Overdose aux opiacés : faut-il doter les utilisateurs de l’antidote naloxone comme le préconise l’OMS ?

Aude Lecrubier

Auteurs et déclarations

28 novembre 2014

Suisse, Etats-Unis --. Autoriser les patients à risque de surdose aux opiacés et leur entourage à avoir accès à la naloxone (Narcan® et génériques…) pourrait sauver des vies, selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS ) et le département de la santé mentale du Maryland [1,2]. De son côté, la France reste à la traine.
Selon l’OMS, en effet, chaque année, 69 000 personnes meurent d’une surdose aux opiacés, environ. Et parmi les usagers de drogues injectables, les overdoses aux opiacés sont la seconde cause de mortalité après le SIDA.

Nouvelles recommandations de l’OMS

 
Tout adulte capable d'apprendre les bases du secourisme peut également apprendre à reconnaître une surdose aux opiacés et à administrer de la naloxone à temps pour sauver des vies. (OMS)
 

L’OMS préconise désormais d’autoriser les personnes susceptibles d’être témoin d’une surdose aux opiacés à injecter de la naloxone [1].

La naloxone est le principal antagoniste des récepteurs de la morphine. Dans le cas d’une surdose aux opiacés, elle est administrée pour prendre la place de la drogue au niveau de ses récepteurs et pour inhiber son action. Elle permet de réveiller le sujet comateux, sauf en cas de poly-intoxication. Sa durée d'action est de trente minutes.
Actuellement, dans la plupart des pays, seul le personnel hospitalier ou les secouristes sont habilités à donner ce traitement des intoxications aiguës aux morphiniques.
Offrir aux amis, à la famille et aux conjoints la possibilité d’administrer la naloxone, à la manière de l’adrénaline dans les réactions anaphylactiques, pourrait « réduire le nombre de décès associés aux opiacés », indique l’OMS.
L’agence souligne que la naloxone est utilisée depuis plus de 40 ans dans la prise en charge des surdoses aux opiacés et que le traitement est sûr et associé à un faible risque d’effets secondaires graves.
D’après les nouvelles recommandations de l’OMS, « tout adulte capable d’apprendre les bases du secourisme peut également apprendre à reconnaître une surdose aux opiacés et à administrer de la naloxone à temps pour sauver des vies. »

Prescrire de la naloxone directement aux patients dépendants aux opiacés ?
De son côté, quelques jours après la publication des recommandations de l’OMS, le département de la santé mentale du Maryland (Maryland Department of Health and Mental Hygiene) a publié un communiqué encourageant les professionnels de santé à prescrire des ordonnances de naloxone à tous les patients qu’ils jugent à risque de surdose aux opiacés [2].
Sont concernés les sujets :
- ayant participé au programme Overdose Response Program;
- s’étant déjà injecté des drogues ou avec des antécédents de mésusage de prescriptions d’opiacés;
- recevant des fortes doses d’opiacés ou recevant des opiacés de façon chronique ;
- avec des antécédents d’hospitalisation suite à une surdose aux opiacés;
- utilisant des opiacés avec des antidépresseurs, des benzodiazépines, de l’alcool ou d’autres drogues ;
- utilisant des opiacés et souffrant d’insuffisance rénale, hépatique, cardiaque ou pulmonaire ;
- utilisant des opiacés et ayant des antécédents de troubles psychiatriques ;
- recevant un traitement contre la dépendance à l’alcool et aux autres drogues.

Le communiqué précise que dans le Maryland, entre 2011 et 2013, les décès associés à des surdoses à l’héroïne ont augmenté de 88% et que les décès liés à l’utilisation de fentanyl (moins cher et plus puissant que l’héroïne) ont grimpé de 2 par mois en moyenne entre 2007 et 2012 à 15 par mois fin 2013, début 2014.

Naloxone pour les usagers d’opiacés : la France reste frileuse
La naloxone est distribuée aux usagers d’opiacés depuis 1995 dans certains pays d’Europe comme l’Allemagne, le Royaume Uni et l’Italie. Aux Etats-Unis, elle est distribuée par le biais de programmes spécifiques depuis 1999 dans certaines villes et dans certains états.
« En France, malgré l'augmentation continue des overdoses depuis 5 ans et une utilisation de la naloxone par les urgentistes, aucun programme n'a été mis en place auprès des usagers, que ce soit dans les lieux qui assurent des sevrages dans des CSAPA, des CAARUD ou dans les centres de soin en prisons », peut-on lire dans un blog de Pierre Chappard, président de Psychoactif et de Jean-Pierre Couteron, psychologue clinicien, (journal Le Monde) le 16 septembre 2013.
Pour les bloggeurs, une des raisons de cette frilosité est que, selon certains, « la mort des uns devrait faire partie de la prévention des autres... ». Une idée qu’ils réfutent et qu’ils assimilent à un refus de la prévention des overdoses.

 

 

REFERENCES :

  1. Recommandations OMS. WHO recommends expanding naloxone access to reduce deaths from opioid overdose. 4 novembre 2014.  http://www.who.int/substance_abuse/publications/management_opioid_overdose/en

  2. Joshua M. Sharfstein. Take-Home Naloxone to Be Prescribed. Maryland State Health Alert. Informations supplémentaires www.dhmh.maryland.gov/naloxone. 10 novembre 2014

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