Manque de sommeil des ados : pourquoi et que faire ?

Stéphanie Lavaud

Auteurs et déclarations

29 août 2014

Washington, Etats-Unis – Laissez-les dormir ! Ainsi pourrait-on résumer les dernières recommandations de l’Académie Américaine de Pédiatrie (American Academy of Pediatrics, AAP) sur le sommeil des adolescents. Ce groupe d’experts exhortent en effet les collèges et les lycées à ne pas faire démarrer les cours avant 8h30 – ce qui est monnaie courante aux Etats-Unis –, de façon à mieux respecter les rythmes biologiques des jeunes. Il s’agit, selon eux d’une véritable mesure de santé publique, qui pourrait, de façon simple et peu coûteuse, lutter contre les effets délétères du manque de sommeil. Plusieurs études ont en effet démontré que les adolescents qui ne dormaient pas assez avaient des problèmes de santé mentaux et physiques, risquaient plus que les autres d'avoir un accident de voiture et avaient de moins bons résultats scolaires. Gageons que l’argument va plaire aux ados [1] !

Coucher tardifs des ados : la faute aux nouvelles technos…

Les pédiatres américains viennent d’émettre des directives officielles sur l’horaire de démarrage des cours des adolescents. Et c’est une première. Cette recommandation s’appuie sur l’analyse de la littérature scientifique qui met en évidence que le manque de sommeil des adolescents a des conséquences non négligeables sur la santé des jeunes : dépression, obésité, risque augmenté d’obésité et d’accidents de voiture (aux Etats-Unis, le permis de conduire s’obtient dès l’âge de 16 ans). Elle tient compte aussi du fait que de nombreuses études ont montré une importante et chronique privation de sommeil chez les adolescents américains. Selon une enquête de la National Sleep Foundation, 59% des collégiens et 87% des lycéens auraient une durée de sommeil inférieure aux 8,5 à 9,5 heures recommandées en période scolaire.

Les raisons sont pour lesquelles les adolescents manquent de sommeil sont nombreuses (devoirs scolaires, activités extrascolaires, les « petits boulots » d’après-cours). S’y ajoute le développement des technologies de l’information de la communication (TIC) qui a donné aux jeunes de nouvelles raisons de se coucher tard. Regarder des films sur ordinateur, tchatter, envoyer des SMS, faire des jeux en ligne, écouter de la musique…toutes ces activités stimulantes et addictives (consommées parfois à l’insu des parents) font une rude concurrence au sommeil. Une étude américaine a montré que 21h passé, 34% des adolescents continuaient à envoyer des SMS, 44% parlaient au téléphone, 55% étaient en ligne, 24% jouaient aux jeux vidéo [4]. Dans une autre étude, 62% des jeunes belges de l’échantillon usaient de leur téléphone une fois les lumières éteintes, ce qui était associé à une plus grande fatigue pendant la journée [5].

D’autres mécanismes d’éveil liés aux divers outils électroniques et audiovisuels ont été évoqués : la lumière bleutée émise par les écrans serait susceptible d’inhiber la sécrétion de mélatonine, créant des difficultés à s’endormir à des heures raisonnables. Enfin toutes les stimulations émotionnelles et physiques, de même que l’agitation intellectuelle, créées par ces médias, et notamment les jeux vidéos, seraient incompatibles avec l’endormissement, indépendamment même de l’éveil lié à l’éclairage de l’écran [2].

…et aux rythmes biologiques

Si les nouvelles technologies sont à l'origine d'une nouvelle motivation à rester éveillés, elles n’expliquent pas tout. Le coucher plus tardif des adolescents par rapport à un plus jeune âge a aussi des fondements neurobiologiques. Deux phénomènes interviennent : « Au moment de la puberté, il se produit un décalage de phase par rapport à la période de l’enfance. L’endormissement et le réveil sont décalés d’environ 2 heures. En cause : un décalage de la sécrétion de mélatonine avec, en parallèle, un passage d’un rythme circadien plutôt « matin » à un mode plutôt « soirée », qui se traduit par des difficultés à s’endormir tôt.

