Influence du microbiote intestinal sur le risque de cancer du sein

Adelaïde Robert-Géraudel

Auteurs et déclarations

2 octobre 2014

Little Rock, Etats-Unis – Chez les femmes ménopausées, le microbiote pourrait influencer le risque de cancer du sein en modulant la dégradation intestinale des oestrogènes. Des résultats américains publiés dans le Journal of Clinical Endocrinology and Metabolism, montrent ainsi qu’un microbiote diversifié libère des métabolites à demi-vie plus courte et à activité oestrogénique réduite, en principes associés à un risque moindre [1].

« La composition et la diversité du microbiote intestinal est associée à un profil du métabolisme oestrogénique lui-même prédictif du risque de cancer du sein chez les femmes ménopausées », écrit l’équipe du Dr Barbara J. Fuhrman (Université de l’Arkansas, Littel Rock, Etats-Unis).

Un profil de risque associé au catabolisme oestrogénique
Le catabolisme des oestrogènes circulants influencerait le risque de cancer du sein via les métabolites, dont une part est réabsorbée dans le tube digestif.
Les oestrogènes passent dans le sang sous une forme conjuguée, sulfates ou glucuronides. Ils peuvent alors être éliminés par les reins ou excrétés dans la bile.
Ceux qui sont excrétés dans la bile passent dans l’intestin distal, où ils peuvent être déconjugués par la flore puis réabsorbés par la muqueuse, pour in fine participer à un recyclage entérohépatique.
Selon la composition de cette flore, et son activité de déconjuguaison, cette réabsorbtion va donc se solder par la remise en circulation de métabolites qui n’ont pas tous la même demi-vie, ni la même activité oestrogénique.
Le risque tumoral diminue lorsque le rapport entre les métabolites issus d’une hydroxylation en C2 ou C4 et les oestrogènes circulants augmente, ou lorsque le catabolisme est orienté vers une hydroxylation en C2 plutôt qu’en C16.

 

L’étude porte sur 60 femmes ménopausées, âgées de 55 à 69 ans, qui ne présentaient pas d’antécédent de cancer ou de maladie gastro-intestinale. Elles ne prenaient par ailleurs pas d’antibiotique, ni de THS.

Les rapports entre oestrogènes excrétés sous forme native et sous forme des différents métabolites, et les rapports de ces métabolites entre eux, ont été évalués dans des échantillons d’urine.

Quant au microbiote intestinal de ces femmes, il a été analysé dans des prélèvements fécaux.

On note que l’analyse s’est basée sur le polymorphisme du gène codant l’ARNr 16S et non sur des séquençages de génomes entiers, ce qui limite naturellement la représentation de la diversité bactérienne.

Quatre indices ont été utilisés pour chiffrer cette diversité : le nombre d’unités taxonomiques opérationnelles, l’indice de diversité de Shannon, l’indice de Simpson et la diversité phylogénétique.

L’un de ces quatre indices, la diversité phylogénétique, est apparu associé de manière statistiquement significative au rapport métabolites/œstrogène urinaire (p=0,004) ou au rapport métabolites de la voie d’hydroxylation 2/métabolites issus de la voie 16 (p=0,05). Ces deux variables augmentent avec les quintiles de diversité phylogénétique.

Un rapport [métabolites hydroxylés en 2 ou 4/oestrogène urinaire] élevé étant associé à un moindre risque de cancer du sein, ces résultats suggèrent que les femmes dont le microbiote est le plus diversifié – au moins en ce qui concerne le polymorphisme de l’ARNr16S – ont un profil de risque de cancer du sein plus favorable.

 

Des familles bactériennes plus protectrices que d’autres
En l’absence de tests fonctionnels, il est naturellement difficile de caractériser les espèces microbiennes en cause dans les différents profils du catabolisme oestrogénique.
Les auteurs signalent néanmoins que le rapport métabolites /œstrogènes urinaires est positivement associé à l’abondance relative des embranchements autres que Firmicutes et Bacteroidetes (p=0,04).
Ce rapport était également positivement associé à l’abondance d’espèces de la classe des Clostridia, de l’ordre des Clostridiales et de la famille des Ruminococcaceae, et négativement associé à l’abondance des espèces du genre Bacteroides.

 

Les auteurs déclarent n’avoir aucun conflit d’intérêt en rapport avec le sujet.

 

REFERENCE :

1. Fuhrman BJ, Feigelson HS, Flores R et coll. Associations of the fecal microbiome with urinary estrogens and estrogen metabolites in postmenopausal women. J Clin Endocrinol Metab. 2014 Sep 11:jc20142222.

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