Téléphones portables et sans fil : encore une étude en faveur de la majoration du risque de gliome

Aude Lecrubier, Pauline Anderson

Auteurs et déclarations

21 novembre 2014

Örebro, Suède – Les téléphones portables et sans fil sont, une nouvelle fois, mis en cause dans le développement de tumeurs cérébrales, selon une analyse rétrospective suédoise. Reste qu’il s’agit comme toujours d’une étude cas-contrôle avec ses limites dues à la méthodologie et que, faute d’essais prospectifs randomisés, il en faudra encore beaucoup du même genre pour le facteur causal soit officiellement identifié…ou pas.

En attendant, le Pr Lennart Hardell (service d’oncologie, hôpital universitaire d’Örebro, Suède) recommande « d’utiliser, en priorité, les kits mains libres avec le haut-parleur et d’envoyer des SMS plutôt que de téléphoner ». Voir aussi nos articles « En attendant les preuves, des recommandations de bon sens » et

Le risque (de développer un gliome) va jusqu’à tripler après plus de 25 ans d’utilisation et il est majoré lorsque les appareils ont été utilisés avant l’âge de 20 ans.

D’après ces nouveaux résultats, le risque de développer un gliome, la tumeur cérébrale la plus fréquente, augmente avec les années d’utilisation de téléphones mobiles et de téléphones sans fils. Le risque va jusqu’à tripler après plus de 25 ans d’utilisation et il est majoré lorsque les appareils ont été utilisés avant l’âge de 20 ans [1].

L’analyse a été publiée le 28 octobre dans l’édition en ligne de la revue Pathophysiology [1].

Elle inclut les données de deux études cas-contrôles sur des tumeurs cérébrales malignes confirmées par histologie. La première a enrôlé des patients âgés de 20 à 80 ans dont le diagnostic a été posé entre 1997 et 2003 et la seconde a inclus des patients âgés de 18 à 75 ans qui ont été diagnostiqués entre 2007 et 2009. Les cas, qui provenaient de 6 centres anticancéreux suédois, ont été appariés avec des contrôles du même sexe et d’approximativement du même âge.

Téléphones sans fil
On s’intéresse beaucoup aux téléphones portables mais peu aux téléphones sans fil (DECT) vendus depuis environ 25 ans comme les mobiles. Pourtant, ils font appel à la même technologie et ils émettent constamment des ondes à haute fréquence, même en dehors des appels. Il arrive que ces DECT émettent des rayonnements électromagnétiques dans la pièce où la base est installée supérieurs à la valeur maximum par mètre préconisée.

L’ensemble des participants ont remplis un questionnaire détaillant leur exposition aux téléphones mobiles et aux téléphones sans fil.

L’analyse a répertorié 1498 cas de tumeurs cérébrales malignes chez des patients âgés de 52 ans en moyenne. La plupart des patients (92%) avaient un diagnostic de gliome, et la moitié de ces gliomes étaient des astrocytomes de grade IV (glioblastome), la tumeur du cerveau la plus agressive. En tout, 3530 sujets contrôles, âgés de 54 ans en moyenne, ont été enrôlés dans l’étude.

Un risque de gliome augmenté à partir d’un an d’utilisation

Après ajustement pour l’âge au moment du diagnostic, pour le sexe, pour le niveau socio-économique et pour l’année du diagnostic, les chercheurs observent que le risque de gliome augmente avec le nombre d’années d’utilisation et ce, dès un an d’utilisation. Les individus les plus à risque étaient ceux qui avaient utilisé des téléphones portables pendant plus de 25 ans.

Risque de gliome en fonction du nombre d’années d’utilisation de téléphones portables et sans fil

Utilisation du téléphone

Risque relatif (95% IC)

Utilisation du mobile > 1 an

1,3 (1,1 à 1,6)

Utilisation du téléphone sans fil > 1 an

1,4 (1,1 à 1,7)

Utilisation du mobile > 25 ans

3 (1,7 à 5,2)

Les chercheurs précisent que le risque de gliome était plus important dans les régions les plus exposées du cerveau. Les risques relatifs étaient plus élevés au niveau de l’exposition ipsilatérale (du côté où est placé le téléphone), au niveau temporal et au niveau du chevauchement des lobes.