Le deuxième facteur biologique est une altération de l’ « inducteur de sommeil » (sleep drive) tout au long de l’adolescence, d’où des difficultés à l’endormissement » rapportent les spécialistes [3]. Pourtant, dans le même temps, plusieurs études ont montré que les besoins en sommeil n’étaient pas modifiés au cours de l’adolescence, et se maintenaient autour de 8,5h à 9,5h par nuit. « D’un point de vue pratique, en considérant que les adolescents ont du mal à s’endormir avant 23h00, l’idéal est qu’ils se réveillent à 8h00 le matin, voire un peu plus tard » conclut le Dr Judith Owens qui a présidé le rapport [2,3].

Informer sur l’importance du sommeil

L’APP rapporte enfin un certain nombre d’expérimentations ayant montré que retarder l’heure de démarrage des cours, parfois seulement d’une heure, entraine des améliorations notables (moins de sentiments de dépression, moins de fatigue, moins de retard, plus d’attention en cours et de meilleurs résultats scolaires). Elle cite aussi des études qui montrent un bénéfice sur le taux d’accidents de voiture des adolescents aux Etats-Unis.

S’appuyant sur l’ensemble de ces données, les pédiatres américains veulent encourager l’information sur de saines habitudes concernant le sommeil à destination des adolescents et parents, quitte même à instaurer un « couvre-feu » sur les objets connectés. De la même façon, les professionnels de santé, les professeurs, les éducateurs sportifs devraient connaitre les facteurs qui contribuent au défaut de sommeil. Enfin, les experts de l’AAP rappellent que si la grasse matinée du week-end ou le café peuvent ponctuellement contrer le manque de sommeil, ces moyens ne se substituent pas à un sommeil régulier, ni ne permettent un état d’alerte optimal.

 

Et les ados français ?

Contrairement aux Etats-Unis où environ 40% des lycées publics et la majorité des collèges font démarrer les étudiants avant 8h00 le matin, (parfois même à 7h45 ou encore plus tôt), la France, pays latin, n’impose pas un lever si matinal aux adolescents et les cours commencent généralement à 8h30. Ce qui n’empêche pas les jeunes français de connaitre eux aussi des déficits de sommeil. Près de 30 % des 15-19 ans sont en dette de sommeil et à 15 ans, 25 % des adolescents dorment moins de sept heures par nuit, selon les deux dernières enquêtes de l’Inpes [6].

Pouvant difficilement préconiser un démarrage scolaire plus tardif, les auteurs du Baromètre santé jeunes 2010 de l’Inpes optent pour des actions de prévention et d’éducation de santé auprès des jeunes en donnant des limites claires quant à l’heure de coucher à ne pas dépasser.

Fixer, avec diplomatie, une heure de déconnexion de l’ordinateur est une première étape.

Bien sûr, si les problèmes de sommeil s’avèrent importants ou trop difficiles à résoudre et que l’ado retarde l’heure du coucher par anxiété, et a du mal à s’endormir, il faut en chercher l’origine avec lui et le cas échéant de consulter un spécialiste.

 

REFERENCES :

  1. American Academy of Pediatrics. Let Them Sleep: AAP Recommends Delaying Start Times of Middle and High Schools to Combat Teen Sleep Deprivation – Communiqué de presse du 25 août 2014.

  2. Judith Owens, ADOLESCENT SLEEP WORKING GROUP and COMMITTEE ON ADOLESCENCE. Insufficient Sleep in Adolescents and Young Adults: An Update on Causes and Consequences. Pediatrics; published online August 25, 2014 .

  3. ADOLESCENT SLEEP WORKING GROUP, COMMITTEE ON ADOLESCENCE, AND COUNCIL ON SCHOOL HEALTH. School Start Times for Adolescents. Pediatrics doi:10.1542/peds.2014-1697

  4. Calamaro CJ, Mason TB, Ratcliffe SJ. Adolescents living the 24/7 lifestyle: effects of caffeine and technology on sleep duration and daytime functioning. Pediatrics. 2009;123(6). Available at: www.pediatrics.org/cgi/content/full/123/6/e1005.

  5. Van den Bulck J. Adolescent use of mobile phones for calling and for sending text messages after lights out: results from a prospective cohort study with a one-year follow-up. Sleep. 2007;30(9):1220–1223

  6. Inpes. Les adolescents se couchent trop tard…24/10/2013

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