Programmes d’entrainement de la mémoire anti-Alzheimer : mise en garde des acheteurs

Deborah Brauser, Vincent Bargoin, Catherine Desmoulins

Auteurs et déclarations

27 novembre 2014

Sydney, Australie – Le marché des logiciels d’entrainement de la mémoire pour réduire son risque de maladie d’Alzheimer est un plein boom. En 2013, cette industrie a rapporté près d’un milliard de dollars. Il est vrai qu’on estime qu’en 2050, 100 millions de personnes dans le monde auront développé une démence. Mais que sait-on de l’efficacité des multiples programmes d’entrainement cognitif, utilisables sur ordinateurs, tablettes et des programmes collectifs avec un coach ? Pas grand-chose. ..Une méta-analyse australienne de 51 essais randomisés, portant sur plus de 4800 personnes montre qu’un entrainement de la mémoire fait sous la supervision d’un « professeur » est significativement plus efficace en terme de cognition globale, de mémoire et de vitesse d’exécution que tous les programmes d’auto-entrainement (self, solo…) réalisé chez soi [1].

 
Il semble exister une limite à l’intensité de l’entrainement, au-delà de laquelle son efficacité se perd.
 

« Nos résultats donnent un message important aux acheteurs de ces produits. Ils montrent que les programmes suivis dans un centre spécialisé peuvent améliorer la cognition des sujets âgés mais que les différents programmes d’auto-entrainement à domicile ne marchent pas. Il y a de meilleures façons d’utiliser son temps et son argent » estime l’auteur principal de ce travail, Michael Valenzuana (Université de Sydney, Australie) publié dans PLoS Medicine.

De plus, il semble exister une limite à l’intensité de l’entrainement, au-delà de laquelle son efficacité se perd : cette limite serait de 3 séances par semaine.

« Les mécanismes de plasticité cérébrale pourraient saturer si l’entrainement est trop fréquent. Comme pour l’exercice physique, nous recommandons de laisser un jour de repos entre les séances d’entrainement » précise Amit Lampit, co-auteur.

Dans un éditorial associé à la publication, Druin Burch (Cambridge, Royaume-Uni), souligne que « les éléments en faveur de l’efficacité de ces programmes restaient jusqu’à présent incertains. Impossible par conséquent d’affirmer que telle société a découvert un nouveau moyen d’améliorer la mémoire ou au contraire que cette technique ne fait pas mieux que le sudoku ou les mots croisés tout en coûtant beaucoup plus cher », résume-t-il.

En ce sens, les conclusions de la méta-analyse australienne sont importantes « sur le plan académique et pour l’industrie qui vend ces programmes ».

Reste que cette étude ne dit rien sur la durabilité du bénéfice observé, sur le bénéfice en termes d’indépendance, de qualité de vie, de fonctionnement au quotidien, ou encore, sur le risque de démence à long terme.

 

Analyse de 51 études randomisées de différents logiciels d’entrainement

Si les preuves d’efficacité manquent, les études, elles, ne manquent pas. Les auteurs australiens ont ainsi pu analyser 51 études randomisées et contrôlées de training avec divers logiciels d’exercices cérébraux, dont la durée totale devait être d’au moins 4 heures.

Ces études ont été menées chez 4885 participants, d’âge moyen compris entre 60 et 82 ans, parmi lesquels environ 60% de participantes.

Vingt-cinq de ces études étaient américaines, 16 européennes, 3 canadiennes, 2 australiennes, une israélienne, et chinoise, une taiwanaise, une coréenne, et une japonaise.

Ces logiciels conduisaient à effectuer des tâches standardisées ou à participer à des jeux vidéo sur un ordinateur, une tablette ou une console de jeux au domicile (n=19) ou bien en groupe (n=32).

Les types de programmes évalués étaient divers : 24 études visaient différents domaines de la cognition, 9 visaient spécifiquement à améliorer la rapidité du traitement d’information, 9 s’adressaient à la mémoire de travail, 6 portaient sur l’attention, et 4 portaient sur des jeux vidéo.

Efficacité sur certains items

Dans ces conditions, l’analyse globale fait ressortir une efficacité « faible, mais statistiquement significative » de l’entrainement.

 
L’étude australienne a surtout le mérite de «rendre manifeste ce qu’il reste à découvrir».
 

Plus spécifiquement, la mémoire verbale, non verbale, la mémoire de travail, la vitesse de traitement, et les tâches supposant une orientation visuelle dans l’espace sont faiblement à modérément améliorées.

En revanche, les fonctions d’exécution et l’attention ne sont pas améliorées par l’entrainement.

Les effets de l’entrainement en groupe, avec un superviseur, évalués au moyen du score MMSE (Mini-Mental State Examination) pourraient correspondre à une amélioration d’environ un point.

Les auteurs notent d’ailleurs que ce qui semble être une sorte d’effet de saturation, ou de fatigue chez les personnes âgées, ne leur est vraisemblablement pas spécifique, puisque des programmes d’entrainement évalués chez des enfants ou des adultes jeunes se sont également montrés plus efficaces lorsque les sessions étaient séparées d’un certain temps de récupération.

Enfin, les sessions de moins de 30 minutes semblent sans effet.

« Les programmes d’entrainement peuvent relever ou non de la médecine », poursuit l’éditorialiste, « mais l’évaluation correcte de leurs effets requiert certainement les outils de la médecine par les preuves ».

L’étude australienne est un pas en ce sens, qui a surtout le mérite de « rendre manifeste ce qu’il reste à découvrir ».

 

Les auteurs et l’éditorialiste indiquent n’avoir pas de conflit d’intérêt en rapport avec le sujet.

 

REFERENCE:

1. Lampit A, Hallock H, Valenzuela M. Computerized Cognitive Training in Cognitively Healthy Older Adults: A Systematic Review and Meta-Analysis of Effect Modifiers. PLoS Med 2014 ; 11(11): e1001756. doi:10.1371/journal.pmed.1001756

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