Dépression en péri ou post-partum : ne pas passer à côté

Vincent Richeux

Auteurs et déclarations

10 juin 2014

Paris, France – Les changements émotionnels caractérisant le baby blues chez une mère après la naissance de son enfant ne doit pas durer plus d’une semaine. Au-delà, il y a un risque de dépression, un trouble qui touche une femme sur dix en période prénatale ou postnatale et qui nécessite une prise en charge précoce pour réduire le risque de suicide et les conséquences sur l’enfant, a indiqué le Pr Catherine Massoubre (service de psychiatrie, CHU de Saint Etienne), lors d’une intervention au congrès Urgences 2014, à Paris.

« La grossesse et le post-partum sont des périodes de vulnérabilité psychique ». Mal dépistée et par conséquent sous-estimée en France, la dépression, qu’il faut savoir différencier du baby blues, surviendrait pourtant chez 10 à 15% des femmes après l’accouchement », a rappelé le Pr Massoubre. Et 60% d’entre elles vivent alors leur premier épisode dépressif.

Un tiers des dépressions pendant la grossesse

Parmi les troubles de l’humeur survenant après la naissance d’un enfant, le baby blues est le plus fréquent. Selon la psychiatre, « il n’est pas à considérer en soi comme une pathologie psychiatrique ». Aucun traitement médicamenteux n’est donc recommandé. Seul le soutien des proches est nécessaire.

Le baby-blues apparait entre le troisième et le cinquième jour après la naissance. Il se manifeste notamment par une irritabilité, un trouble du sommeil ou des manifestations anxieuses. Les symptômes se maintiennent entre un jour et une semaine. Après 15 jours consécutifs, « iI faut considérer qu’il s’agit d’un état dépressif ».

La dépression survient dans un tiers des cas pendant la grossesse et se poursuit généralement après l’accouchement. Les troubles sont plus souvent mineurs et apparaissent au premier et au dernier mois de grossesse. « Il convient d’être vigilant, car la future mère a tendance à cacher son état dépressif », non conforme à la vision idéalisée de la grossesse, a souligné le Pr Massoubre.

Plus fréquente, la dépression postnatale se développe généralement entre le second mois et la fin de la première année de l’enfant. Dans 30% des cas, il s’agit d’une dépression grave, « pouvant s’accompagner de caractéristiques psychotiques délirantes».

Le dépistage de la dépression postnatale peut s’effectuer à l’aide du questionnaire EPDS (Edinburgh Postnatal Depression Scale). Ce questionnaire, que les femmes sont invitées à remplir seules, s’avère également approprié pour une évaluation pendant la grossesse.

Rechercher les facteurs de risque

Difficilement concevable pour une jeune mère ou une femme enceinte, le risque de suicide est pourtant réel. « Dès qu’un état dépressif est suspecté, il est fondamental de poser la question de l’existence d’idée suicidaire », insiste la psychiatre, qui souligne également la nécessité d’une prise en charge précoce pour réduire ce risque.

Plusieurs facteurs ont été associés à l’apparition de troubles dépressifs : des épisodes antérieurs, des conditions de vie difficile, comme une séparation pendant la grossesse, des problèmes financiers ou un isolement social, des personnalités anxieuses, perfectionnistes, ou encore des antécédents de fausse couche.

Lorsque la dépression est avérée, la prise en charge s’appuie sur un spécialiste, psychiatre ou psychothérapeute, en ambulatoire ou en hospitalisation, pour les cas les plus graves, auxquels sera également prescrit un traitement médicamenteux, a rappelé le Pr Massoubre.

« Il faut toutefois faire attention à la prescription d’antidépresseurs chez les patientes souffrant en plus de troubles bipolaires, le risque étant d’accélérer les cycles de la maladie », entre phase maniaque et phase dépressive. Dans ce cas, « il faut associer un thymorégulateur ».

Pendant la grossesse, les nouveaux antipsychotiques atypiques à visée thymorégulatrice sont alors à privilégier, du fait qu’ils ne soient pas associés une hausse du risque de malformation chez le nouveau-né, contrairement aux thymorégulateurs plus conventionnels.

Etre très attentif aux profils bipolaires

Identifier les profils bipolaires est donc nécessaire. Selon la spécialiste, « les dépressions associées à un trouble bipolaire sont généralement plus sévères. Elles se caractérisent par un sentiment de culpabilité, une perception que la maladie est incurable, ou des idées délirantes concernant la filiation, la mère se persuadant que l’enfant n’est pas le sien ».

« Les patientes présentant un trouble bipolaire ont souvent développé une dépression précoce avant 20 ans, avec des idées délirantes psychotiques », ajoute-t-elle. Il faut également vérifier s’il existe des antécédents familiaux. Et « rester vigilant par rapport à la consommation d’alcool, qui peut cacher un état bipolaire. »

A long terme, le pronostic reste peu favorable. « Au bout d’un an, un tiers des femmes souffrent encore de dépression, ce qui peut engendrer des conséquences néfastes sur le développement de l’enfant, en particulier lorsqu’il n’est pas pris en charge par la famille ».

Dans les cas les plus graves, les états délirants peuvent nécessiter une hospitalisation d’urgence en psychiatrie, en raison du risque de suicide et d’infanticide. Ces psychoses dites puerpérales touchent une à deux femmes pour 1 000 naissances.

« Il faut alors six à huit semaines pour que la pathologie s’améliore et plusieurs mois pour obtenir une rémission complète. L’évolution est favorable dans 80% des cas, mais le risque de récidive reste élevé ». En particulier au cours d’une nouvelle grossesse, puisqu’il est alors multiplié par trois.

REFERENCE :

1. Massoubre C, « les troubles psychiatriques du péri et du post partum », Congrès Urgences 2014, 4 juin 2014, Paris.

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