Plus de 60 000 cas de chikungunya dans les départements français d’Amérique

Dr Isabelle Catala

Auteurs et déclarations

2 juillet 2014

Bordeaux, France -- « Au 1er juin 2014, 64 000 cas de chikungunya ont été recensés dans les départements français d’Amérique : 3 340 à Saint Martin, 540 à Saint Barthélémy, 28 320 en Guadeloupe, 31 720 en Martinique et 246 en Guyane. Une situation épidémique qui a pu être rapidement détectée en raison de la mise en place, depui2006, d’un plan de surveillance, d’alerte et de gestion des épidémies spécifique », annonce le Dr Marie-Claire Paty, infectiologue à la Cellule Interrégionale d'Epidémiologie (CIRE) Antilles Guyane, dans le cadre des 15èmes journées nationales d’infectiologie (JNI 2014) [1].

L’épidémie concerne désormais tout l’arc Caraïbe

C’est à la mi-novembre 2013, alors qu’une épidémie de dengue sévissait à Saint Martin, que les médecins signalent pour la première fois à la CIRE des cas groupés d’arthralgies fébriles testés négatifs pour la dengue.

Le 6 décembre, le diagnostic tombe : il s’agit de cas de chikugunya confirmés par PCR. Et les autres îles et territoires des Antilles sont très rapidement concernées : le 18 décembre pour le Martinique, le 24 décembre pour le Guadeloupe, le 30 décembre pour Saint Barthélémy et le 19 févier pour la Guyane.

« A ce jour à Saint Martin, après un pic en début d’année 2014, nous sommes revenus à une phase de transmission modérée. C’est aussi le cas à Saint Barthélémy. En Guadeloupe et en Martinique, le pic épidémique est encore en cours et en Guyane, le passage en seuil épidémique n’a pas été encore franchi, mais il devrait l’être dans les prochaines semaines », continue le Dr Paty. L’incidence cumulée pour 1 000 habitants est comprise entre 59 et 90 aux Antilles françaises.

Et l’épidémie concerne désormais tout l’arc Caraïbe : 11 pays ou territoires ont rapportés des cas, de la République Dominicaine aux Grenadines en passant par le Guyana [3,4].

Moins de cas graves qu’à la Réunion en 2005

Pour le Pr André Cabié (chef du service de maladies infectieuses du CHU de Fort de France), « l’épidémiologie du chikungunya aux Antilles est différente de celle rapportée en 2005 à la Réunion » [2]. Le génotype en cause est de type asiatique et non africain [5] : il pourrait avoir été rapporté par un voyageur infecté dans un des pays d’Asie qui aurait été à l’origine du développement d’un foyer autochtone, comme il en a été signalé un en Italie en 2007. A aegypti, un des vecteurs de la maladie, est en effet présent dans tout l’arc Caraïbe.

 
L’épidémiologie du chikungunya aux Antilles est différente de celle rapportée en 2005 à la Réunion. Le génotype en cause est de type asiatique et non africain – Pr André Cabié (Fort-de-France)
 

Comme à la Réunion, les populations les plus touchées sont les jeunes enfants (risque de convulsion et de déshydratation) et les personnes âgées. « Le nombre de cas graves reste limité et la plupart des hospitalisations ont concerné ces populations à risque. Elles étaient majoritairement motivées par un haut degré d’impotence fonctionnelle. Depuis le début de l’épidémie, seuls deux décès en rapport avec une décompensation d’un état pluri-pathologique, ont été rapportés à la Martinique et un seul cas d’infection néo-natale grave. Comparativement en 2005 à la Réunion, l’incidence des cas graves était plus importante puisque l’on a déploré au total 93 décès », continue le Pr Cabié.

La plupart des cas rapportés à la Martinique sont considérés comme bénins et ils ont été traités de façon symptomatique par des antipyrétiques et des antalgiques.

« Seules les personnes qui ne peuvent plus rester à leur domicile et être pris en charge par leur médecin généralistes se présentent aux urgences : il s’agit donc d’une minorité par rapport au nombre de cas observés. L’incidence des douleurs articulaires prolongées est elle aussi moins importante aux Antilles qu’à la Réunion. Les formes chroniques concernent surtout des personnes de 40 à 60 ans », conclut le Pr Cabié.

 

REFERENCES :

1. Paty MC, Ledrans M. Emergence du chikungunya dans les départements français d’Amérique (DFA) : quel risque de diffusion en métropole ?

2. André Cabié F, Dorléans D, Courcier F et coll. Premiers cas autochtones de chikingunya aux Antiles : carractéristiques cliniques des personnes hospitalisées.

3. http://www.ars.guyane.sante.fr/Epidemie-de-chikungunya-aux-An.165711.0.html

4. http://www.invs.sante.fr/Publications-et-outils/Points-epidemiologiques/Tous-les-numeros/Antilles-Guyane/2014/Situation-epidemiologique-du-chikungunya-dans-les-Antilles.-Point-au-12-juin-2014 .

5. Leparc-Goffart I, Nougairede A, Cassadou S et coll. Chikungunya in the Americas. The Lancet, 2014. doi:10.1016/S0140-6736(14)60185-9 .

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