Nouvelles drogues de synthèse, danger

Dr Catherine Desmoulins

Auteurs et déclarations

12 novembre 2014

Un jeu d’enfant pour les chimistes qui peuvent se procurer facilement les matières premières  et une manne illimitée pour les organisations criminelles : les nouveaux produits de synthèse (NPS) se jouent des réseaux de surveillance des substances illicites. Il suffit qu’un produit soit classé comme stupéfiant pour que sa composition change et échappe à la législation, devenant du « legal high ».  Les réseaux de vente sur internet et la possibilité de produire localement et discrètement laissent entrevoir une pénétration croissante des marchés par ces drogues aux compositions constamment renouvelées.

 
N°2 après le cannabis. Les usagers des drogues de synthèse se placent aujourd’hui en seconde position après les consommateurs de cannabis (d’origine végétale).
 

L’imagination des chimistes pour fabriquer des psychotropes ne rime pas forcément avec l’innocuité, au plan psychiatrique surtout mais aussi cardiovasculaire car nombre de ces produits ont de puissants effets vasomoteurs. A quoi s’ajoute un risque de toxicité lié aux mélanges et autres dilutions avec des substances inconnues et aux nouveaux modes d’administration. Cerise sur le gâteau : du fait de leur conditionnement, généralement à l’unité, pour un usage récréatif et de leur coût bas, ce sont surtout les jeunes consommateurs qui en font les frais.

Vers un changement d’échelle de risque ?

Un scénario catastrophe qui jusqu’à présent n’a pourtant pas donné lieu à beaucoup d’alertes sanitaires, hormis des décès sous ecstasy dans des raves party secondaires à une déshydratation et à des comportements à risque ou délirants. En 2012, la suspicion de quelques cas de cannibalisme provoqués par des comportements délirants sous dérivés de cathinones ont aussi fait grand bruit dans les médias.

Depuis quelques mois, cependant, les effets secondaires de ces NPS inquiètent les organismes de surveillance des drogues et toxicomanie de part et d’autre de l’Atlantique.

Aux Etats-Unis, les cannabis 100% synthétiques fortement dosés en cannabinoïdes (mélangés à différentes herbes puis fumés) ont doublé le nombre de passage aux urgences pour effets indésirables. Et ceux-ci vont bien au-delà de la classique crise d’angoisse après un joint…Ces produits sont à l’origine de véritables comportements paranoïaques, d’agitations, de convulsions, d’hypertension, de tachycardies/palpitations et même d’infarctus du myocarde.

En Europe, le service fédéral russe de contrôle des stupéfiants (FSKN) a récemment alerté sur la circulation d’un Spice (cannabis de synthèse) fabriqué en Chine et transitant par la Thaïlande, ayant conduit à l’hospitalisation de 700 personnes et à 25 décès. Ce produit entraine des signes d’empoisonnement divers incluant vertiges, agitation, hypertension, douleurs thoraciques et surtout une très forte accoutumance assortie de troubles psychiatriques sévères avec comportements paranoïaques, explosion de violence, psychose d’où le nom attribué de « drogue des zombies ». Voir le reportage sur le Washington post.

Données européennes de 2013

Au total, en 2013, 81 nouvelles drogues ont été signalées pour la première fois par l’Observatoire européen des drogues et toxicomanies (OEDT) et près de 250 nouvelles substances ont été identifiées au cours des 4 dernières années. Ces produits viennent le plus souvent de Chine et d’Inde sous forme de poudre dans des conditionnements de petite taille et difficiles à suspecter.

Parmi ces nouveaux produits, on a trouvé :

- des cannabinoïdes de synthèse,

- des dérivés de la cathinone (stimulants amphétaminiques) dont la méphédrone, la pentédrone et le MDPV appelé « Sels de bains ». Fabriquée dans les années 1960 par Boehringer-Ingelheim, le MDPV agit via la recapture de la dopamine et de la noradrenaline. Son caractère très addictif et le risque d’abus l’a rendu illégal dans la plupart des pays.

L’effet du MDPV sur la recapture de la dopamine est 50 fois plus puissant que celui de la cocaïne

En France, tous les dérivés des cathinones sont classés comme stupéfiants depuis 2012.

 

Les urgentistes et réanimateurs confrontés à des situations difficiles

Les états d’agitation extrêmes provoqués notamment par les « sels de bains » posent le problème de la prise en charge d’un délire aigu avec agressivité dans un contexte de déshydratation, avec parfois rhabdomyolyse, hyperkaliémie et insuffisance rénale.

Dans ces conditions, le recours aux antipsychotiques risque d’aggraver les désordres musculaires, de même que toutes formes de contention. Il est donc recommandé de sédater avec des benzodiazépines en perfusion uniquement.

La toxicité de ces nouvelles drogues rend difficile à la fois l’abus et le sevrage par méconnaissance des symptômes et de la conduite à tenir.

Vers une réhabilitation de certaines drogues par la médecine ?

N’oublions pas que nombre de drogues de synthèse sont issues de recherche à visée « scientifique » menées pas l’industrie pharmaceutique dans la première moitié du 20e siècle. Ce fut le cas pour le LSD, la psilocybine ou la mescaline, lors des mouvements de contre-culture des années 1960. La médecine moderne a rapidement abandonné les recherches sur leur potentiel thérapeutique, avant d’être détournées pour des usages récréatifs et que les autorités rendent leur usage illégal. Mais, depuis peu, ces substances sont à nouveau envisagées comme traitement en psychiatrie ou, du moins, comme source potentielle de composés thérapeutiques.

 

Ce dossier Medscape collige les dernières données sur ce sujet d’actualité ainsi que les opinions des psychiatres impliqués dans la prise en charge des addictions.

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