Risque de décès cardiaque légèrement accru sous clarithromycine

Vincent Bargoin

Auteurs et déclarations

25 août 2014

Copenhague, Danemark – Le risque rythmique associé à l’azithromycine, (Zythromax® et génériques) un macrolide, ainsi qu’à la lévofloxacine, une fluoroquinolone, est aujourd’hui bien démontré. Autre macrolide, la clarithromycine (Zeclar® et génériques) semble elle aussi associée à un sur-risque significatif de décès cardiaque, selon une étude rétrospective danoise qui, en revanche, innocente la roxithromycine (Rulid® et génériques) [1].

Grâce aux registres civils et sanitaires danois, qui couvrent l’ensemble de la population, l’analyse a pu être menée de manière exhaustive, sur l’ensemble des personnes âgées de 40 à 74 ans, ayant résidé au moins 2 ans au Danemark, et traitées durant 7 jours par clarithromycine, roxithromycine ou pénicilline entre 1997 et 2011. Seules ont été exclues de l’analyse, les personnes ayant été hospitalisées ou ayant reçues une autre antibiothérapie dans les 30 jours précédant la prescription de l’un des trois antibiotiques d’intérêt.

Dans une population source de plus de 3 millions de personnes, l’analyse porte sur 160 297 cures par clarithromycine, 588 988 cures par roxithromycine, et 4 355 309 cures par pénicilline.

Par ailleurs, 285 décès cardiaques ont été observés sous traitement.

Parmi les utilisateurs de pénicilline, la mortalité se monte à 2,5 pour 1000 personne.années. De même parmi les utilisateurs de roxithromycine. Parmi les utilisateurs de clarithromycine, cette incidence grimpe à 5,3 pour 1000 personne.années.

Sur-risque significatif pour la clarithromycine, pas pour la roxithromycine

Les risques relatifs ont été calculés après ajustements par scores de propensité, basés sur les paramètres suivants : âge, sexe, lieu de naissance (Danemark, Europe, hors Europe), année calendaire entre 1997 et 2011, saison, histoire médicale (antécédents cardiovasculaires (y inclus chirurgie), cérébrovasculaires, rénaux, respiratoires, psychiatriques), prescriptions médicamenteuses (type et quantité), hospitalisations dans les 6 mois précédents.

On note l’absence, dans cette liste, de l’IMC et du tabagisme. Dans la discussion de leurs résultats, les auteurs relèvent cette faiblesse de leur étude. Ils estiment toutefois que « le fait qu’aucune différence significative ne soit observée [entre groupes] pour les autres causes de mortalité, devrait limiter les inquiétudes quant à la possibilité que des différences dans le statut sanitaire initial puisse expliquer l’association observée ».

Dans ces conditions d’ajustement, donc, le risque relatif de décès cardiaque se monte à 1,76 (IC95%[1,08-2,85] sous clarithromycine, et à 1,04 ([0,72-1,51]) sous roxithromycine par rapport au risque observé sous pénicilline.

Par ailleurs, le sur-risque observé sous clarithromycine semble plus élevé chez les femmes, puisqu’il se monte à 2,83 ([1,50-5,36]), contre 1,09 ([0,51-2,35]) chez les hommes.

Par rapport à la pénicilline, les auteurs calculent une différence de 37 décès cardiaque ([4-90]) par millions de traitements par clarythomycine par rapport à la pénicilline.

Un risque absolu faible, mais non négligeable à l’échelle des populations

« D’un côté, ce risque absolu est faible » notent les auteurs. La notion d’un sur-risque n’aura donc « probablement qu’un effet limité sur la pratique chez les patients considérés individuellement (à l’exception des patients qui présentent de forts facteurs de risque d’arythmie médicamenteuses) ».

« D’un autre côté, la clarithromycine est l’un des antibiotiques les plus utilisés dans de nombreux pays, et des millions de personnes se voient prescrire ce traitement chaque année. Par conséquent, le nombre de décès cardiaques potentiellement évitables pourrait ne pas être négligeable ».

« Ces facteurs demandent à être pris en considération dans l’évaluation du rapport bénéfice/risque des macrolides (et spécifiquement de la clarithromycine), un champ de travail important pour les agences de régulations sanitaires ».

Toutefois, « avant que ces résultats ne soient utilisés comme critères dans des décisions cliniques, une confirmation dans d’autres populations est une priorité urgente, compte tenu de la large utilisations des macrolides », concluent les auteurs.

 

L’étude n’a pas reçu de financement spécifique.

Les auteurs déclarent n’avoir aucun conflit d’intérêt en rapport avec le sujet.

 

REFERENCE :

  1. Svanström H, Pasternak B, Hviid A. Use of clarithromycin and roxithromycin and risk of cardiac death: cohort study. BMJ 2014;349:g4930 doi: 10.1136/bmj.g4930.

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