Cancer et grossesse : les traitements semblent sans effet CV ou mentaux chez l’enfant

Aude Lecrubier

Auteurs et déclarations

10 octobre 2014

Madrid, Espagne – L’exposition in utero à la chimiothérapie ou la radiothérapie n’exposerait pas à plus de problèmes cardiaques ou mentaux, d’après deux petites études présentées au congrès de l’ESMO 2014 [1,2].

« Nos résultats apportent plus d’informations aux médecins et aux patients et les aideront à prendre des décisions dans des situations complexes », soulignent les auteurs, le Pr Frédéric Amant (Institut du cancer de Louvain, Belgique) et coll.

Une étude sur l’exposition à la chimiothérapie administrée pendant la grossesse

Dans la première étude cas-contrôles internationale, l’équipe du Dr Amant a évalué le développement mental et cardiaque de 38 enfants exposés à la chimiothérapie pendant la grossesse.

 
Lorsque la chimiothérapie est administrée après le premier trimestre de grossesse, nous n’observons aucun problème chez les enfants -- Pr Frédéric Amant
 

Les enfants ont été enrôlés à partir du registre International Network for Cancer, Infertility and Pregnancy (INCIP) et comparés à des sujets contrôles non-exposés à la chimiothérapie pendant la grossesse.

Les mères étaient principalement atteintes de cancers du sein (61%) et d’hémopathies malignes (22%). Elles avaient reçu des anthracyclines pour 61% d’entre elles. Quatre cycles, en moyenne, avaient été administrés (de 1 à 7).

A un âge moyen de 2 ans (18 à 42 mois), les capacités mentales mesurées par l’indice de développement mental étaient normales dans les deux groupes, sans différence statistiquement significative. L’anatomie et les fonctions cardiaques, mesurées par échographies cardiaques et électrocardiogrammes, n’étaient pas, non plus, altérées.

Aucune corrélation n’a été observée entre le nombre de cycles de chimiothérapie et l’indice de développement mental. En revanche, il existait une association entre l’âge gestationnel (lié à une éventuelle prématurité) et l’indice de développement mental pour tous les enfants. L’indice de développement mental augmentait de 2,65 points pour chaque semaine de grossesse de gagnée.

D’autres travaux sont en cours pour évaluer l’impact des différents types de chimiothérapie en détail et l’effet de la chimiothérapie sur un plus long terme.

En parallèle, des études sur un plus grand nombre d’enfants sont également nécessaires pour confirmer ces données, notent les auteurs.

« Lorsque la chimiothérapie est administrée après le premier trimestre de grossesse, nous n’observons aucun problème chez les enfants. La crainte des risques associés à la chimiothérapie ne devrait pas être une raison pour interrompre la grossesse, retarder le traitement de la mère ou programmer un accouchement prématuré », a commenté le Pr Amant.

Une étude sur l’impact de la radiothérapie administrée pendant la grossesse

Dans la seconde étude, Le Pr Amant et coll. ont enrôlé 16 enfants (âge moyen 6 ans ; de 1,5 à 9,6 ans) et 10 adultes (âge moyen 33 ans ; de 22 à 49 ans) qui ont été exposés à la radiothérapie in utero (registre International Network on Cancer, Infertility and Pregnancy/INCIP).

Les enfants ont été examinés à 1,5, 3, 6 ou 9 ans. Ils ont bénéficié d’échocardiographies, d’un examen neurologique clinique, de tests cognitifs et de questionnaires sur leur état de santé et sur leur comportement. Les adultes ont eu des échocardiographies, et des questionnaires sur leur état de santé et sur leur comportement. Les données échocardiographiques ont été comparées à celles de sujets contrôles appariés pour l’âge et le sexe.

Les niveaux moyens d’irradiations maternelles et fœtales estimés étaient respectivement de 48 Gy (12 à 70) et de 91 mGy (0 à 1690).

 
Jusqu’ici, la grossesse, en particulier à un stade avancé, était traditionnellement considérée comme une contre-indication à la radiothérapie -- Dr Fedro Alessandro Peccatori
 

Il s’agit de la première étude de ce type sur le long terme et elle montre que les fonctions cardiaques sont normales et que le développement neuropsychosocial et comportemental et l’état de santé général sont dans les normes.

Seul un des enfants avait un retard cognitif important mais il avait reçu des doses relativement peu importantes (34 mGy) et d’autres complications obstétricales pouvaient expliquer ce retard. La mère était atteinte d’un lymphome primitif du système nerveux central agressif et son état général était altéré (somnolence maternelle, hémiplégie et alimentation parentérale). L’enfant est né prématurément.

Globalement, aucune relation linéaire entre les doses d’irradiation fœtales et le développement cognitif n’a été observée.

Cependant, là encore, des études de plus grandes tailles seront nécessaires pour confirmer ces données.

« Jusqu’ici, la grossesse, en particulier à un stade avancé, était traditionnellement considérée comme une contre-indication à la radiothérapie. Les nouvelles techniques de radiothérapie et les simulations plus sophistiquées de la dose fœtale reçue pourraient changer ce scénario. Cependant, il faut rester prudent, en particulier au troisième trimestre de grossesse », a commenté le Dr Fedro Alessandro Peccatori (Service de gynécologie oncologie à l’Institut Européen d’Oncologie), non impliqué dans l’étude.

Les auteurs n’ont pas de liens d’intérêt en rapport avec le sujet.

 

REFERENCES :

1. Amant F. Et coll. Cancer during pregnancy: a case-control analysis of mental development and cardiac functioning of 38 children prenatally exposed to chimiotherapy. 267PD_PR. Esmo 2014

2. Amant F. Et coll. Long-term neuropsychological and cardiac follow-up of children and adults who were antenatal exposed to radiotherapy. 49LBA_PR. Esmo 2014.

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