Les antipsychotiques font la preuve de leur efficacité «pénale»

Vincent Bargoin

Auteurs et déclarations

19 août 2014

Oxford, Royaume-Uni – L’association parait triviale, mais encore fallait-il la prouver, et la chiffrer. Une étude anglo-suédoise, menée dans des registres suédois, et portant sur plus de 80 000 sujets qui, à un moment ou à un autre, ont reçu un antipsychotique ou un stabilisateur de l’humeur, montre que le risque de commettre un crime violent est beaucoup plus élevé lorsque le sujet n’est pas sous traitement. Ce résultat est publié dans le Lancet [1].

Le traitement réduit le risque de passage à l’acte violent

On connait l’efficacité des antipsychotiques sur le plan médical. Sur le plan pénal en revanche, même s’il est évident que la prévention du passage à l’acte va notamment éviter des violences à autrui, on manque de chiffres.

« Les revues systématiques des résultats de essais ont montré que les antipsychotiques et les stabilisateurs de l’humeur ont des effets bénéfiques sur les taux de rechute et de réadmission dans la schizophrénie, les troubles bipolaires, la dépression résistante, et les personnalités borderline », écrivent les auteurs. « Toutefois, les données sur les effets de la pharmacothérapie sur d’autres enjeux, notamment les comportements violents, sont extrêmement limitées ».

La question a été abordée en croisant les données de différents registres suédois colligeant les prescriptions d’antipsychotiques et/ou de stabilisateurs de l’humeur (acide valproïque, valproate de sodium, lamotrigine, carbamazépine, oxcarbamazépine, lithium), les diagnostics psychiatriques, et les jugements pénaux.

L’analyse porte sur 82 647 patients psychiatriques (41 710 patientes) qui se sont vus prescrire un traitement par antipsychotique et/ou stabilisateur de l’humeur entre 2006 et 2009. Le risque de crime violent (homicide, agression, incendie criminel, agression sexuelle, menaces ou intimidations) a été comparé, pour chaque patient, pendant et en dehors des périodes de traitement.

Sur la période considérée, 2657 hommes (6,5%) ont été reconnus coupables de 4166 crimes violents, et 604 femmes (1,4%), de 782 crimes violents.

Par rapport au risque hors traitement, le risque chute de 45% sous antipsychotique (RR=0,55 ; IC95%[0,47-0,64]), et de 24% sous stabilisateur de l’humeur (RR=0,76 ; [0,62-0,93]).

S’agissant des antipsychotiques, on relève deux aspects. Premièrement, il semble exister une relation dose-effet entre la posologie et la prévention des violences. Deuxièmement, avec les formes injectables, à action prolongée, « des réductions notables ont également été enregistrées », soulignent les auteurs (RR=0,60 après ajustement pour les traitements oraux ; [0,39-0,92]).

On note par ailleurs que la clozapine, considérée séparément vu le faible nombre de patients traités (2178), était également associée à une réduction des crimes violents, mais de manière non significative du fait de ce faible effectif.

L’adjonction d’un antipsychotique à un stabilisateur de l’humeur renforce l’effet préventif du traitement, mais pas l’adjonction d’un stabilisateur de l’humeur à un antipsychotique.

Enfin, en analyse par sexe et par sous-groupes de diagnostics, les antipsychotiques réduisent significativement les crimes violents aussi bien chez les hommes que chez les femmes, que le diagnostic soit celui de schizophrénie, de troubles bipolaires ou d’une autre psychose. Les stabilisateurs de l’humeur, eux, ne se montrent efficaces que chez les hommes bipolaires.

« Outre la prévention des rechutes et le soulagement des symptômes psychiatriques, le bénéfice des antipsychotiques et des stabilisateurs de l’humeur pourrait aussi inclure des réductions dans les taux de crimes violents », concluent les auteurs, qui ajoutent que « les effets potentiels de ces traitements sur la violence devraient être pris en compte lorsque les options thérapeutiques sont envisagées pour des patients psychiatriques ».

The study was funded by the Wellcome Trust, the Swedish Prison and Probation Service, the Swedish Research Council, and the Swedish Research Council for Health, Working Life and Welfare. The authors and Dr. Hodgins report no relevant financial relationships.

REFERENCE :

  1. Fazel S, Zetterqvist J, Larsson H et coll. Antipsychotics, mood stabilisers, and risk of violent crime . Lancet 2014 ; doi:10.1016/S0140-6736(14)60379-2.

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