En outre, le risque était plus élevé chez les participants qui avaient utilisé un cellulaire ou un téléphone sans fil avant 20 ans, respectivement 1,8 et 2,3. Des données à interpréter avec prudence car les nombres de cas et de contrôles étaient relativement faibles.

Enfin, le risque semblait plus élevé avec les téléphones 3G comparés aux autres, même si ces données reposaient, encore une fois, sur un petit nombre de participants.

Des doutes depuis les années 1990 mais pas de preuve « irréfutables » pour les autorités

Pour le Pr Hardell, ces nouvelles données confirment que les émissions électromagnétiques des téléphones sans fil devraient être considérées comme carcinogènes par le Centre International de Recherche sur le Cancer (IARC) et que « les recommandations actuelles concernant l’exposition devraient être révisées en urgence » pour en tenir compte.

Jusqu’ici, de nombreuses études ont tenté d’évaluer le lien entre l’utilisation de ces appareils et les tumeurs cérébrales. Mais, les preuves ne sont pas considérées comme « irréfutables ».

L’équipe du Pr Hardell a publié des données incriminant les téléphones mobiles et sans fils depuis les années 1990.

Les recommandations actuelles concernant l’exposition devraient être révisées en urgence -- Pr Hardell

Mais, à l’inverse, l’étude INTERPHONE, publiée en 2011 n’a pas pu démontrer d’association entre les deux phénomènes [2,3].

En outre, une vaste étude, prospective cette fois, publiée dans l’International Journal of Epidemiology en 2013 [4] a montré que l’utilisation des téléphones portables n’était pas associée à une incidence accrue des gliomes, des méningiomes ou des cancers non-cérébraux chez des femmes britanniques.

Cependant, pour le Pr Hardell, la portée de l’étude britannique était limitée en raison de problèmes méthodologiques (recueil des données à un instant T…)

Interrogé par Medscape, le Pr L. Dade Lunsford (neurochirurgie, Université de Pittsburgh, Etats-Unis) indique que l’étude suédoise apporte de nouveaux éléments mais pas de preuves sans équivoque que les téléphones mobiles ou sans fils jouent un rôle dans la pathogénèse des gliomes.

Il souligne que les résultats n’ont pas été contrôlés pour l’exposition aux radiations ionisantes et pour les antécédents familiaux.

En outre, il note que l’étude étant rétrospective, il existe un possible biais de mémoire : les patients affectés cherchant légitimement à répondre à la question « Pourquoi moi ? ».

Il indique également, que les mécanismes par lesquels les cellules gliales et les cellules de Schwann deviendraient cancéreuses restent inexpliqués. Pour lui, si les téléphones portables induisaient ce type de tumeurs, ils devraient aussi provoquer plus de mélanomes ou de carcinomes basocellulaires ou squameux ispsilatéraux parce que les lignées cellulaires impliquées dans ces cancers cutanés se divisent fréquemment et seraient donc encore plus susceptibles d’être touchées.

REFERENCES:

1. Hardell L, Carlberg M. Mobile phone and cordless phone use and the risk for glioma – Analysis of pooled case-control studies in Sweden, 1997–2003 and 2007–2009. Pathophysiology. Published online October 29, 2014. Abstract

2. The Interphone study group. Brain tumour risk in relation to mobile telephone use: results of the INTERPHONE international case–control study. Int J Epidemiol 2011;39:675-694

3. The Interphone study group . Acoustic neuroma risk in relation to mobile telephone use: Results of the INTERPHONE international case–control study. Cancer Epidemiol 2011;32:453-464

4. Benson V, Pirie K, Schüz J..Mobile phone use and risk of brain neoplasms and other cancers: prospective study. Int J Epidemiol 2013;42:792-802)

Commenter

3090D553-9492-4563-8681-AD288FA52ACE
Les commentaires peuvent être sujets à modération. Veuillez consulter les Conditions d'utilisation du forum.

Traitement....