Overdoses aux opiacés : peut-on encore faire mieux ?

Aude Lecrubier

Auteurs et déclarations

5 décembre 2014

Bordeaux, France -- Autoriser les patients à risque de surdose aux opiacés et leur entourage à avoir accès à la naloxone (Naloxone®, Narcan®…) pourrait faire gagner un temps précieux et sauver des vies, selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS ) [1]. Quelle est la situation en France ? Commentaires du Pr Marc Auriacombe (Université de Bordeaux, directeur adjoint Sanpsy, CNRS USR 3413, CH Charles Perrens/CHU de Bordeaux, chef du pôle addictologie).

A votre avis, faut-il prescrire du Narcan ® aux personnes dépendantes aux opiacés et éduquer leur entourage aux premiers gestes d’urgence, comme le recommande désormais l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) ?

Pr Marc Auriacombe : Oui, bien entendu, cela fait partie des mesures de bon sens, de la même façon que dans l’entourage d’un diabétique, on va savoir mesurer la glycémie ou donner du sucre. Chez quelqu’un qui a une addiction à l’héroïne, c’est à dire qui a perdu le contrôle de l’usage d’héroïne et qui est susceptible de s’ « overdoser », il parait judicieux qu’il ait de la naloxone sur lui et que son entourage soit éduqué aux premiers gestes d’urgence qui sont faciles à mettre en route. Des dispositifs faciles à utiliser sont développés pour cela.

Alors que l’Allemagne ou l’Italie ont déjà adopté cette stratégie, la France n’est-elle pas un peu à la traîne ?

Oui et non. En France, la question de l’overdose mortelle ne se pose plus comme avant ou comme elle se pose encore dans beaucoup de pays européens. Aujourd’hui, l’accès aux traitements par buprénorphine et par méthadone est tel que de deux-tiers à trois-quarts, peut-être plus, des patients reçoivent l’un de ces traitements. Or ces traitements (appelés parfois maladroitement de mon point de vu, « traitement de substitution ») réduisent le risque de décès par overdose. Ils sont ainsi la meilleure protection du décès par overdose. De ce fait, nous avons donc en France un taux de surdoses mortelles bien moindre qu’ailleurs. En outre, une partie des gens qui n’ont pas accès à ces traitements, parce qu’ils ne vont pas voir le médecin ou qu’ils ne sont pas compliants, y accèdent par le marché noir dans une démarche d’auto-traitement. De ce point de vue, si le marché noir a des inconvénients, il y a aussi des avantages.

Malgré cela, un certain nombre de patients font encore des overdoses, dont certaines sont mortelles, et l’on pourrait probablement encore réduire le nombre de décès si on développait le dispositif d’accès à la naloxone en France.

Y a-t-il des personnes dépendantes qui bénéficieraient plus particulièrement de ces prescriptions de naloxone ?

Oui. Dans les situations où les patients ne veulent pas prendre de médicaments de substitution, car ils ont un risque individuel d’overdoses mortelles plus élevé que les autres. En outre, les personnes qui sortent de prison sans traitement de leur addiction aux opiacés devraient aussi avoir de la naloxone sur eux car ils ont un risque de décès par surdose mortelle très élevé. Ils ont été abstinents quelques temps et ont perdu leur tolérance aux opiacés, ce qui les met en danger. C’est également pour cette raison que l’ancien dispositif de cure de sevrage n’est plus aujourd’hui recommandé. Nous savons qu’il augmente la mortalité à la sortie sans traiter l’addiction.

Le Pr Marc Auriacombe n’a pas de liens d’intérêts en rapport avec ce sujet. Il est adjunct associate professor à l’Université de Pennsylvanie, Philadelphie, USA.

REFERENCE:

1. Recommandations OMS. WHO recommends expanding naloxone access to reduce deaths from opioid overdose. 4 novembre 2014. http://www.who.int/substance_abuse/publications/management_opioid_overdose/en

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