Première mondiale : l'Australie approuve le fénofibrate contre la rétinopathie diabétique

Vincent Bargoin, avec Becky McCall

3 décembre 2013

Melbourne, Australie - C'est probablement le scoop du Congrès Mondial du Diabète, qui se tient à Melbourne du 2 au 6 décembre : la Therapeutic Goods Administration australienne vient d'approuver le fénofibrate pour ralentir la progression de la rétinopathie diabétique dans le diabète de type 2. Habituellement prescrite comme hypolipémiant, la molécule apparait en effet retarder, voire prévenir le recours à la photocoagulation au laser ou l'injection intraoculaire d'anti-VEGF.

Dr Anthony Keech

L'annonce a été faite par le Dr Anthony Keech
(Université de Sydney, Australie), qui a notamment étudié la question au travers de l'étude FIELD (Fenofibrate Intervention and Event Lowering in Diabetes), menée en Australie, Nouvelle-Zélande et Finlande.

Des résultats convergents

Voici en fait plusieurs années que l'intérêt d'un fibrate, et plus généralement, d'antagonistes des récepteurs PPARalpha (peroxysome proliferator-activated receptor) est discuté, sur la base de résultats à la fois cliniques et de laboratoire.

Sur le plan clinique, c'est donc l'étude FIELD qui a ouvert le bal. Menée chez quelques 10 000 diabétiques de type 2, et publiée en 2005, l'étude était négative sur le critère primaire de morbi-mortalité [1]. Ce résultat a d'ailleurs entrainé une certaine désaffection pour les fibrates (jusqu'au classement de la plupart d'entre eux comme « à éviter » par la revue Prescrire en 2013). Un critère tertiaire, pré-spécifié, indiquait cependant une réduction de 37% de la photocoagulation au laser dans le groupe traité par fénofibrate. Ce résultat a, lui, été publié en 2007 [2].

Second acte : ACCORD (Action to Control Cardiovascular Risk in Diabetes). Ici encore, le fénofibrate ajouté à la simvastatine, n'a pas apporté de bénéfice CV, que ce soit en prévention primaire ou secondaire. Mais comme dans FIELD, une réduction de 40% de la progression de la rétinopathie diabétique a été associée au fénofibrate dans une sous-étude (« Eye Study ») portant sur 2800 patients [3].

Un certain nombre d'expérimentations animales, chez la souris et le rat, sont enfin venues confirmer que les observations cliniques correspondent bien à une réalité. Qu'il soit administré per os ou par injection intra-vitréenne, le fénofibrate diminue la perméabilité vasculaire rétinienne, le recrutement de leucocytes, l'expression des molécules d'adhésion ICAM-1 et MCP-1, ainsi que du VEGF (vascular endothelial growth factor).

On note également que des expériences menées chez des souris délétées pour le gène codant PPARalpha ont confirmé le rôle de ce récepteur dans les phénomènes observés, et que d'autres agonistes de PPARalpha ont été évalués chez l'animal, conduisant à des résultats analogues à ceux obtenus avec le fénofibrate.

D'autres agonistes pourront donc peut-être être développés, ainsi que d'autres voies d'administration. En attendant, le fénofibrate, seul fibrate autorisé par l'EMA et la FDA en association avec une statine, reprend du service chez les diabétiques.

Rappelons que la moitié des diabétiques de type 2 développent une rétinopathie dans les 10 ans.

Le Dr Keech déclare avoir reçu des financements de Fournier (aujourd'hui Abbott) pour conduire l'étude FIELD Study, et détient des brevets relatifs à l'utilisation du fénofibrate en topique pour traiter la rétinopathie diabétique.

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