L’alcool, facteur de risque confirmé de FA

Vincent Bargoin

Auteurs et déclarations

21 juillet 2014

Stockholm, Suède – Une vaste étude prospective suédoise apporte de nouveaux éléments sur la relation entre alcool et fibrillation auriculaire (FA). Les résultats laissent en fait planer une ambiguïté sur le risque associé aux faibles consommations (moins de 2 verres par jour). En revanche, sur les consommations plus élevée, sur les conséquences du binge drinking, et sur les effets des liqueurs les plus fortes, toutes les craintes sont confirmées [1].  

De multiples résultats avaient déjà montré que la consommation d’alcool est un facteur de risque de FA. Parmi les facteurs de risque modifiable, elle viendrait donc à côté de l’HTA et de l’IMC élevé, qui représentent chacun de l’ordre de 20% du risque attribuable en population.

Classiquement, bon nombre de ces résultats proviennent d’études rétrospectives, où les ajustements sont parfois difficiles. L’équipe de Susanna C. Larsson (Hôpital universitaire Karolinska, Stockholm) a donc mené un double travail. Premièrement, une large étude prospective, sur une population de 79 019 hommes et femmes. Deuxièmement, une méta-analyse des résultats obtenus avec les résultats des autres études prospectives menées sur la question.

Le risque d’une consommation modérée et du binge drinking

L’étude suédoise a été menée de 1998 à 2009, soit 859 420 personne.années. Dans cette population, initialement indemne de FA, 7245 cas incidents ont été recensés, via les registres sanitaires suédois. Initialement, la consommation d’alcool et les autres facteurs de risque avaient été documentés par questionnaire.

En analyse ajustée, et par rapport aux sujets buvant moins d’un verre (12 g) d’alcool par semaine :
- les sujets buvant entre 1 et 6 verres/semaine présentent un risque de FA de 1,01 (IC95% [0,94-1,09]).
-de 7 à 14 verres/semaine, un risque de 1,07 [0,98-1,17].
-de 15 et 21 verres/semaine, un risque de 1,14 [1,01-1,28].
-plus de 21 verres/semaine, un risque de 1,39 [1,22-1,58].
Ces sur-risques sont identiques chez les hommes et les femmes.

Le binge drinking, c’est-à-dire la consommation de plus de 5 verres en une seule occasion (rapporté par 18% de la population étudiée), est associé à une augmentation du risque de FA indépendante du nombre total de verres consommés par semaine. L’exclusion des gros buveurs de la population ne change toutefois pas les risques associés aux consommations régulières.

Enfin, le type d’alcool consommé semble en cause, puisque les risques relatifs les plus importants sont associés aux liqueurs, suivies par le vin. Aucun sur-risque n’a été associé à la consommation de bière.

Comme le soulignent David Conen et Christine Albert (Bâle, Suisse, et Boston, Etats-Unis) dans un éditorial du JACC, il devient toutefois difficile, à ce stade, d’isoler la consommation de tel ou tel type d’alcool de la consommation totale et d’un profil de consommation [2].

Pas de certitude pour les faibles consommations

S’agissant de la méta-analyse, sept études prospectives ont pu être inclues, y compris la présente étude suédoise, pour un total de 12 554 cas de FA incidente.

Pour un verre par jour, et par rapport aux sujets non buveurs, le RR est de 1,08 [1,06-1,10].
Pour 2 verres/jour, le RR est de 1,17 [1,13-1,21].
Pour 3 verres/jour, il est de 1,26 [1,19-1,33].
Pour 4 verres/jour, il est de 1,36 [1,27-1,46].
Enfin, pour 5 verres/jour, le RR est de 1,47 [1,34-61].

Dans l’éditorial qu’ils signent, Conen et Albert soulignent que le rapport quasi linéaire entre la dose et l’effet, auquel abouti cette méta-analyse, est « remarquablement similaire » aux résultats d’une méta-analyse préalable, incluant des données rétrospectives [3].

« Chaque verre d’alcool consommé par jour est associé à une augmentation de 8% du risque relatif de FA, à la fois chez les hommes et chez les femmes », soulignent-ils, soit exactement le chiffre auquel avait abouti la première méta-analyse.

Reste toutefois aussi une divergence. L’étude suédoise suggère qu’une consommation de 1 à 6 verres par semaine n’est pas associée à un sur-risque (RR=1,01 ; [0,94-1,09]).

Au contraire, la méta-analyse suggère une relation dose-effet linéaire, avec un risque apparemment significatif  (RR=1,08 ; [1,06-1,10]) pour un verre/jour.

« Les données actuelles ne permettent pas de conclure à un lien entre de faibles prises d’alcool et un risque de FA », écrivent les deux éditorialistes.
La question a son importance, puisque la cardiologie admet par ailleurs l’effet bénéfique d’une consommation modérée d’alcool sur l’infarctus (IDM), la mort subite et l’insuffisance cardiaque. Si, s’agissant de la FA, il faut maintenant considérer une relation linéaire sans seuil, le discours aux patients risque de devenir difficile à ajuster.

En toute hypothèse, « le risque de FA associé à une consommation faible à modérée d’alcool (moins de 2 verres/jour) étant faible, ces données ne doivent pas décourager les personne de consommer avec modération, et de prendre plaisir à des niveaux aussi modestes de consommation », concluent les éditorialistes.      

L’étude a reçu un financement du Swedish Research Council.
Les auteurs de l’étude déclarent n’avoir aucun conflit d’intérêt en rapport avec le sujet.
David Conen et Christine Albert déclarent ne pas avoir de conflit d’intérêt en rapport avec le sujet.

 

REFERENCES :

  1. Larsson SC, Drca N, Wolk A. Alcohol Consumption and Risk of Atrial Fibrillation A Prospective Study and Dose-Response Meta-Analysis. J Am Coll Cardiol 2014;64:281–9

  2. Conen D, Albert CM. Alcohol Consumption and Risk of Atrial Fibrillation : How Much Is Too Much? J AM Coll Cardiol 2014;64:290-2

  3. Messerer M, Johansson SE, Wolk A. The validity of questionnaire-based micronutrient intake estimates is increased by including dietary supplement use in Swedish men. J Nutr 2004;134:1800–5

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