Atlas 2014 de la démographie médicale : tout change !

Jacques Cofard

Auteurs et déclarations

10 juin 2014

Paris, France – D'année en année, le nombre de médecins généralistes ne cesse de baisser, comme l'a rappelé ce 5 juin le Conseil national de l'ordre des médecins (CNOM), lors de la présentation de sa 8e édition de l'atlas de la démographie médicale 2014 [1]. Un paradoxe, comme l'a souligné le Dr Patrick Bouet, président du CNOM, alors que Marisol Touraine souhaite engager, dans le cadre de la future Loi de Santé, la révolution du premier recours, et faire du médecin généraliste le coordonateur des parcours de soins….

« Voilà une information qui risque de troubler les objectifs de la Stratégie Nationale de Santé (SNS): il y a de plus en plus de médecins de second recours et de moins en moins de médecins de premier recours, a déploré le Dr Patrick Bouet. Cela pose le problème de l'organisation universitaire, et de l'attractivité de la médecine générale, qui reste un choix par défaut. »

Démographie médicale stable

Ainsi, si la démographie médicale, dans sa globalité, reste stable, soit 276 354 médecins dont 198260 médecins en activité régulière (hors remplaçants et retraités actifs), en baisse de -0,3% en un an, en revanche les effectifs de médecins généralistes continuent de baisser, pour enregistrer une chute de 6,6% entre 2007 et 2014, et de 0,8% sur un an. Tandis que, comparativement, sur la même période, les spécialités médicales enregistrent une hausse de 6,1%, et les spécialités chirurgicales attirent 6,7% de médecins de plus. D'ici 2020, la population de médecins généralistes risque de baisser de 12%, selon les projections de l'Ordre, tandis que celle des spécialités médicales et chirurgicales devraient augmenter de 12%.

Explosion du nombre de médecins retraités actifs

Les départements qui enregistrent les plus fortes baisses des effectifs en médecine générale entre 2007 et 2014 sont Paris (-21,4%), l'Aisne (-18,1%), suivis de la Nièvre et du Val-de-Marne (-17,9%). En revanche, la Haute-Savoie, sur la même période, voit ses effectifs augmenter de 6,5%, et la Loire-Atlantique de 6,4%.

Si le nombre de MG continue de baisser, le nombre de médecins retraités actif explose : ils étaient 2750 en 2007, et sont désormais 12 946 en 2014. Entre 2007 et 2014 le nombre de retraités actifs a augmenté de 370,8%, tandis que le nombre d'actifs, sur la même période, n'a augmenté que de 1,2%. En un an, le nombre de médecins retraités actifs a augmenté de 18,2%. C'est en Corse que l'augmentation, entre 2007 et 2014, est la plus forte, de +720%, et en Franche-Comté qu'elle est la plus faible, à +264%. Ces retraités actifs exercent majoritairement en secteur libéral (85,3%) et à 44,7% sont qualifiés en médecine générale. « Malheureusement, ils sont très souvent installés en zones sur-dotées », déplore le Dr Patrick Bouet.

Grosse baisse des effectifs en Ile-de-France

Car, si les effectifs médicaux sont stables, une analyse régionale, voire départementale, fait apparaitre de grandes disparités, et met en lumière des déserts médicaux. Sur la période 2007-2014, la région Ile-de-France enregistre la plus forte baisse de médecins, soit -5%, tandis que la région Pays-de-la-Loire recense la plus forte hausse, soit +5,3%.

À l'échelle départementale, l'Indre et la Nièvre (-11,9%), le Gers (-11,5%), la Creuse (-11,2%), le Cher (-9,7%) sont les départements qui perdent le plus de médecins. À l'opposé, la Haute-Savoie (+12,9%), la Loire-Atlantique (+11,7%), le Calvados (+8,1%), le Doubs (+7,9%), l'Ille-et-Vilaine (+7,4%) sont les départements les plus attractifs.

Des chiffres à relativiser, néanmoins, au regard de la densité médicale, qui est en moyenne de 297,7 médecins pour 100 000 habitants au 1er janvier 2013. Ainsi, si la région Ile-de-France enregistre la plus forte baisse de ses effectifs médicaux entre 2007 et 2014, elle reste la 2e région en termes de densité médicale, derrière la région Paca, avec 348,4 médecins pour 100 000 habitants.

Tandis que la région Pays-de-la-Loire, qui enregistre la plus forte hausse d'effectifs, présente une densité médicale en dessous de la moyenne nationale, avec 253,5 médecins pour 100 000 habitants. Dans l'Aisne, la baisse de la population médicale est de 7%, "tandis que la population générale a augmenté de 4% sur la même période. Mais le département de la Creuse enregistre une augmentation plus forte que la population générale.

Les régions Basse-Normandie, Nord-Pas-de-Calais, Provence-Alpes-Côte-D’azur et Corse verront leurs densité médicale stagner, tandis que les régions de la Cote-Atlantique, d'Alsace, de Rhône-Alpes et de Languedoc-Roussillon resteront attractives.

De plus en plus de médecins salariés

Si, dans leur globalité, les spécialités médicales enregistrent une hausse, à l'échelle départementale, un tiers des départements sont en baisse. Le département de l'Aveyron compte la plus forte diminution (-11,3%), tandis que la Somme enregistre la plus forte hausse (+19,6%). Idem pour les spécialités chirurgicales ; l'Ile-de-France stabilise ses effectifs et le Nord-Pas-de-Calais voit ses effectifs en hausse de 13,5%, mais c'est le département de l'Ardèche qui occupe la pole position, avec une augmentation de 33,8%.

L'exercice salarié attire de plus en plus de médecins. 56,4% des médecins exercent en libéral/mixte contre 57,3% en 2007. En 2020, pronostique l'Ordre les effectifs médicaux en libéral/mixte tomberont à 55,3%, au profit de l'exercice salarié. Actuellement, les effectifs salariés sont de 86 677, dont 57 069 hospitaliers. À noter, également, que la part des femmes est passée de 38% en 2007 à 44% au 1er janvier 2014, et enregistre une hausse de 1% sur un an.

Premier et deuxième cycle de médecine à l’étranger : des chiffres croissants

Enfin, phénomène nouveau : de plus en plus d'étudiants français suivent leur 1er et 2e cycle à l'étranger, pour terminer leur 3e cycle en France. Des filières francophones et anglophones en Roumanie, mais aussi en Croatie, sont créées, pour accueillir ce flux d'étudiants. En Roumanie, cette filière universitaire devrait accueillir quelque 4000 étudiants chaque année. « En un an, le nombre d’étudiants qui partent étudier à l'étranger a augmenté de 27% », expose le Dr Bouet. Qui promet, sur le sujet, une étude plus précise à la fin de cette année.

 

REFERENCE :

  1. Atlas de la démographie médicale 2014

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