Une pulvérisation nasale d’ocytocine pour en finir avec la peur ?

Deborah Brauser, Aude Lecrubier

Auteurs et déclarations

14 novembre 2014

San Diego, Etats-Unis -- Plusieurs travaux ont montré que l’ocytocine pouvait avoir un intérêt dans certains troubles du spectre autistique ou de la communication sociale mais aussi dans le mécanisme de rappel de mauvais souvenirs et dans l’anxiété.

Selon une nouvelle étude sur 62 hommes, publiée dans Biological Psychiatry, administrer l’hormone grâce à un spray nasal permettrait d’atténuer plus rapidement le sentiment de peur chez des patients soumis à une peur conditionnée* et qui participent à une thérapie comportementale d’extinction de la peur [1].

Le petit essai randomisé versus placebo montre que les hommes qui ont reçu une pulvérisation unique intranasale d’ocytocine (24 UI) juste après avoir été exposés à une peur conditionnée ont une meilleure inhibition de l’amygdale ou une diminution des réponses de l’amygdale (la peur génère une activation de l’amygdale). Ils ont également des réponses électrodermales plus faibles, ce qui est le reflet d’une diminution de la peur.

La réponse électrodermale
La peur peut être mesurée grâce à la conductivité électrique de la peau ou réponse électrodermale. Le signal électrique biologique enregistré à la surface de la peau reflète l'activité des glandes de la sudation et du système nerveux autonome. Plus la peur est importante, plus la conductivité de la peau est importante.

En parallèle, en réalisant une IRM fonctionnelle 30 minutes après l’administration d’ocytocine, les chercheurs ont mis en évidence une augmentation de la signalisation dans le cortex préfrontal médian. Or, plusieurs études suggèrent que chez les sujets anxieux, il existe une déficience de l’encodage des circuits du cortex préfrontal médian.

« La future stratégie pourrait donc être d’utiliser l’ocytocine pour augmenter la signalisation au niveau du cortex préfrontal médian et pour diminuer simultanément les réponses de l’amygdale à la peur conditionnée pendant la thérapie cognitive comportementale », concluent les chercheurs.

Ils soulignent toutefois que leur étude est préliminaire et qu’elle comporte plusieurs limites.

Ils indiquent que la peur conditionnée de type « Pavlovien » à laquelle ont été confrontés les patients (visualisation de photos de visages et de maisons « neutres » parfois seules et parfois associées à des brefs chocs électriques) était induite le même jour que la thérapie d’extinction de la peur. Or, il aurait mieux valu les espacer dans le temps.

Aussi, il n’est pas dit que l’atténuation de la peur associée à la pulvérisation d’ocytocine dans cette expérience soit observable avec d’autres types de peurs conditionnées.

Enfin, seuls des hommes ont été évalués dans ce travail, ces résultats doivent donc être répliqués chez des femmes.

Interrogé par l’édition internationale de Medscape, le Dr Dean T. Acheson (département de psychiatrie, Université de Californie, San Diego, Etats-Unis), qui n’a pas participé à l’étude, a qualifié l’étude « d’enthousiasmante ».

« Ces résultats ne suggèrent pas seulement qu’il existe un effet facilitateur de l’extinction de la peur mais proposent aussi un mécanisme, ce qui est important pour aller plus loin », souligne-t-il.

Il ajoute, cependant, que l’étude ne porte que sur des sujets sains et que les résultats devront être reproduits chez des sujets malades.

*La peur conditionnée est le processus par lequel un stimulus sans signification particulière devient, par association, l'indice d'un danger imminent.

 

Les auteurs et le Dr Acheson n’ont pas de liens d’intérêt en rapport avec le sujet.

 

REFERENCE:

1. Eckstein M, Becker B, Scheele D et coll. Oxytocin Facilitates the Extinction of Conditioned Fear in Humans. Biol Psychiatry, publié en ligne le 29 octobre 2014.

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