Les antipsychotiques à l’origine d’insuffisance rénale

Stéphanie Lavaud

Auteurs et déclarations

27 août 2014

Toronto, Canada – Le Dr Amit Garg (néphrologue et épidémiologiste, Toronto) et ses collègues viennent de montrer dans une vaste étude de cohorte rétrospective que les sujets âgés, chez lesquels a été initié un traitement par antipsychotique atypique (quetiapine, risperidone ou olanzapine), présentent un risque quasiment doublé d’hospitalisation pour insuffisance rénale dans les 90 jours qui suivent, et un risque accru de survenue d’effets secondaires (hypotension, rétention urinaire aiguë, arythmie ventriculaire..) [1]. Ce qui doit inciter les prescripteurs à la prudence.

Des effets secondaires connus mais non quantifiés

Les antipsychotiques sont des antagonistes des récepteurs alpha-adrénergiques, muscariniques, sérotoninergiques et dopaminergiques et sont donc, à ce titre, susceptibles d’être à l’origine d’effets secondaires [2]. La survenue d’insuffisance rénale a déjà été déjà décrite dans plusieurs publications. En 2005, la FDA a d’ailleurs fait inscrire un avertissement « black-box » dans les RCP sur la base de 17 études randomisées, contrôlées contre placebo, montrant un risque accru de décès 1,6 à 1,7 fois plus élevé chez les sujets les plus âgés qui prennent ce type de médicaments versus ceux qui n’en prennent pas.

Or, des millions de personnes prennent des antipsychotiques de par le monde. « Ils sont fréquemment prescrits pour contrer les symptômes comportementaux de la démence, une indication dans laquelle ils ne sont pas indiqués, ce qui n’est pas sans poser des problèmes de sécurité » précisent les auteurs. Pour autant, aucune étude clinique ou épidémiologique n’avait encore quantifié le risque de survenue d’effets indésirables, et en particulier, celui d’insuffisance rénale.

Près de 200 000 dossiers médicaux inclus

Le Dr Amit Garg et son équipe ont étudié les dossiers médicaux de près de 200 000 personnes âgés de 65 ans et plus vivant en Ontario. Ils ont appariés 97 777 seniors recevant un antipsychotique (en ambulatoire) à 97 777 seniors n’en recevant pas sur la base de caractéristiques de sexe, d’âge, de statut résidentiel et de co-morbidités identiques.

Etaient exclus : toutes les personnes ayant reçu un antipsychotique dans les 180 jours précédant la date index « d’entrée » dans l’étude, les personnes qui prenaient plus d’un antipsychotique et toutes celles présentant des signes d’une insuffisance rénale à un stade avancé.

L’âge moyen des participants était de 80,7 ans, 23,8% vivait en établissement de soins de longue durée et un diagnostic de démence avait été posé chez 53,8% d’entre eux.

La rispéridone (Risperdal®) était le plus prescrit des antipsychotiques (45,7%), suivi par la quetiapine (35,3% était sous Seroquel®) et 19% sous olanzapine (Zyprexa®). Quand l’information était disponible, les prescriptions émanaient essentiellement des médecins de famille (82,2%), puis des psychiatres (6,8%) et, dans une faible proportion, des gériatres (4,7%).

Risque plus élevé d’insuffisance rénale

Le résultat marquant de l’étude, c’est que les patients à qui l’on a prescrit un antipsychotique atypique ont un risque significativement plus élevé d’être hospitalisés pour insuffisance rénale dans les 90 jours qui suivent l’initiation de la prescription – critère principal - par rapport à ceux qui ne prenaient pas ces médicaments (RR, : 1,73; IC à 95% : 1,55 - 1,92). De plus, une analyse d’une sous-population chez qui on disposait des taux de créatinine sérique, a montré là-encore une forte association entre la prise d’antipsychotique et une hospitalisation pour insuffisance rénale (RR : 1,70; IC à 95% : 1,22 – 2,38).

En ce qui concerne les autres effets secondaires – critère secondaire de l’étude -, la prise de l’un de ces antipsychotiques était liée à une hospitalisation pour cause de rétention urinaire aiguë (RR : 1,98; IC à 95% :1,63 - 2,40), d’hypotension (RR : 1,91; IC à 95% : 1,60 - 2,28), de pneumonie (RR, 1.50; 95% CI, 1,39 – 1,62), d’arythmie ventriculaire (RR : 1,47; IC à 95% : 1,18 - 1,82), et d’infarctus du myocarde (RR : 1,36; IC à 95% : 1,20 – 1,53).

Leur utilisation était aussi significativement liée à un risque accru de décès tout cause dans les 90 jours suivant l’initiation du traitement (RR : 2,39; IC à 95% : 2,28 - 2,50; 6.8% vs 3,1%).

Enfin, les auteurs signalent que ni la dose, ni le type d’antipsychotique, n’a influencé ces résultats. De la même façon, la présence d’une insuffisance rénale préalable ne modifie en rien l’association observée. L’augmentation absolue de l’incidence de l’insuffisance rénale associée à la prise d’un antipsychotique était plus importante chez les personnes ayant déjà une pathologie rénale (augmentation du risque absolu de 1,28%, IC : 0,72 – 1,84%) par rapport aux sujets sans insuffisance rénale à l’ « inclusion » dans l’étude (augmentation du risque absolu de 0,34%, IC : 0,26 – 0,41%).

Appel à la prudence

Pour les auteurs, les résultats de cette étude appellent à une prudente réévaluation de la prescription des antipsychotiques atypiques chez les plus âgés, surtout lorsqu’ils ont été prescrits pour contrer les symptômes de la démence, une indication non approuvée pour ces médicaments. « Ces molécules ne devraient être utilisées qu’après échec de toutes les autres approches, et les patients devraient être avertis des effets secondaires potentiels, considèrent les auteurs. Une surveillance clinique rapprochée d’un certain nombre de paramètres (pression artérielle, créatinine sérique, échographie vésicale), peu de temps après initiation du traitement, semble raisonnable. Quand les patients présentent une insuffisance rénale, les antipsychotiques doivent être considérés comme une cause potentielle et stoppés rapidement. »

En outre, le risque d’insuffisance rénale pourrait avoir été sous-estimé, en raison d’une codification hospitalière imparfaite de la pathologie et du fait que seules les anomalies rénales ayant conduit à une hospitalisation ont été prises en compte dans l’étude, soulignent les auteurs. Enfin, l’appel à la méfiance pourrait bien s’étendre à d’autres antipsychotiques comme l’aripiprazole, la ziprasidone, la paliperidone, voire à toute la classe des antipsychotiques atypiques.

REFERENCES :

  1. Hwang YJ, Dixon SN, Reiss JP et al. Atypical Antipsychotic Drugs and the Risk for Acute Kidney Injury and Other Adverse Outcomes in Older Adults: A Population-Based Cohort Study. Ann Intern Med. 2014;161(4):242-248. doi:10.7326/M13-2796.

  1. Jin H, MD; Shih PB; Golshan S et al, Comparison of Longer-Term Safety and Effectiveness of 4 Atypical Antipsychotics in Patients Over Age 40 : A Trial Using Equipoise-Stratified Randomization. J Clin Psychiatry 2013;74(1):10-18.

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