Effet bluffant du karaoké chez les patients hospitalisés en psychiatrie

Aude Lecrubier

Auteurs et déclarations

5 novembre 2014

Greensboro, Etats-Unis -- Jusqu’ici plusieurs études ont montré les bénéfices de la musicothérapie sur le bien-être physique et émotionnel, mais aucune étude n’avait évalué l’impact du karaoké sur les patients hospitalisés dans un service psychiatrique.

Une petite étude présentée lors du congrès annuel de l’American Psychiatric Nurses Association (APNA) montre que le karaoké apporte un réel bénéfice aux patients [1].

Si l’initiative parait particulièrement originale en occident, l’activité est déjà proposée dans plusieurs centres psychiatriques et foyers éducatifs au Japon, où le karaoké connait un fort succès depuis les années 1980 [2].

Selon les données du poster de l’APNA, arrivé premier dans la catégorie « recherche », une nuit de karaoké par semaine en service de psychiatrie rend les patients hospitalisés moins anxieux, plus participatifs aux thérapies de groupe et réduit leur consommation de médicaments.

Les infirmières à l’origine de cette initiative ont noté un changement immédiat chez leurs patients. « Nous avons été emballées par les résultats », a indiqué Kelly Southard (Behavioral Health Hospital, Greensboro, Etats-Unis) à l’édition internationale de Medscape.

Dans cette petite étude, les infirmiers ont enrôlé 61 patients hospitalisés principalement pour dépression (50,8%), trouble bipolaire (27,9%) et alcoolo-dépendance (21,3%). En tout, 60,7% étaient des femmes et tous avaient participé aux nuits « karaoké ».

Avant et après les « nuits karaoké », les patients ont répondu à l’échelle d’anxiété TRAIT et à un questionnaire sur leur sommeil ainsi qu’à une enquête sur leur niveau de détente, leur humeur et stress.

Leur médication et leur niveau de participation aux thérapies de groupe ont également été évaluées 24 heures avant et 24 heures après.

Il en ressort que le karaoké a permis de diminuer significativement le niveau d’anxiété. En outre, 30,4% des patients qui recevaient des médicaments à la demande en ont moins pris et 21,4% ont diminué leur consommation d’antalgique (pris à la demande).

Enfin, après le karaoké, près d’un quart (24,2%) des patients étaient plus impliqués dans les thérapies de groupe.

« Ces résultats sont incroyables, les patients sont plus détendus et participent plus aux thérapies de groupe. Habituellement, les patients attendent impatiemment la fin de la séance », a souligné le co-auteur Joann Glover.

Les scores moyens pour le niveau de détente, le stress, l’humeur et le niveau de participation aux thérapies de groupe étaient tous « très positifs ». En revanche, aucun effet notable n’a été observé sur la qualité du sommeil.

Kelly Southard ajoute que le karaoké est « particulièrement intéressant pour les personnes alcoolo-dépendantes parce qu’elles associent généralement la musique aux bars et à l’alcool. Etre capable d’apprécier la musique pour s’amuser tout en étant sobre est sain. »

Il est « très facile et peu couteux » de mettre en place un karaoké dans un service d’hospitalisation « nous l’avons aussi mis en place dans notre unité pour les enfants et les adolescents. Les patients ont hâte d’y participer », a ajouté Kelly Southard.

Pour le psychiatre japonais Masami Sakaue, spécialiste de musicothérapie, «le karaoké est une forme de thérapie récréative qui agit sur l'humeur, permet aux patients de libérer leurs émotions et satisfaire leurs pulsions narcissiques, tout en facilitant l'expression des sentiments grâce aux paroles des chansons» [2].

La musicothérapie en psychiatrie
La musicothérapie est une discipline paramédicale qui utilise le son, la musique et le mouvement à des fins thérapeutiques. Elle correspond à l'utilisation efficace de la musique et des éléments musicaux par un(e) musicothérapeute diplômé(e) pour promouvoir, maintenir, restaurer la santé mentale, physique, émotionnelle et spirituelle (Canadian Association for Music therapy, 1994).
Le but est d'établir ou de rétablir une communication et d'entreprendre un processus de réinsertion sociale. Les qualités non-verbales, créatives, émotionnelles et structurelles de la musique sont utilisées dans la relation thérapeutique pour faciliter le contact, les interactions, la conscience de soi, l'apprentissage, l'expression de ses émotions, la communication et le développement personnel.
En France, elle a été initiée par Jacques Jost dans les années 1950, puis s’est développée progressivement. Elle est, notamment, proposée dans plusieurs centres psychiatiques en accompagnement de la prise en charge classique des patients.

 

Les auteurs n’ont pas de liens d’intérêt en rapport avec le sujet.

 

REFERENCES:

1. American Psychiatric Nurses Association (APNA). 28ème congrès annuel: Poster 103. Présenté le 23 octobre 2014.

2. http://www.bladi.net/forum/threads/quun-loisir-karaoke-therapie.11786/

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