Lombalgie aiguë : le paracétamol pas plus efficace qu’un placebo !

Aude Lecrubier

Auteurs et déclarations

25 juillet 2014

Sydney, Australie – Le paracétamol ne serait pas plus efficace qu’un placebo pour traiter les lombalgies aiguës, diminuer la douleur et le handicap, améliorer le sommeil ou la qualité de vie des patients, selon le premier vaste essai randomisé à s’être penché sur le sujet [1].

Ces résultats, publiés dans le Lancet, remettent en question l’utilisation « universelle » du paracétamol comme antalgique de première intention dans la lombalgie.

 
Ces résultats, publiés dans le Lancet, remettent en question l’utilisation « universelle » du paracétamol comme antalgique de première intention dans la lombalgie.
 

Dans l’étude Paracetamol for Low-Back Pain Study (PACE), 1652 sujets souffrant de lombalgie aiguë (moyenne d’âge 45 ans) et provenant de 235 centres médicaux à Sydney en Australie ont été randomisés pour recevoir, en double aveugle, soit jusqu’à 4 semaines de paracétamol aux doses recommandées (3 fois par jour et 3990 mg par jour), soit du paracétamol à la demande (maximum 4000 mg par jour), soit un placebo. L’ensemble des participants ont été soutenus et ont été conseillés par des professionnels de santé. Ils ont été suivis jusqu’à 3 mois.

Pas d’amélioration avec le paracétamol

Aucune différence significative n’a été observée en termes de durée de la lombalgie aiguë dans les deux groupes (critère primaire de jugement). Le temps médian de rétablissement était plutôt court par rapport à celui observé dans d’autres cohortes : de 17 jours pour le groupe recevant le paracétamol à doses fixes, de 17 jours pour le groupe recevant du paracétamol à la demande et de 16 jours dans le groupe placebo.

En outre, le paracétamol n’a eu aucun effet sur les niveaux de douleur à court terme, le handicap, la motricité, la qualité du sommeil ou la qualité de la vie. Le nombre de patients ayant rapporté des effets secondaires était similaire dans l’ensemble des groupes.

Reste à comprendre pourquoi le paracétamol est efficace sur d’autres douleurs (douleurs post-opératoires, associées aux extractions dentaires) et pas dans la lombalgie aiguë.

 
Les recommandations actuelles ne devraient pas être modifiées sur la base d’un seul essai Les éditorialistes
 

Dans un éditorial accompagnant l’article [2], les Drs Bart Koes et Wendy Enthoven (Erasmus MC,  University Medical Center, Rotterdam, Pays-Bas) félicitent  le Dr Christopher Williams et coll. (Institute for Global Health, Université de Sydney, Australie) d’avoir entrepris cette recherche qui remet en question un dogme qui n’avait jusqu’ici jamais été débattu et qui ne repose pas sur de « l’evidence based medicine ».

En revanche, selon les éditorialistes, « bien que ces résultats proviennent d’un essai de grande qualité et qu’ils soient sans ambiguïté, les recommandations actuelles ne devraient pas être modifiées sur la base d’un seul essai ; des résultats plus robustes et notamment la vérification de leur reproductibilité dans d’autres populations sont nécessaires. »

Ils ajoutent qu’il faudra également déterminer si la prescription d’autres analgésiques offre un bénéfice supplémentaire par rapport au soutien et aux conseils seuls.

Plutôt les AINS ?

Selon les auteurs, les AINS n’ont pas montré de supériorité par rapport au paracétamol et au placebo dans la prise en charge des lombalgies mais sont associés à plus d’effets secondaires [3,4]. Ils concluent donc qu’il  n’est pas évident de savoir quel médicament devrait être préféré dans la prise en charge des lombalgies.

« Nos résultats montrent qu’il est nécessaire de reconsidérer les recommandations de pratique clinique qui préconisent universellement d’utiliser le paracétamol en première ligne dans les lombalgies et suggèrent que les conseils et le soutien, plutôt que les analgésiques, devraient être mis en avant en première ligne de la prise en charge. »

L'étude a été financée par le National Health and Medical Research Council d'Australie et GlaxoSmithKline Australie.

 

REFERENCES :

  1. Christopher M Williams, Christopher G Maher, Jane Latimer et coll. Efficacy of paracetamol for acute low-back pain: a double-blind, randomised controlled trial. Publié en ligne le 24 juillet 2014

  2. Koes BW, Enthoven WT. Do patients with acute low-back pain need paracetamol? Publié en ligne le 24 juillet 2014

  3. Roelofs PD, Deyo RA, Koes BW, Scholten RJ, van Tulder MW. Non-steroidal anti-inflammatory drugs for low back pain. Cochrane Database Syst Rev 2008; 1: CD000396

  4. Buckley N, Calabretto H, Del Mar C , et al. Australian Medicines Handbook 2013, 13th edn. Adelaide: Australian Medicines. Handbook Pty Ltd, 2013

Commenter

3090D553-9492-4563-8681-AD288FA52ACE
Les commentaires peuvent être sujets à modération. Veuillez consulter les Conditions d'utilisation du forum.

Traitement....