Fort risque d’épidémie de Chikungunya cet été en Métropole

Aude Lecrubier

Auteurs et déclarations

13 juin 2014

Paris, France -- Cet été, le risque d’épidémie de chikungunya en métropole sera beaucoup plus élevé que les années précédentes. Ce message d’alerte émane de laDirection Générale de la Santé (DGS), de l’Institut de Veille Sanitaire (InVS) et de l’ Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (INPES) [1].

En cause : la forte épidémie qui sévit actuellement et qui devrait encore s’amplifier dans les départements français d’Amérique (DFA) et le nombre de personnes infectées par le virus qui voyagent entre les DFA et la métropole. Ces voyageurs peuvent contaminer les moustiques-tigres Aedes albopictus désormais bien implantés dans le sud de la France qui, à leur tour, peuvent infecter d’autres individus.

En décembre 2013, le virus chikungunya a été mis en évidence pour la première fois dans la zone Amérique-Caraïbes, dans la partie française de l’île de Saint-Martin. Depuis, une épidémie de chikungunya touche l’ensemble des départements français d’Amérique (DFA). D’après les informations communiquées par l’InVS, au 1er juin 2014, 64 000 cas évocateurs de la maladie ont été recensés dans ces régions (respectivement 8% et 7% des populations martiniquaise et guadeloupéenne).

« La population n’a pas été mise en contact avec le virus auparavant. Elle n’a donc pas de défenses immunitaires contre le virus, ce qui explique sûrement, en partie, l’importance de l’épidémie que nous observons actuellement », explique Harold Noël, médecin épidémiologiste à l’InVS.

47 cas de chikungunya en métropole depuis début mai

« La transmission en Guadeloupe et en Martinique est très intense. En Guadeloupe, elle s’accélère avec un peu plus de 5000 cas survenus au cours de la dernière semaine de mai. Or, les moustiques vecteurs de la maladie sont beaucoup plus actifs pendant la saison des pluies à venir. On peut donc penser que le pic de l’épidémie est encore devant nous. Au vu de cette épidémie et des échanges très importants entre les Antilles et la France métropolitaine, il y a un risque beaucoup plus important d’introduction et de dissémination du chikungunya en métropole qu’auparavant », commente le Dr Jean-Claude Desenclos (Directeur Scientifique adjoint de l’InVS).

Le moustique Aedes albopictus, vecteur de la maladie, est actuellement implanté dans 18 départements du sud de la France dans les régions Rhône Alpe, Midi-Pyrénées, Provence-Alpes-Côte d’Azur, de la Corse, du Languedoc-Roussillon, et en Aquitaine.

 
Par rapport aux autres années, en termes de cas confirmés de chikungunya, nous sommes dans une année sans précédent -- Pr Benoît Vallet
 

Depuis le 1er mai 2014, début de la surveillance annuelle, 121 cas suspects (personnes ayant des signes compatibles avec un chikungunya au retour d’une zone d’endémie) ont été signalés dans ces 6 régions.

A partir des examens d’analyses biologiques qui ont été pratiqués, sur ces 121 cas, 47 personnes ont été confirmées pour le chikungunya (95% venaient des Antilles) et 15 pour la dengue.

« Par rapport aux autres années, en termes de cas confirmés de chikungunya, nous sommes dans une année sans précédent. En 2013, seuls deux cas de chikungunya ont été confirmés par rapport à cette surveillance. C’est pour cette raison que cette année, nous sommes particulièrement vigilants et que nous prenons ce risque très au sérieux précise le Pr Benoît Vallet, Président de la DGS.

« Il y a une certaine inquiétude concernant la contamination des supporters de la coupe du monde de football au Brésil et il y a en effet, la possibilité que quelques-uns reviennent avec le virus mais, en volume, il y a beaucoup plus de soucis à se faire avec les quelques centaines de milliers de personnes des départements français d’Amérique », ajoute-t-il.

Chikungunya : quel degré de nuisance ?

 

Les formes non graves du chikungunya peuvent être invalidantes en raison de la fièvre élevée (>38,5°C) et des douleurs articulaires qui peuvent persister pendant plusieurs mois, voire plusieurs années dans certains cas.

Les formes graves sont assez peu fréquentes, de l’ordre d’une pour 1000 (myocardites, méningo-encéphalites…). Elles surviennent généralement chez les personnes aux âges extrêmes de la vie qui sont atteintes de comorbidités. Jusqu’à présent, sur l’ensemble des territoires, 13 décès ont été répertoriés, tous indirectement liés à l’infection chez des personnes fragiles.

Le traitement de la dengue et du chikungunya est avant tout symptomatique (fièvre, douleur). Pour la dengue, l’aspirine et les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) sont à éviter en raison du risque hémorragique.

Pour rappel, la dengue et le chikungunya sont des maladies à déclaration obligatoire (DO) sur l’ensemble du territoire métropolitain et toute l’année.

Focus sur l’information

En avril 2014, l’INPES a édité un document d'information sur le risque de chikungunya et de dengue en France métropolitaine . Cet outil, à l’intention des professionnels de santé et des collectivités locales, fait le point sur les connaissances, la conduite à tenir et le dispositif de prévention.

L’INPES diffuse également des informations sur les mesures de protection et sur le repérage des signes d’alerte de l’infection dans 45000 points contacts : aéroports, centres de vaccination, médecins, pharmaciens, agences de voyage.

En cas de crise, l’Institut a prévu des spots radio et télévisuels qui seraient diffusés à la demande du Préfet du département concerné et du Directeur général de la santé.

Les antécédents de chaines de transmissions locales en Europe

 

En Europe, la possibilité d’un relais de transmission de la maladie dans les zones d’implantation du moustique tigre est avéré.

2007 : 300 cas autochtones de chikungunya dans le nord de l’Italie (région d’Emilie Romagne).

2010 : 2 cas de transmission autochtone de dengue à Nice et 2 cas de chikungunya à Fréjus.

Fin 2013 : 1 cas autochtone de dengue près d’Aix en Provence.

 

REFERENCE :

Point presse DGS, InVS, INPES. « Les risques de l’été » Moustiques (transmission chikungunya, dengue), canicule, noyades… Jeudi 12 juin 2014

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