Quatre nouvelles options de traitement pour le cancer du côlon avancé

Stéphanie Lavaud, avec Roxanne Nelson

Auteurs et déclarations

6 juin 2014

Chicago, Etats-Unis – En complément d’une chimiothérapie FOLFOX ou FOLFIRI, le bevacizumab (Avastin®) et le cetuximab (Herbitux®) ont permis, l’un et l’autre, d’atteindre une survie moyenne de 29 mois chez les patients atteints de cancer colorectal métastatique (mais non mutés pour KRAS). Ces derniers peuvent donc bénéficier de quatre nouvelles options de traitement. Telle est la conclusion d’un large essai présenté au congrès de l’ ASCO 2014 [1].

Comparer 4 options de traitement

Démarré en 2004, l’essai CALGB/SWOG 80405 a inclus 1 137 patients non précédemment traités avec l’objectif de comparer bevacizumab et le cetuximab, deux anticorps dirigés contre le facteur de croissance de l’endothélium vasculaire (Avastin®) et épidermique (Herbitux®), et de déterminer la meilleure combinaison thérapeutique. Dans un premier temps, les patients étaient intégrés dans l’étude indépendamment de leur statut KRAS. Le schéma de l’essai a ensuite été modifié pour se concentrer sur les patients exempts de la mutation (donc sauvages pour les codons 12 et 13) : 333 d’entre eux ont donc continué l’étude rejoint par 804 nouveaux patients. Un bras qui comprenait l’association bevacizumab/cetuximab a lui aussi été stoppé.

Les patients ont bénéficié d’une chimiothérapie,soit selon le protocole FOLFOX (leucovorine/5-fluorouracile/oxaliplatine), soit par FOLFIRI (leucovorine/5-fluorouracile/irinotecan). Le choix était laissé à la discrétion des médecins et a abouti à la répartition suivante : 73% des patients sous FOLFOX et 27% sous FOLFIRI. Ensuite, les participants ont été randomisés par recevoir, soit du bevacizumab (5 mg/kg toutes les 2 semaines), soit du cetuximab (une dose de charge de 400 mg/m² suivie d’une perfusion de 250 mg/m² hebdomadaire.

Une survie augmentée et équivalente dans les groupes bevacizumab et cetuximab

 
Le Dr Venook a tenu à délivrer un message d’espoir en session plénière en évoquant « un sous-groupe de patients avec un cancer en phase métastatique qui s’en sortent remarquablement bien ».
 

Au final, après 7 années de suivi (2005-2012), la survie dans le groupe Avastin® + chimiothérapie a été équivalente à celle du groupe Herbitux® + chimiothérapie. La survie moyenne a atteint 29,0 mois versus 29,9 mois dans le groupe cetuximab et chimiothérapie, avec un risque relatif de 0,925 (95% [CI 0,78-1,09]; p = 0,34), soit une durée significativement plus longue qu’il y 10 ans, au démarrage de l’étude quand la survie moyenne tournait autour de 21 mois, a précisé, lors d’un point presse, le Dr Alan P. Venook (Medical Oncology and Translational Research at the University of California, San Francisco), principal investigateur.

Les taux de survie sans progression étaient eux aussi similaires, 10,8 mois pour le bevacizumab et 10,4 mois pour le cetuximab (RR 1,04, 95% CI [0,91-1,17]; p = 0,55).

L’analyse sur la base de la chimiothérapie (FOLFOX ou FOLFIRI) n’a pas non plus montré de différence significative entre les patients.

De façon très positive, 124 patients (10,9%) ont été considéré comme « guéris » après traitement et chirurgie, et chez ces patients, la survie excède 5,5 ans. Le Dr Venook a tenu à délivrer un message d’espoir en session plénière en évoquant « un sous-groupe de patients avec un cancer en phase métastatique qui s’en sortent remarquablement bien ».

Des profils de toxicité différents

Pour parfaire le tout, aucun effet secondaire nouveau ou inattendu n’a été retrouvé. Les toxicités les plus importantes associées avec le bevacizumab étaient l’hypertension (7%) et les troubles gastro-intestinaux (2%); pour le cetuximab, il s’agissait de rash de type acnéique (7%) et de diarrhée (11%). Seuls 29,6% des patients de la cohorte ont interrompu leur traitement en raison de la progression de la maladie, et 55,5 % des interruptions étaient dues aux secondaires/rétractation/changements de traitements.

Concrètement, les médecins disposent désormais de quatre options de traitement, et le choix peut tenir compte des effets secondaires et d’autres critères. En effet, « les deux traitements ont des profils de toxicité très différents » a indiqué le Dr Venook. Pas de différence non plus concernant les coûts des 2 molécules. « En revanche, le cetuximab est perfusé toutes les semaines et le bevacizumab toutes les 2 semaines, ce qui peut augmenter les coûts totaux pour le cetuximab ».

Encore beaucoup de données à exploiter

Si les premiers résultats sont encourageants, de nombreuses données sont encore en attente et beaucoup d’analyses complémentaires sur les taux de réponse, les durées de traitement, la chirurgie et d’autres critères devraient intervenir dans les prochains mois.

De la même façon, des analyses plus poussées, notamment au niveau moléculaire, tenant compte d’autres mutations, pourraient permettre d’identifier des sous-groupes de patients susceptibles d’être plus (ou moins) répondeurs aux différents protocoles.

 

L’étude a été financée par le National Cancer Institute, ImClone, Roche, Genentech, BMS, et Eli Lilly. Le Dr Venook indique avoir des liens d’intérêt avec Bristol-Myers Squibb, Roche, et Genentech. Certains des co-auteurs ont rapporté des liens d’intérêt avec Roche, Genentech, Bayer, Onyx, Sanofi, et Lilly.

 

Cet article a fait l’objet d’une publication sur medscape.com

 

REFERENCE :

1. American Society of Clinical Oncology (ASCO) 2014 . Bevacizumab or Cetuximab with FOLFOX or FOLFIRI Offer Similar, Extended Survival in Metastatic Colorectal Cancer. Abstract LBA3, 2 juin 2014.

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