Dépression et vieillissement partagerait des effets épigénétiques favorisant des maladies

Aude Lecrubier

Auteurs et déclarations

28 octobre 2014

Berlin, Allemagne – Pourquoi les maladies associées au vieillissement comme les maladies cardiovasculaires ou les troubles neuropsychiatriques sont-elles plus fréquentes chez les personnes souffrant de stress chronique ou les individus déprimés ?

A ce jour, les mécanismes sous-jacents n’ont pas été élucidés mais, une équipe de chercheurs germano-américaine propose un début d’explication sur fond de changements épigénétiques.

Dans ce nouveau travail présenté lors du congrès annuel de l’European College of Neuropsychopharmacology [1], les chercheurs ont étudié l’impact du vieillissement et de la dépression sur le gène FKBP5 (chromosome 6). Ce gène a été choisi car il code pour la protéine FKBP5 impliquée dans la réponse au stress, l’inflammation et l’immunorégulation.

FKBP5 est un facteur de transcription qui régule plusieurs gènes impliqués dans la dépression (via les hormones du stress) et dans des pathologies comme la maladie d’Alzheimer [2].

L’équipe du Dr Anthony Zannas (Max Planck Institute of Psychiatry, Munich) a montré, d’une part, qu’en cas de vieillissement et de dépression, le gène FKBP5 était hypométhylé et donc surexprimé (statistiquement significatif). Et, d’autre part, que la surexpression de ce gène était associée à une augmentation des marqueurs biochimiques de l’inflammation et du risque cardiovasculaire (interleukine-1…).

« Nous avons montré que le vieillissement, comme la dépression, semblaient induire des changements de régulation de l’ADN et que cela peut moduler l’expression de gènes qui régulent la réponse au stress. En outre, ces changements sont associés à un risque accru d’inflammation. Nous pensons que ces modifications peuvent augmenter les risques de développer des maladies associées au vieillissement comme les maladies cardiovasculaires et certaines maladies neuropsychiatriques. Ce sur-risque a été observé chez les individus souffrant de stress chronique ou dépressifs », a commenté l’auteur principal de l’étude, le Dr Anthony Zannas (Max Planck Institute of Psychiatry, Munich).

Quel type d’association ?

« Il est trop tôt pour dire qu’il existe une relation de cause à effet. Nous devons confirmer nos résultats sur plus de patients et utiliser des modèles animaux pour découvrir les mécanismes impliqués. Mais, si les résultats se confirmaient, nous pourrions envisager de développer des tests pour les maladies liées au vieillissement et de nouvelles stratégies pour prévenir les effets destructeurs du stress », ajoute le chercheur.

« Nous sommes au début des recherches et ces données doivent être confirmées dans de plus grandes populations mais, ces résultats pourraient permettre de distinguer des sous-types de dépression et de trouver des traitements ciblant les facteurs de transcription et les mécanismes épigénétiques », commente le Pr Bill Deakin (Manchester) dans un communiqué ECNP.

Des études in vitro et in vivo sont actuellement en cours pour tenter de mieux comprendre les mécanismes impliqués dans ces associations et explorer le potentiel thérapeutique de FKBP5.

 

REFERENCES:

1. Zannas A.S., Klengel T., Nemeroff C.B.et coll. P.1.a.003 Epigenetic regulation at the FKBP5 genetic locus by age and depressive phenotypes: implications for age-related disease. Congrès de l’European College of Neuropsychopharmacology. 19 octobre 2014. Berlin

2. Blair, L.J., Nordhues, B.A., Hill, S.E.,et coll.. Accelerated neurodegeneration through chaperone-mediated oligomerization of tau. J Clin Invest 123, 4158–4169.

Commenter

3090D553-9492-4563-8681-AD288FA52ACE
Les commentaires peuvent être sujets à modération. Veuillez consulter les Conditions d'utilisation du forum.

Traitement....