Activité sportive en post-infarctus : un seuil à ne pas franchir

Vincent Richeux, avec Steve Stiles

Auteurs et déclarations

22 août 2014

Berkeley, Etats-Unis – Si la pratique régulière d’une activité physique après un infarctus du myocarde (IDM) permet de réduire la mortalité, proportionnellement à l’intensité exercée, il existe un seuil à partir duquel l’effort physique devient délétère, suggère une étude américaine [1]. Selon les auteurs, la course à pied est bénéfique, mais pas sur plus 50 kilomètres par semaine, ce qui laisse tout de même une marge suffisante pour profiter de ses bienfaits.

« L’exercice physique adapté a des effets bénéfiques à la fois en prévention primaire et secondaire [des maladies cardio-vasculaires]. Tout gain de capacité fonctionnelle de 1 MET (3,5ml/mn/kg d’oxygène) s’accompagne d’une diminution de la mortalité de près de 15% », rappelle la Société Française de Cardiologie (SFC) dans ses recommandations.

Pour évaluer les effets sur le long terme d’une activité sportive en prévention secondaire des maladies cardiovasculaires, le Dr Paul Williams et son équipe (Lawrence Berkeley National Laboratory, Berkeley, Etats-Unis), ont entrepris d’analyser les données de deux études portant sur la pratique de la course à pied et de la marche rapide : la National Runners’ Health Study et la National Walkers’ Health Study.

Près de dix ans de suivi

Au total, les chercheurs ont identifié 2 377 participants ayant une pratique sportive régulière après avoir été victime d’un IDM. A la fin de la période de suivi, qui s’est déroulée sur dix ans en moyenne, 522 décès ont été recensés. Plus des deux tiers (71,5%) étaient liés à une maladie cardiovasculaire.

L’analyse des données a permis d’évaluer la répercussion de l’activité physique sur la mortalité selon le niveau d’intensité adopté par les patients. Ceux-ci ont été classés en sous-groupes, allant de la plus faible intensité (moins de 1,07 MET/ heure/jour) à la plus élevée (plus de 7,2 MET /heure/jour).

L’unité MET/heure/jour peut être assimilée à l’énergie nécessaire pour parcourir un nombre similaire de kilomètre en une journée. Pour pouvoir effectuer une comparaison, le sous-groupe ayant l’activité la plus faible a été utilisé comme référence.

Les résultats montrent qu’il y a bien une baisse de la mortalité, qui s’avère en outre proportionnelle à l’intensité de l’exercice pratiqué. Les patients ayant une activité physique moyenne comprise entre 1,1 à 1,8 MET/h/jour présentent déjà un risque de mortalité cardiovasculaire réduit de 22% par rapport au groupe de référence.

La baisse de la mortalité se poursuit ensuite d’un groupe à l’autre, au fur et à mesure que l’intensité de l’exercice augmente, passant de -24% (1,8 à 3,6 MET/h/jour) à -50% (3,6 à 5,4 MET/h/jour), pour atteindre -63% (5,4 à 7,2 MET/h/jour).

+12% de mortalité au-delà de 7 km/jour de course ou de marche rapide

A partir de 7,2 MET/h/jour, soit une distance moyenne de plus de 7 kilomètres parcourus quotidiennement, l’effet s’inverse brutalement. Au-delà de cette intensité, qui ne concernait que 6% des patients, la pratique de la course à pied ou de la marche rapide est associée à une mortalité cardiovasculaire accrue de 12%.

« Cette étude apporte, pour la première fois chez l’homme, des données montrant que la pratique d’une activité sportive à un niveau très intense est associée à une hausse significative du risque cardiovasculaire », soulignent les auteurs.

Mais, « cette analyse montre aussi que l’exercice physique pratiqué au-delà des recommandations prévues en post-infarctus réduit encore davantage les risques », ajoutent-ils. Les recommandations pour ces patients se situent en effet entre 1,07 et 1,8 MET/h/jour.

Pour sa part, la SFC conseille d’ « encourager la pratique d’une activité physique de loisir programmée en endurance » chez le patient sédentaire, « équivalente à 30 minutes de marche par jour », en intensité modérée. Pour les plus sportifs, une évaluation, notamment des facteurs de risques, est à effectuer avant de choisir le niveau d’intensité.

Pas plus de 5 heures par semaine

Au-delà d’une limite, qui pourrait correspondre à « une distance hebdomadaire de 50 km parcourus en courant ou de 75 km en marchant rapidement », il y a une hausse significative du risque de mortalité cardiovasculaire, affirment les auteurs.

Dans un éditorial accompagnant la publication [2], le Dr James O’Keefe (Saint Luke’s Mid America Heart Institute,Kansas City, Etats-Unis) et ses collègues évoquent pour leur part les risques d’arythmie, de fibrose myocardique, de thrombose coronaire et même de mort subite associés à la pratique intensive d’une activité physique.

« Dans l’ensemble, les données suggèrent que la pratique modérée d’exercices physiques est suffisante pour obtenir un bénéfice », écrivent-ils. Le seuil d’activité étant difficile à définir, « il convient d’opter pour la modération, à la fois dans l’intensité, la fréquence et la durée de l’exercice ».

« Plusieurs études ont suggéré que la dose cumulée d’exercices de forte intensité ne doit pas s’étaler sur plus de cinq heures par semaine pour avoir un bénéfice optimal sur le long terme au niveau cardiovasculaire ».

Selon les auteurs de l’étude, l’identification des profils à risque devra faire l’objet d’études complémentaires. Ils espèrent pouvoir déterminer des marqueurs pour aider à prescrire l’activité sportive la plus adaptée en prévention des accidents cardiovasculaires.

Les auteurs n’ont pas rapporté de conflits d’intérêt.

Ce sujet a fait l'objet d'une publication dans Medscape.com

 

REFERENCES :

  1. Williams P, Thompson P, Increased cardiovascular disease mortality associated with excessive exercice in heart attack survivors, Mayo Clinic Proceedings, Publication en ligne du 12 août 2014.

  1. O’Keefe JH, Franklin B, Lavie CJ. Exercising for Health and Longevity vs Peak Performance: Different Regimens for Different Goals, Mayo Clinic Proceedings, Publication en ligne du 12 août 2014.

Commenter

3090D553-9492-4563-8681-AD288FA52ACE
Les commentaires peuvent être sujets à modération. Veuillez consulter les Conditions d'utilisation du forum.

Traitement....