les femmes internalisent davantage leurs sentiments et leurs émotions et sont donc plus susceptibles d’être déprimées » explique le Dr Liu.

- Enfin, les auteurs notent que, chez les femmes, une hypertension non contrôlée et une CRP élevée impactent la qualité de la relation ; une observation qui appuie le fait que les hommes sont moins susceptibles de prendre soin de leur épouse malade que l’inverse.

Intérêt des études multidisciplinaires

Bien sûr, l’étude n’est pas sans certaines limites et une troisième vague d’entretiens devraient permettre de dépasser certaines d’entre elles. « Ainsi, l’étude ne tient compte que des personnes encore en vie et toujours mariés, ce qui sélectionne une population de gens âgés en bonne santé et en couple. Par ailleurs, la pathologie CV ayant une origine multifactorielle, les auteurs envisagent d’investiguer plus de paramètres de risques que les quatre sélectionnés dans l’étude.

Ce type de projet souligne par ailleurs l’intérêt d’études pluridisciplinaires prenant en compte les aspects sociaux aussi bien que médicaux capables d’affecter les processus biologiques, comme ceux conduisant à la pathologie CV.

Le mariage influe sur l’épaisseur des artères carotidiennes
Le sujet est décidemment à la mode puisque qu’une étude parue fin juin a montré que la qualité de la relation de couple influe sur l’épaisseur des artères carotidiennes et le risque cardiovasculaire [3]. Le professeur de psychologie Thomas Kamarck, de l’Université de Pittsburgh, et son équipe ont demandé à 281 adultes âgés en moyenne de 42 ans d’évaluer la qualité des interactions qu’ils avaient avec leur partenaire. Ils ont ensuite estimé l’épaisseur de leurs artères carotidiennes au moyen d’une méthode d’imagerie par ultrasons. La compilation des mesures a montré que les individus qui avaient décrit leurs interactions maritales comme étant très négatives avaient des artères carotides plus épaisses et de ce fait couraient un risque plus élevé de souffrir de maladies cardiovasculaires que ceux qui avaient rapporté des échanges franchement plus positifs au sein de leur couple. « Ces résultats renforcent l’idée que des relations maritales jouent un rôle significatif dans la santé en général. Et que l’interaction globale entre les processus biologiques, psychologiques et sociaux détermine la santé physique d’un individu », avait alors conclu Nataria Joseph dans un communiqué [4].

 

L’étude a été financée par le National Institute of Aging, une branche du National Institutes of Health (NIH).

 

REFERENCES :

  1. Liu H, Waite L. Bad Marriage, Broken Heart? Age and Gender Differences in the Link between Marital Quality and Cardiovascular Risks among Older Adults . Journal of Health and Social Behavior December 2014 vol. 55 no. 4 403-423.

  2. Bad marriage, broken heart? Michigan State University, 19 novembre 2014.

  3. Joseph NT, Kamarck TW, Muldoon MF et al. Daily marital interaction quality and carotid artery intima-medial thickness in healthy middle-aged adults. Psychosom Med 2014 Jun;76(5):347-54.

  4. University of Pittsburgh. Marriage and Healthy Hearts, 25/06/14.

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