Nausées, thromboses, anorexie : 3 avancées majeures dans les soins de support en cancérologie

Aude Lecrubier

Auteurs et déclarations

16 octobre 2014

Madrid, Espagne -- Des essais de phase III présentés lors du congrès de l’ESMO 2014 font état d’avancées majeures dans les soins de support en cancérologie [1,2,3]. Trois nouveaux traitements ont démontré leur efficacité pour, respectivement, réduire les nausées et les vomissements, les risques de saignements chez les patients traités pour une thrombose veineuse et atténuer le syndrome d’anorexie-cachexie, des complications fréquentes des traitements anticancéreux.

Le rolapitant : un nouvel antiémétique en perspective

Les patients qui reçoivent une chimiothérapie à base de cisplatine sont souvent victimes de nausées et de vomissements entraînant parfois des réductions de doses ou même des arrêts de traitement.

Or, le rolapitant 200 mg, un nouvel antagoniste des récepteurs NK-1, de la même famille que l’aprepitant (Emend, Ivemend) et le netupitant (NETU),permettrait d’éviter ces symptômes et le recours à un traitement antiémétique dans les 24 à 120 heures suivant la chimiothérapie (réponse complète prolongée : critère primaire de jugement), selon un essai de phase III réalisé en double aveugle [1].

 
Ce nouveau médicament oral […] pourrait être facilement utilisé en pratique clinique pour prévenir les nausées et les vomissements -- Dr Roberto Labianca
 

Dans cette étude, 532 patients ont été randomisés pour recevoir soit l’association granisetron/dexaméthasone (G/D) + rolapitant, soit l’association granisetron/dexaméthasone (G/D) + placebo avant la chimiothérapie.

Le taux de réponse complète prolongée était de 72,7% chez les patients ayant reçu le rolapitant versus 58,4% chez les patients ayant reçu un placebo (p<0,001).

En outre, les taux de réponse complète en phase aiguë étaient, respectivement, de 83,7% vs 73,7% (p = 0,005), et les taux de réponse complète globale (0 à 120 h après la chimiothérapie) de 70,1% vs 56,5% (p =0,001) (critères secondaires).

Les effets indésirables étaient similaires dans les deux groupes et généralement associés à la maladie et à la chimiothérapie.

« Ce nouveau médicament oral étant très sélectif, ayant une action prolongée et étant bien toléré, il pourrait être facilement utilisé en pratique clinique pour prévenir les nausées et les vomissements à la fois aigus et retardés induits par la chimiothérapie », a commenté le Dr Roberto Labianca (Directeur du centre anticancéreux Ospedale Giovanni XXIII, Bergamo, Italie) au nom de l’ESMO.

Patients cancéreux atteints de thrombose veineuse : moins de saignements avec le rivaroxaban

Concernant le traitement des thromboses veineuses aiguës, relativement fréquentes chez les patients cancéreux ou avec antécédents de cancer, deux essais de phase 3 : EINSTEIN DVT et EINSTEIN PE ont comparé le NACO rivaroxaban (Xarelto®) à un traitement standard par enoxaparine/anti-vitamine K [2].

Il en ressort que les risques de récidive de thromboses veineuses et de décès étaient similaires avec les deux types de régimes. En revanche, le risque de saignements majeurs était moindre chez les patients cancéreux qui recevaient du rivaroxaban (RR=0,42). Il était, toutefois, similaire chez les patients qui avaient des antécédents de cancer (cancer non actif).

« Le rivaroxaban est un traitement oral qui a le même effet antithrombotique que les traitements traditionnels mais, associé à un moindre risque de saignements. C’est très importante en pratique clinique, car cela permet de mieux prendre en charge cette complication grave du cancer », a souligné le Dr Labianca.

Un nouvel agoniste sélectif du récepteur de la ghréline pour traiter l’anorexie-cachexie

Les essais de phase III ROMANA 1 et 2 ont évalué le rapport bénéfice-risque de l’anamoréline HCI, un nouvel agoniste sélectif de la grhéline, pour traiter le syndrome d’anorexie-cachexie chez des patients atteints d’un cancer du poumon non à petites cellules avancé non résécable [3].

Les patients ont été randomisés (2:1) pour recevoir soit de l’anamoréline 100 mg, soit un placebo quotidiennement pendant 12 semaines et pouvaient recevoir une chimiothérapie de façon concomitante.

Les critères primaires d’évaluation étaient la masse maigre (mesurée par dxa) et la puissance de la poignée de main volontaire. Les critères secondaires étaient les changements de poids et de réponses au questionnaire de l’anorexie-cachexie FAACT.

Au cours des deux études, l’anamoréline a été associée à une augmentation significative de la masse maigre versus placebo (p<0,0001). Dans ROMANA 1, le changement moyen de masse maigre était de +1,1 kg dans le groupe anamoréline versus -0,44 kg dans le groupe placebo. De façon similaire, les changements dans ROMANA 2 étaient respectivement de +0,75 kg et de -0,96 kg. En revanche, les variations en termes de puissance de la poignée de main volontaire n’étaient pas statistiquement significatifs entre les différents bras.

Concernant les critères secondaires, l’anamoréline était associée à une prise de poids (2,2 +/0,3 kg vs 0,14 +/- 0,4 kg ; et 0,95 +/-0,4 kg vs 0,57 +/-0,4kg, respectivement dans les deux essais ; p<0,0001). En outre, les scores FAACT étaient plus élevés (4,12+/-0,8 vs 1,92+/-0,8 ; p=0,0004 ; et 3,48+/-0,9 vs 1,34+/-1 ; p=0,0016, respectivement dans les deux essais).

Les effets secondaires les plus fréquemment associés à l’anamoréline étaient l’hyperglycémie (5,3%) et les nausées (3,8%) pour ROMANA-1 et l’hyperglycémie (4,2%) et le diabète (2,1%) pour ROMANA 2. Dans les deux études peu d’effets indésirables de grade ≥ 3 étaient rapportés (0,9% et 2,7%).

Il s’agit, là encore, « réellement d’une avancée importante », a souligné le Dr Labianca.

 

REFERENCES:

1. ChasenMR et coll. LBA47: Phase 3 (P04832) trial results for rolapitant, a novel NK-1 receptor antagonist, in the prevention of chemotherapy-induced nausea and vomiting (CINV) in patients receiving cisplatin-based chemotherapy. ESMO 2014

2. Prins MH. LBA48: Oral rivaroxaban versus standard therapy for the treatment of symptomatic venous thromboembolism in patients with cancer. ESMO 2014

3.Temal J.1483O_PR: Anamorelin for the treatment of cancer anorexia-cachexia in patients with advanced NSCLC: results from the pivotal phase III study ROMANA 1and 2.ESMO 2014

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