Etude ERSPC : le dosage du PSA sauve des vies mais ne peut être généralisé

Stéphanie Lavaud

Auteurs et déclarations

7 août 2014

Londres, Royaume-Uni – L’extension à 13 ans de suivi de l’European Randomised study of Screening for Prostate Cancer (ERSPC) montre que le dépistage du cancer de la prostate en utilisant le dosage du PSA sauve des vies. La réduction du taux de mortalité est de 21 % dans le groupe dépisté versus groupe contrôle [1]. Très prudents, les auteurs ne recommandent cependant pas sa généralisation mais préconisent plutôt un dépistage individuel chez les hommes qui le souhaitent, accompagné d’une information claire sur les bénéfices et les risques de la démarche.

781 hommes invités à se faire dépister pour un décès évité

La grande étude européenne ERSPC destinée à évaluer l’intérêt du dépistage du cancer de la prostate sur la mortalité vient de franchir une nouvelle étape, celle des 13 années de suivi. Démarrée en 1993, elle a recruté des hommes âgés de 50 à 74 ans issus de 8 pays (Belgique, Espagne, Finlande, France, Italie, Pays-Bas, Suède et Suisse), dispatchés en deux groupes : l’un bénéficiait d’un dosage du PSA tous les 4 ans (2 en Suède), l’autre n’en avait pas (groupe contrôle). Les hommes se voyaient prescrire une biopsie en cas de PSA supérieur à 3,0 ng/ml.

Au bout de 13 années de suivi, 7408 cas de cancer de la prostate ont été diagnostiqués dans le groupe avec dépistage (sur 72 891 hommes au total) et 6107 dans le groupe contrôle (sur 89 352 hommes au total). En analyse première, les deux années de suivi supplémentaires ne font pas apparaître d’amélioration supplémentaire en termes de réduction de décès par cancer de la prostate, qui s’établit à 21 % (RR : 0,79, IC95% : 0,69–0,91) versus 22 % à 11 ans (0,78, 0,66–0,91). Après ajustement (tenant compte de la non-participation au dépistage dans le groupe avec intervention), le risque relatif de réduction des décès était 0,73 (p<0,0007) après 13 ans de suivi.

La mortalité était, par ailleurs, toujours plus basse dans les groupes avec intervention par rapport au groupe contrôle.

Si le bénéfice relatif est acquis dès 11 ans de suivi, le bénéfice absolu est, lui, augmenté par ces deux années supplémentaires. Ainsi, le nombre d’hommes invités à procéder à un dépistage pour prévenir un décès par cancer de la prostate chute de 1410 après 9 ans de suivi à 781 pour 13 ans. Le nombre d’hommes à diagnostiquer et à traiter pour prévenir ce même décès passe, lui, de 48 à 27. A noter : le risque de cancer avancé de la prostate est également moindre dans le groupe dépistage.

Préférer une information individualisée à un dépistage généralisé

Faut-il pour autant, au vu du bénéfice observé, généraliser ce dépistage à l’ensemble de la population masculine dans la tranche d’âge concernée comme cela était évoqué il y a encore quelques années ? Les auteurs, non seulement, se gardent bien de tirer une telle conclusion, mais indiquent que, compte tenu des outils actuels, étendre le dépistage à l’ensemble de la population n’est pas d’actualité. Ils rappellent que le dosage du PSA engendre près de 40% de sur-diagnostic, et que les surtraitements sont susceptibles d’entrainer des effets secondaires non négligeables (incontinence, impuissance, complications gastro-intestinales). Ils conseillent, de fait, une information individualisée sur la balance bénéfice/risque du dépistage, auprès de ceux qui souhaiteraient se faire dépister.

Les chercheurs insistent sur la nécessité et l’urgence à trouver de nouvelles méthodes permettant de réduire le risque de surdiagnostic, de biopsies et de traitements inutiles pour les réserver aux seuls hommes qui les nécessitent – ceux qui développeront un cancer agressif. A ce titre, ils attendent beaucoup de nouvelles approches diagnostiques telle que l’IRM multiparamétrique .

Dans un commentaire qui accompagne l’article, les oncologues Ian Thompson et Catherine Tangem considèrent ces nouveaux résultats comme très importants. « Dans les prochaines publications issues de cette étude, la distribution des décès dus au cancer de la prostate en fonction du score de Gleason et de la valeur du PSA au moment du diagnostic seront essentiels pour comprendre comment adapter le dépistage et le traitement [2]. »

 

Les déclarations d’intérêt des auteurs sont consultables en fin d’article. Les financements de l’étude proviennent essentiellement d’Agences européennes de lutte contre le cancer.

 

REFERENCES :

  1. Schröder FH , HugossonJ, Roobol MJ et al. Screening and prostate cancer mortality: results of the European Randomised Study of Screening for Prostate Cancer (ERSPC) at 13 years of follow-up. Published Online August 7, 2014 http://dx.doi.org/10.1016/ S0140 6736(14)60525-0.

  1. Thompson IM, Tangen CM. Prostate cancer screening comes of age. Published Online August 7, 2014 http://dx.doi.org/10.1016/ S0140-6736(14)61008-4.

Commenter

3090D553-9492-4563-8681-AD288FA52ACE
Les commentaires peuvent être sujets à modération. Veuillez consulter les Conditions d'utilisation du forum.

Traitement....