Distilbène : première enquête française sur 3 générations

Jacques Cofard

Auteurs et déclarations

10 mai 2013

Paris, France Quid du risque de cancer du sein chez les « filles Distilbène » et des autres conséquences du diéthylstilbestrol, prescrit dans le monde entier entre 1950 et 1977 pour prévenir les fausses couches ? Pour le savoir, la première étude nationale portant sur 3 générations vient d’être lancée.

Trancher sur la question d’un éventuel risque de cancer du sein

Le but principal de cette étude est d’évaluer le risque de cancer du sein pour les filles des femmes à qui l’on a prescrit du Distilbène®. En effet, deux études rapportent des résultats contradictoires : l’une américaine, datant de 2006, constate un doublement des risques, tandis qu’une étude néerlandaise, ne retrouve pas d’augmentation. D’où cette première étude française épidémiologique sur « toutes les conséquences du D.E.S. pour les trois générations concernées, les mères, les filles, et les fils exposés, ainsi que les petits-enfants » à l’initiative de l’association Réseau D.E.S. France, en collaboration avec l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) et la Mutualité française [1].

La France n’a interdit le Distilbène® qu’en 1977

Le diéthylstilboestrol, dont la dénomination commune internationale est le D.E.S., commercialisé en France sous les noms de Distilbène, et Stilboestrol Borne, est un œstrogène de synthèse, prescrit dans le monde entier pour éviter des fausses couches. A tort… puisque dès 1953, son inefficacité avait été prouvée aux Etats-Unis. Suite à la recension de cas de cancers (adénomes à cellules claires ou ACC) du vagin et du col de l’utérus chez des jeunes femmes âgées de 14 à 22 ans, dont les mères avaient pris du DES, cette molécule n’a plus été prescrit aux Etats-Unis dès 1971. L’Angleterre interdit le DES en 1973, la Belgique et les Pays-Bas en 1975, l’Irlande en 1976 et la France en 1977. En France, 200 000 femmes ont reçu du Distilbène®, et 160 000 enfants sont nés de ces grossesses.

L’étude lancée par l’association Réseau DES France vise trois générations, et cherche à valider des hypothèses concernant des pathologies apparues avec la prise du Distilbène®.

  • • Pour la première génération, les mères à qui l’on a prescrit du DES, âgées de plus de 55 ans en 2013, l’on a constaté « une légère augmentation de la fréquence du cancer du sein ».

  • • Pour les filles DES, âgées actuellement entre 36 et 63 ans, les conséquences sont multiples : adénocarcinomes à cellules claires (ACC), malformations génitales, infertilité, complications de grossesse. Les fils des femmes ayant pris du DES ne sont pas non plus épargnés. Ils peuvent présenter des anomalies génitales comme la cryptorchidie.

  • • Quant à la troisième génération, âgés de moins de 43 ans, les données les concernant sont plutôt rassurantes, même si certaines pathologies sont plus fréquentes chez eux que dans la population générale. Cinq questionnaires ont donc été conçus pour : les mères DES, les filles DES, les fils DES, les petites filles DES, et les petits-fils DES. Un questionnaire sera également rempli par un groupe témoin de femmes âgées entre 36 et 63 ans, non exposées au DES.

Françaises, plus proches des américaines ou des néerlandaises ?

Selon une étude américaine de 2006 [2], les filles DES ont un risque plus élevé du cancer du sein que les filles non exposées. Néanmoins ce risque dépendait de leur âge : il était augmenté pour les femmes de 40 ans et plus, avec une multiplication du risque de 1,9. En revanche, l’étude néerlandaise [3], à partir  d’un groupe de filles âgées de 44 ans en moyenne, n’a pas montré d’augmentation de risque de cancer du sein.

Selon le professeur Michel Tournaire [4], gynécologue, obstétricien, ancien chef de service de la maternité de Saint-Paul, plusieurs hypothèses peuvent expliquer ces différences de résultat. Les méthodes utilisées aux Etats-Unis (comparaison avec un groupe témoin) et aux Pays-Bas (population générale) ne sont pas les mêmes. Les femmes américaines étudiées étaient également plus âgées. Qui plus est les doses de DES prescrites aux Américaines étaient plus importantes que celles prescrites aux néerlandaises. Aux Etats-Unis, les mères ayant reçu un traitement à doses fortes ont pris entre 7 500 et 12 400 mg de DES pendant la totalité de leur grossesse. Leur risque relatif de cancer du sein était de 2,17. Les femmes dont le traitement était à doses faibles ont reçu entre 1 300 et 3 200 mg ; leur risque relatif s’établit à 1,63. A titre de comparaison, une mère DES française a reçu 4 050 mg, ce qui fait espérer un risque de cancer du sein moindre en France qu’aux Etats-Unis pour les filles DES françaises.

Quid de la troisième génération ?

Quant à la troisième génération, les craintes sont moindres. Ainsi, une étude américaine de 2002 réalisée à Houston [5] sur 28 filles issues de mères DES a démontré que ces filles ne présentaient aucune anomalie. En revanche une étude de 2002 sur 205 fils de DES a trouvé 4 cas d’hypospadias, soit 2%, une fréquence 20 fois plus élevée que dans la population témoin de 8729 autres fils. En 2005, une étude réalisée dans une maternité de Paris a conclu aux mêmes pourcentages : les garçons nés de mères exposées au DES ont un taux d’hypospadias de 1,25%, contre 0,25% pour la population témoin. Une équipe hollandaise, récemment, a également constaté chez les enfants nés d’une fille DES  des malformations congénitales grave de l’œsophage.  

RÉFÉRENCES

  1. Enquête nationale sur les conséquences du DES.

  2. Palmer JR, Wise LA, Hatch EE et coll. “Prenatal diethylstilbestrol exposure and risk of breast cancer”. Cancer. Epidemiol Biomarkers 2006; 15(8):1509-14.

  3. Verloop J, van Leeuwen FE et coll. “Cancer risk in DES daughters” Cancer Causes Control 2010; 21(7): 999-. 1007.

  4. Tournaire M. et coll. Eur J Epidemiol. 2012; 27:315-6

  5. Kaufman RH, Adam E. Findings in female offspring of women exposed in utero to diethylstilbestrol. Obstet Gynecol. 2002 Feb;99(2):197-200.

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